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OTTAWA – Le débat sur l’aide médicale à mourir tarde à s’amorcer en Chambre, mais dans les couloirs du parlement, les députés commencent déjà à s’exprimer — parfois timidement — sur la question.

Sans surprise, le délicat projet de loi C-14 ne fait pas l’unanimité. Pour certains, il est trop restrictif, et pour d’autres, il va trop loin.

L’appui des députés conservateurs semble loin d’être acquis, entre ceux qui se réclament de la droite religieuse et les autres qui s’inquiètent pour la protection de la liberté de conscience des professionnels de la santé.

Quelques-uns ont d’ores et déjà signalé qu’ils avaient l’intention de voter contre le projet de loi, que le gouvernement libéral espère faire adopter d’ici la date butoir du 6 juin pour éviter un flou juridique.

C’est le cas de Tom Lukiwski, de la Saskatchewan. «À l’heure actuelle, je penche fortement vers un vote en défaveur du projet de loi, car personnellement, je crois au caractère sacré de la vie», a-t-il dit avant la réunion de son caucus.

Tout en affirmant avoir besoin de davantage de temps, son collègue albertain Blake Richards a fortement suggéré qu’il s’y opposerait probablement lui aussi. «Si vous regardez mon dernier vote au parlement sur cette question, c’est vers ça que je tends», a-t-il dit.

La même réticence se fait ressentir chez son collègue Erin O’Toole, qui a publié le 12 avril dernier sur son blogue personnel un texte intitulé «La pente glissante de l’euthanasie».

De son côté, le leader parlementaire du Parti conservateur en Chambre, Andrew Scheer, a prévenu qu’il n’adhérait pas tout à fait au projet de loi dans sa mouture actuelle.

«S’il n’y a aucun amendement à l’étape de comité, je pense que je vais voter contre parce que je pense que c’est très important de protéger les droits des médecins», a-t-il exposé en mêlée de presse.

Chez les libéraux, on a réitéré mercredi que seuls les ministres seraient contraints de suivre la ligne de parti lors du vote.

Le leader du gouvernement en Chambre, Dominic LeBlanc, l’a réaffirmé après qu’un secrétaire parlementaire eut affirmé que ses collègues et lui n’auraient pas le droit de voter selon leur conscience.

«Ça c’est une erreur, a-t-il dit. J’ai été très clair que les ministres, évidemment, vont toujours voter ensemble. (…) Cependant, les députés, y compris les secrétaires parlementaires, sont libres de voter selon leur choix pour le projet de loi C-14.»

Ils seront donc environ 150 à avoir cette latitude.

Sous le couvert de l’anonymat, deux députés libéraux ont cité leur foi religieuse comme motif qui pourrait les empêcher de voter en faveur du projet de loi.

La religion ne sera pas un facteur qui entrera en ligne de compte pour le député de confession juive Anthony Housefather, président du comité parlementaire qui se penchera sur le controversé projet de loi libéral.

«Ultimement, moi, je suis ici comme parlementaire, et ma religion n’a rien à faire avec mon rôle parlementaire», a-t-il tranché en mêlée de presse.

Son collègue John McKay, qui s’est publiquement prononcé contre l’euthanasie dans le passé, compte voter pour le projet de loi. Il conçoit d’ailleurs difficilement comment cette valeur puisse, à elle seule, justifier que l’on reste campé sur sa position.

«À partir du moment où la Cour suprême rend une décision unanime et qu’on respecte la Charte des droits et libertés, on se dit: ‘OK, alors c’est comme ça que ça va se passer dans notre société’», a-t-il argué.

«J’aimerais qu’il en soit autrement, mais c’est comme ça», a tranché M. McKay.

Leur chef semble avoir bon espoir que la mesure législative ralliera une majorité de députés à la Chambre des communes.

«Je suis confiant que les réflexions sur cet enjeu (…) vont nous amener à une place où les gens reconnaissent que la question n’était pas si on devait légaliser l’aide à mourir, mais comment on allait faire», a fait valoir le premier ministre Justin Trudeau.

«Le pas qu’on a fait, c’est un premier pas responsable, et on regardera bien les prochaines étapes par la suite», a-t-il enchaîné lors d’une brève mêlée de presse avant le caucus de son parti, mercredi matin.

Le Parti conservateur, le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Bloc québécois ont chacun annoncé qu’ils permettraient à tous leurs représentants de voter comme ils le souhaitent sur le projet de loi présenté en réponse à une décision rendue par la Cour suprême du Canada en février 2015.

«Je peux vous dire que moi, je vais voter en faveur de la loi, même si je connais les écueils», a affirmé le chef néo-démocrate Thomas Mulcair, signalant que certains des membres de son caucus pourraient bien enregistrer un vote en défaveur de C-14.

«Je ne serais pas étonné, et je serais totalement en faveur de leur droit de s’exprimer. C’est vital, c’est vraiment essentiel; c’est une question de morale et d’éthique personnelles», a-t-il plaidé en point de presse dans le foyer des Communes.

Le chef intérimaire bloquiste, quant à lui, ne serait pas étonné de voir sa députation appuyer C-14 — à tout le moins sur le principe, en deuxième lecture, avant qu’il ne prenne la direction du Comité permanent de la justice et des droits de la personne.

«Je ne veux pas parler pour eux, on a dit que ce serait un vote libre alors je ne donnerai pas de directives, mais ce que j’entends, moi, ça semble assez favorable au projet de loi», a expliqué Rhéal Fortin.

Les discussions sur le projet de loi déposé la semaine dernière par la ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, devaient s’amorcer mercredi en Chambre, mais elles ne débuteront finalement pas avant vendredi, l’ordre des travaux ayant été revu à la dernière minute.

Malgré cet échéancier extrêmement serré, le gouvernement a toujours bonne confiance de faire adopter sa loi, a insisté Dominic LeBlanc.

«Nous avons toujours eu l’intention de respecter le ‘deadline’ du 6 juin», a-t-il assuré, disant vouloir laisser «au plus grand nombre possible» de députés la chance de s’exprimer à la Chambre des communes.

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