Adrian Wyld/The Canadian Press Stephen Harper.

OTTAWA – Le changement de cap promis par le premier ministre Justin Trudeau s’incarne dans le budget inaugural de son gouvernement, qui reprend l’essentiel des promesses faites pendant la campagne électorale.

Le document déposé mardi après-midi à la Chambre des communes confirme le renversement ou le rétablissement d’une variété de mesures et de programmes mis en oeuvre sous le précédent gouvernement de Stephen Harper au fil de ses 10 années de règne à Ottawa.

Les libéraux concrétisent leur promesse de stopper l’hémorragie chez Radio-Canada en y réinvestissant 675 millions $ sur cinq ans, dont 75 millions $ en 2016-2017, après que les conservateurs eurent mis la hache dans le budget du diffuseur public.

Le gouvernement ramène aussi de 67 à 65 ans l’âge d’admissibilité à la retraite dans ce premier budget signé par le ministre des Finances, Bill Morneau, et il rétablit le crédit d’impôt pour les fonds de travailleurs, qui était en voie de disparition sous les conservateurs.

Les libéraux confirment aussi l’annulation immédiate des changements apportés en 2012 au régime d’assurance-emploi, qui contraignaient notamment les personnes ayant perdu leur boulot à accepter des emplois moins bien rémunérés et situés dans des endroits plus éloignés.

Par ailleurs, déficits successifs obligent — le gouvernement libéral prévoit que ses budgets seront écrits à l’encre rouge jusqu’en 2020-2021, soit au-delà d’un premier mandat —, la Loi fédérale sur l’équilibre budgétaire adoptée sous le gouvernement Harper sera abrogée, précise-t-on dans le budget.

Les fonctionnaires pousseront un soupir de soulagement en voyant écrit noir sur blanc dans ce document de 300 pages que le fédéral abroge les dispositions législatives lui accordant le pouvoir de modifier unilatéralement le système de congés d’invalidité et de maladie.

Les familles, pour leur part, toucheront davantage d’argent avec l’entrée en scène de l’Allocation canadienne pour enfants — une mesure phare des libéraux financée en partie par l’élimination de deux mesures phares conservatrices: le fractionnement du revenu pour familles et la prestation universelle pour la garde d’enfants.

En ce qui a trait aux anciens combattants, ils pourront cogner à davantage de portes, les libéraux concrétisant dans le budget 2016 leur engagement de rouvrir les neuf centres de services qui avaient été fermés par le gouvernement de Stephen Harper.

Mais au-delà de ces mesures précises, le principal changement entre le budget libéral et les précédentes briques conservatrices en est un de philosophie. Alors que ses prédécesseurs avaient resserré les cordons de la bourse, le ministre Morneau promet d’importantes dépenses pour stimuler la croissance économique.

Par conséquent, les libéraux se dissocient clairement du dogme de l’équilibre budgétaire, comme en témoigne le déficit de 29,4 milliards $ qu’ils prévoient enregistrer en 2016-2017.

«Il y aura toujours des gens qui affirmeront que nous devons craindre le changement. La réalité est qu’une occasion sans précédent de façonner et de mener ce changement se présente à nous. Toutefois, pour façonner l’avenir, nous devons y investir», a plaidé le ministre des Finances en Chambre.

Ces chemins que comptaient emprunter les troupes de Justin Trudeau pour marquer la rupture avec l’ère conservatrice étaient déjà connus, la plupart des jalons ayant été posés pendant la longue campagne électorale, puis dans le discours du Trône.

Mais la rupture de la promesse de réduire progressivement de 11 à 9 pour cent le taux d’imposition des petites et moyennes entreprises (PME), elle, ne l’était pas — et elle n’était pas non plus sur le radar de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI).

Sa vice-présidente principale, Martine Hébert, a donc été estomaquée en découvrant qu’il demeurerait à 10,5 pour cent, surtout que le Parti libéral s’était engagé par écrit auprès de son regroupement à le réduire pendant la campagne électorale.

«C’est grave pour les PME du Canada, a-t-elle plaidé. Chaque demi-point de pourcentage représente environ 300 millions $, donc à terme, au bout des quatre années consécutives, ça va être 1,2 milliard $ qui va peser sur les épaules des PME canadiennes.»

Le budget Morneau, intitulé «Assurer la croissance de la classe moyenne», porte donc bien mal son nom, a critiqué Mme Hébert.

«Curieusement, on s’en prend à la classe moyenne des entreprises en annulant les baisses d’impôt qui avaient d’ailleurs été promises par l’ensemble des partis politiques», a-t-elle reproché.

Le ministre des Finances croit au contraire que son budget est avantageux pour les PME, qui auront davantage de consommateurs au fur et à mesure que les Canadiens verront leur portefeuille grossir grâce aux mesures de stimulation économique libérales.

«À notre avis, c’est un très bon budget pour les PME», a-t-il fait valoir en conférence de presse avant de déposer le document à la Chambre des communes, mardi après-midi.

Cette promesse rompue n’a pas échappé aux partis d’opposition.

Le chef adjoint du Parti conservateur, Denis Lebel, a regretté que les petites entreprises soient «laissées pas mal à elles-mêmes».

Même son de cloche du côté du chef néo-démocrate Thomas Mulcair: «Les créateurs d’emploi, qui sont nos PME, sont laissées pour compte. La diminution de leurs impôts qui était promise n’est pas là», a-t-il déploré en point de presse peu avant le dépôt officiel du budget Morneau.

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