VANCOUVER – Dans les années 1990, Maggie de Vries a travaillé fort pour libérer sa soeur Sarah des griffes de la prostitution, mais en vain. Sarah est disparue — des traces d’ADN ont été retrouvées sur la ferme du meurtrier en série Robert Pickton — et Mme de Vries a pu découvrir ce que vivait réellement sa soeur en lisant son journal personnel.

Et la lecture de ses écrits a éveillé un sentiment de honte chez elle. «Je ne savais pas ce qu’elle traversait. Je ne savais pas qu’elle avait peur. Je ne savais pas qu’elle voulait arrêter», a expliqué Maggie de Vries.

Mme de Vries relate son expérience douloureuse des 18 dernières années dans une nouvelle pièce de théâtre appelée «The Hooker Monologues» («Les monologues des prostituées», en français), qui sera présentée à compter de mercredi prochain à Vancouver. Le titre s’inspire de la célèbre pièce «Les monologues du vagin», écrite par la féministe Eve Ensler.

Dans un monologue, Maggie de Vries offre ses réponses actuelles aux anciens écrits de sa soeur. La distribution de dix personnes est constituée de travailleurs du sexe et de leurs proches. La pièce a été financée par des bourses et des dons et elle est mise en scène par Mindy Parfitt.

Le public entendra des histoires vraies qui leur permettront de connaître la réalité du secteur du sexe, qui regroupe plusieurs métiers, différents clients et toutes sortes d’expériences.

«(Les spectateurs) ont accès aux réflexions de Sarah qu’elle avait écrites pour elle-même. Ils peuvent entendre ses espoirs, ses rêves et ses souhaits. Ce sont des choses qu’ils ne peuvent probablement pas s’imaginer», a précisé Mme de Vries, qui dit regretter de ne pas avoir essayé d’accepter et de comprendre sa soeur.

«Si mon attitude avait été différente, j’aurais pu simplement être présente (pour elle)… C’est trop tard pour créer des liens», a-t-elle ajouté.

Bien que cette prestation de Maggie de Vries soit triste et saisissante, elle se déplacera dans un différent registre en racontant l’expérience étrange d’un travailleur du sexe qui travaillait en Alaska le jour du 11 septembre 2001.

Parmi les autres monologuistes, on retrouve des escortes, des danseurs érotiques, ainsi qu’une dominatrice.

«Je veux que ce soit une fenêtre dans la vie des gens qui travaillent dans ce secteur. Nous sommes souvent présentés dans les médias comme des objets unidimensionnels plutôt que des sujets», a souligné Carmen Shakti, qui a travaillé à son compte pendant cinq ans comme prostituée.

«Lorsque les gens nous voient comme des humains à part entière, ils sont plus enclins à être d’accord à nous accorder les mêmes droits de la personne et les mêmes droits en milieu de travail», a-t-elle précisé.

Le spectacle vise à atténuer les préjugés et les mythes sur l’industrie du sexe, selon le programme de la pièce.

Les membres de la distribution ont passé plus d’un an à préparer la pièce qui lancera plusieurs messages, dont celui que le secteur du sexe peut être un choix de carrière valable.

«Ce n’est plus la travailleuse du sexe en minijupe en dessous du feu de circulation qui se penche vers la voiture», a expliqué la chercheuse Raven Bowen, ajoutant que seulement 15 pour cent de l’industrie du sexe était visible.

Un autre des objectifs est de sensibiliser le public à la décriminalisation du commerce sexuel — contrairement à la loi adoptée par l’ancien gouvernement conservateur. Certaines personnes estiment que l’interdiction de l’échange de services sexuels est dangereuse puisqu’elle expose les travailleuses du sexe à la violence et à l’exploitation.

Il est difficile de sensibiliser les Canadiens à ce sujet tabou, a concédé Maggie de Vries, mais elle espère que le spectacle puisse changer les mentalités. «Ils veulent améliorer les choses et les rendre plus sécuritaires, mais ils ne savent pas c’est quoi», a-t-elle conclu.

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