PORT COQUITLAM, C.-B. – Avec ses fauteuils pivotants, ses miroirs, ses séchoirs à cheveux, ses bouteilles de shampoing colorées et son plat de friandises posé sur le comptoir près de la caisse enregistreuse, le salon de coiffure de Tima Kurdi ressemble à n’importe quel autre établissement du genre.

Mais pour la propriétaire, la tante du bambin dont le corps sans vie retrouvé sur une plage de Turquie a propulsé à l’avant-scène la crise des réfugiés et changé l’existence d’innombrables migrants syriens, cet espace représente l’avenir de sa famille.

«J’ai décidé de l’appeler « Kurdi Hair Design », révèle Mme Kurdi au sujet du salon de coiffure niché entre un centre de lecture pour enfants et une clinique d’optométrie dans un centre commercial anonyme de Port Coquitlam, en Colombie-Britannique. C’est une entreprise familiale.»

Le 2 septembre, la dépouille de son neveu Alan Kurdi a été découverte face contre terre sur une plage turque. Le petit, sa mère et son frère de cinq ans se sont noyés après avoir tenté, comme de nombreux Syriens, d’effectuer la dangereuse traversée entre la Turquie et la Grèce.

En quelques heures, l’image du corps inanimé du garçon a fait le tour du globe, suscitant stupeur et horreur, et poussant certains pays à ouvrir leurs portes, du moins temporairement, aux milliers de migrants fuyant leur pays en guerre.

Le décès d’Alan a également braqué les projecteurs sur Tima qui, après avoir essayé pendant des années de faire venir ses proches au Canada, est devenue une championne de la cause des réfugiés sur la scène internationale.

La dame s’est même rendue en Belgique, en Allemagne et en Turquie, prêtant sa voix à ceux qui ont été déplacés par le conflit en Syrie.

«Je ne suis vraiment pas quelqu’un d’important. Mais je connais les histoires et je vis avec cette souffrance depuis de nombreuses années. Maintenant, j’ai la chance de parler en leur nom, explique-t-elle au sujet de son travail de militante. Je suis juste une personne normale qui parle avec son coeur.»

La victoire des libéraux aux élections fédérales d’octobre a rapidement été suivie par la promesse du Canada d’accueillir 25 000 réfugiés d’ici la fin de l’année. Cette échéance a toutefois été reportée au début de mars notamment pour des raisons de sécurité dans la foulée des attentats de Paris.

Si elle est satisfaite des efforts du gouvernement sur cette question, et plus particulièrement du premier ministre Justin Trudeau, Mme Kurdi craint que le monde n’ait déjà commencé à oublier les milliers de personnes qui se battent toujours pour quitter la Syrie.

«Cela me fait encore plus mal, confie-t-elle alors qu’une larme glisse lentement sur sa joue. Personne ne fait attention à tous ces gens qui souffrent. Il y a tellement de gens qui souffrent là-bas et je ne parle pas seulement de ma famille. Ce ne sont pas des terroristes. Ce sont des êtres humains. Ils avaient des entreprises. Ils avaient des emplois. Ils envoyaient leurs enfants à l’école. Ils sont comme chacun de nous, en Occident.»

En dépit de la récente tragédie, le vent semble vouloir tourner pour le clan Kurdi.

Mohammed Kurdi, le frère de Tima, doit en effet arriver à Vancouver lundi en compagnie de sa femme et de leurs cinq enfants. L’homme, qui possédait une échoppe de barbier en Syrie, travaillera aux côtés de sa soeur dans le nouveau salon de coiffure.

Mme Kurdi ne désespère pas non plus de voir un jour son autre frère, Abdullah, le père d’Alan, venir les rejoindre au Canada.

«Nous allons réussir. Nous allons travailler fort ensemble, soutient-elle, les yeux brillants. Je sais que nous pouvons le faire.»

Aussi dans National :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!