Josie Desmarais/Métro Une majorité de filles ont assisté à la conférence.

Certains avec beaucoup d’intérêt, d’autres avec des questionnements, ils étaient une cinquantaine de cégépiens rassemblés dans l’agora du Collège Ahuntsic mardi pour assister à la première conférence portant sur le consentement sexuel organisée par le Conseil du statut de la femme (CSF).

Une grande majorité des étudiants étaient de filles dans la salle sur l’heure du dîner dans ce collège du nord de Montréal, avec quelques garçons curieux venus également assister à la conférence.

Comme elle l’avait dit en entrevue avec Métro lundi, Julie Miville-Dechêne, présidente du CSF, a notamment abordé avec les cégépiens la question des stéréotypes du «garçon viril, puissant, dominant» répandu dans la société. «Même si on croit être libre de ces stéréotypes, on y revient très souvent, particulièrement dans une relation sexuelle», a-t-elle fait part. Le rappeur Koriass a plaidé pour que plus d’hommes prennent la parole pour dénoncer les agressions sexuelles, ainsi que pour cesser de blâmer les victimes. «La cause numéro 1 de tous les viols, ce n’est pas la mini-jupe ou parce que la fille est sortie tard…C’est le violeur !» a-t-il lancé.

Avec l’auteure et journaliste Marilyse Hamelin, Koriass a également expliqué les zones grises du consentement sexuel. Selon eux, s’il y a autant de cas d’agression sexuelle, c’est que la notion de consentement est peu comprise. «Il y a des personnes qui ont agressé sexuellement et qui ne le savent même pas», a affirmé Mme Hamelin. «L’absence de «oui», c’est un «non», a tenu à préciser Koriass. Et si la fille dit «oui», et qu’en cours de route ça ne lui tente plus, c’est un «non»», a-t-il insisté. «Les deux doivent avoir du plaisir et du désir, et même dans un couple, si la fille dit «non» à son copain, mais qu’il s’exécute tout de même, c’est un viol», a ajouté Marilyse Hamelin.

Les étudiants ont, de façon générale, accueilli positivement ces propos. Certains ont même voulu pousser la réflexion plus loin. «Il est difficile de parler de féminisme avec des personnes de la génération de mes parents sans que les stéréotypes reviennent, a fait valoir une étudiante.» Koriass a aussitôt insisté sur la nécessité d’être «armé d’arguments solides» que l’ont peut trouver un peu partout sur le web.

«Des fois, donner des arguments plus personnels aide, comme poser la question: “Est-ce que vous aimeriez que votre fille soit prostituée?“, a fait valoir quant à elle Mme Miville-Dechêne. Les stéréotypes sont confortables, et le féminisme est inconfortable.»

Une autre étudiante a quant à elle demandé comment il est possible de «définir la notion de consentement dans une société où tout le monde a sa propre opinion». «L’impression que l’acte sexuel est une performance, rejetez ça, a insisté Mme Miville-Dechêne. Il faut toujours s’assurer que pour l’autre personne ça se passe correctement. Donc la parole, c’est la clé, même si ça donne une impression de malaise». «Le sexe devrait être le fun pour les deux parties», a résumé Koriass.

Mais un autre étudiant a plutôt questionné les propos des intervenants. «Vous ne trouvez pas qu’on traverse une période où on exagère de plus en plus, où les filles s’exhibent nues sur les réseaux sociaux ?, a-t-il demandé. Si les hommes montraient autant leurs atouts, ça provoquerait autant de pulsions. Être à moitié nue, c’est provocateur. On peut accuser autant l’homme que la femme.»

«Même si une femme était toute nue devant vous, ça ne vous donnerait pas le droit de la toucher, a répondu aussitôt Mme Miville-Dechêne. Si vous avez des pulsions, il y a des façons de s’en débarrasser sans agresser.» «C’est le noyau même de la culture du viol: culpabiliser les femmes», a ajouté Koriass.

Les intervenants ont également été interrogés par les étudiants à propos du retour de l’éducation sexuelle à l’école, sur les lieux où les adolescentes peuvent dénoncer des cas d’agressions sexuelles, ainsi que le «double standard» dans la perception populaire entre une femme nue et un homme nu.

Le Conseil du statut de la femme doit réaliser huit autres conférences du genre dans les cégeps de la province.

Réactions des étudiants

Jonathan«De plus en plus, les filles s’exhibent nues sur les réseaux sociaux. Être à moitié nu, c’est provocateur. On peut autant accuser l’homme que la femme.» – Jonathan

 

 

Farouk«Les hommes ont encore un instinct animal dont ils ne se sont pas encore débarrassé, ce qui explique qu’ils peuvent être plus insistants parfois. Mais ça n’excusent pas qu’il faut le consentement clair entre deux personnes.» – Farouk

 

 

Sabryna«C’est vrai qu’il y a une très grosse zone grise dans le consentement sexuel, pour tout le monde. Les gens ne sont pas trop informés. La sensibilisation ne sera jamais assez faite. Et il faut d’autres hommes comme Koriass pour sensibiliser d’autres hommes sur la question.» -Sabryna

 

 

Antoine«En tant qu’homme, on est dans un Boys Club, on se sent immunisés contre les agressions sexuelles, on est dans un espace dominant par rapport aux femmes. Et c’est pour ça qu’il a des agressions sexuelles: on pense qu’on peut faire ce qu’on veut avec les femmes. Il faut changer cette mentalité archaïque.» – Antoine

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