Kyle Peters Kyle Peters / La Presse Canadienne

PIKANGIKUM, Ont. – Neuf membres d’une même famille, dont trois jeunes enfants, ont péri mercredi dans l’incendie d’une maison à Pikangikum, dans le nord-ouest de l’Ontario, une réserve autochtone déjà frappée depuis des années par une importante vague de suicides.

Selon un résidant de Pikangikum qui n’a pas voulu être identifié, les neuf victimes sont membres d’une même famille, sur trois générations. Il s’agit de Dean et Annette Strang, leur fils Gilbert, leur fille Faith et ses trois enfants, ainsi que deux conjoints. Selon cette source, les enfants étaient tous âgés de moins de cinq ans.

Une agente de la Police provinciale de l’Ontario, Diana Cole, a indiqué que l’incendie s’était déclaré un peu avant minuit, mardi, dans une seule maison de cette communauté ojibwée d’environ 2100 habitants située près de la frontière entre le Manitoba et l’Ontario. Mme Cole a précisé que la police poursuit son enquête afin de déterminer la cause de l’incendie.

Alvin Fiddler, grand chef de la nation Nishnawbe-Aski, qui représente les Autochtones du Nord de l’Ontario, a indiqué qu’il avait parlé mercredi avec le chef de Pikangikum, Dean Owen, qui semblait selon lui épuisé. «Le choc est immense lorsque tant de gens meurent lors d’un seul événement tragique», a-t-il expliqué. Selon le grand chef, tout reste à faire à Pikangikum en matière d’infrastructures comme le logement, l’accès à l’eau potable ou la lutte contre les incendies.

En visite à Edmonton, mercredi matin, le premier ministre Justin Trudeau a offert ses condoléances à la communauté et a indiqué que son gouvernement continuerait à oeuvrer avec la province et les leaders autochtones afin d’améliorer les infrastructures. Il a rappelé que le budget de la semaine dernière prévoyait une enveloppe de plus de 8 milliards $ pour les communautés autochtones.

«Ce n’est pas seulement une question de devoir moral: il s’agit d’un investissement dans l’avenir commun de ce pays», a soutenu mercredi M. Trudeau.

La première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, qui se rendait mercredi matin aux funérailles de l’ex-maire de Toronto Rob Ford, a elle aussi offert ses condoléances, sur Twitter.

Kyle Peters, responsable des services éducatifs à Pikangikum, a indiqué qu’il s’affairait mercredi à organiser les déplacements de proches qui n’habitent plus le village, et que des équipes de gestion de crise sont arrivées de communautés aux alentours.

Joseph Magnet, professeur de droit constitutionnel à l’Université d’Ottawa, a déjà oeuvré auprès des Premières Nations. Ses activités lui auront notamment permis de visiter toutes les maisons de Pikangikum, des maisons selon lui «affreusement délabrées» et «dramatiquement surpeuplées», «sans plomberie ni eau courante, et en violation totale du code du bâtiment en matière de prévention des incendies».

Le député fédéral de la circonscription, Robert Nault, a déclaré depuis Ottawa que des discussions sont en cours avec les leaders de cette communauté «tissée serrée» pour déployer rapidement sur place une équipe de soutien psychologique. «Il s’agit d’une communauté qui a connu beaucoup de suicides (…) et de drames, alors elle vit des crises constantes depuis des années», a rappelé le député libéral de Kenora.

M. Nault a indiqué qu’il rencontrerait jeudi les ministres de la Santé fédéral et provincial afin de discuter de ce qu’il a qualifié de «crise du Nord» — «pas seulement cet incident mais aussi, bien sûr, les problèmes de santé mentale, les soins de santé, les suicides».

«Pikangikum affiche le pire taux de suicides de tout l’Occident (…) au-dessus de 400 cas, je crois, depuis une vingtaine d’années», a estimé le député Nault, qui a été ministre des Affaires indiennes et du Nord canadien de 1999 à 2003 — dans le troisième gouvernement de Jean Chrétien, qui avait lui-même détenu ce portefeuille de 1968 à 1974.

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