Jacques Boissinot Philippe Couillard. Jacques Boissinot / La Presse Canadienne

QUÉBEC – Pour la première fois depuis le début de la crise qui secoue le gouvernement, le premier ministre Philippe Couillard a pris ses distances du ministre Sam Hamad mercredi.

Le ton a changé, ce qui pourrait annoncer des jours difficiles pour le député de Louis-Hébert, suspendu depuis samedi de ses fonctions de président du Conseil du trésor.

«Est-ce que le député de Louis-Hébert aurait dû être plus prudent? Certainement qu’il aurait dû être plus prudent, certainement pour les questions de lobbyisme», a convenu le premier ministre, en réponse à une question en Chambre du chef caquiste François Legault.

«Pensez-vous que je suis heureux de cette situation? Je ne suis pas heureux de cette situation», a-t-il dit plus tard, lors d’une brève mêlée de presse. Peu loquace, il a dit comprendre la frustration de la population à cet égard.

Au cours des derniers jours, M. Couillard s’était plutôt contenté de vanter les mérites de Sam Hamad, se disant persuadé que son retrait serait temporaire.

Mercredi, M. Couillard a reconnu publiquement que son ministre avait commis une erreur en entretenant des liens avec Marc-Yvan Côté, qui l’a sollicité pour obtenir l’aide financière du gouvernement à l’entreprise qu’il représentait, Premier Tech, alors qu’il n’était pas enregistré comme lobbyiste. Impair supplémentaire: en tant que titulaire d’une charge publique, M. Hamad a accepté d’avoir des contacts avec M. Côté sans lui demander s’il était inscrit au registre des lobbyistes.

Le premier ministre attend les explications de son ministre et pour la deuxième journée de suite il a insisté pour que M. Hamad rencontre les médias.

«Il faut attendre M. Hamad. Il va venir demain (jeudi) vous parler. J’ai insisté pour qu’il vienne vous rencontrer, qu’il revienne vous parler. Il faut qu’il réponde à vos questions», selon le premier ministre.

Mais la proximité entre Marc-Yvan Côté et Sam Hamad dans ce dossier ne constitue pas le principal enjeu, selon M. Couillard. «Est-ce que la transaction et la décision du ministère de l’Économie et d’Investissement Québec a été prise selon les bonnes pratiques?», voilà ce qui doit retenir l’attention pour la suite des choses, a-t-il fait valoir.

Premier Tech, une entreprise de Rivière-du-Loup, a obtenu en 2012 un prêt de 11 millions $ et une subvention de 8 millions $ du gouvernement.

Mercredi, pour la deuxième journée de suite, la période de questions à l’Assemblée nationale a été monopolisée par les allégations de trafic d’influence qui pèsent sur le ministre Sam Hamad, en lien avec l’ex-ministre libéral et ancien collecteur de fonds Marc-Yvan Côté, qui fait l’objet d’accusations de corruption et d’abus de confiance. Par ailleurs, en 2005, M. Côté avait été banni à vie du Parti libéral du Canada pour ses pratiques de financement illégales.

M. Hamad, critiqué pour être parti en Floride alors qu’il est au centre d’une crise, sera de retour à Québec, à l’Assemblée nationale jeudi. Il aura alors l’occasion pour la première fois de répondre en personne aux questions des médias et de l’opposition, depuis qu’il fait l’objet d’allégations présentement sous enquête du Commissaire à l’éthique et du Directeur général des élections.

L’avenir politique de Sam Hamad repose entièrement sur le contenu du rapport à venir du Commissaire à l’éthique, a commenté le ministre de l’Agriculture, Pierre Paradis, qui s’est rappelé que Marc-Yvan Côté était un «ministre senior» dans le gouvernement de Robert Bourassa.

L’opposition caquiste a affiché son indignation en notant que Marc-Yvan Côté, malgré le fait qu’il ait été chassé du PLC en 2005, avait obtenu son «certificat de solliciteur» de fonds pour le Parti libéral du Québec (PLQ), pour les années 2007, 2008 et 2009.

«Le premier ministre s’est fait élire en disant qu’il ne ferait aucun compromis sur les questions éthiques, sauf qu’il y a 12 ministres et 33 députés qui appartiennent au passé libéral, et l’affaire du député de Louis-Hébert est un test pour lui», a fait valoir le chef de l’opposition officielle, Pierre Karl Péladeau, en Chambre. Il a reproché une fois de plus au premier ministre d’avoir «créé un précédent» en choisissant de suspendre M. Hamad, tout lui laissant tous ses privilèges: garde du corps, limousine et salaire.

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