MONTRÉAL – Le gouvernement du Québec, le Port de Montréal et la Ville de Montréal ont annoncé lundi un investissement de 78 millions $ dans le port afin d’y accroître l’achalandage touristique, mais en l’absence du gouvernement fédéral.

Québec y contribuera à hauteur de 20 millions $, la Ville de Montréal à 15 millions $ et l’Administration portuaire de Montréal financera le reste, soit 43 millions $.

Sylvie Vachon, présidente-directrice générale de l’Administration portuaire, a admis qu’elle a dû refaire son montage financier après avoir appris que le projet ne pourrait recevoir d’aide financière du gouvernement fédéral, puisqu’il ne correspond pas aux critères actuels du programme, semble-t-il. Le port est pourtant une institution fédérale.

«Notre projet ne cadrait pas dans le programme — on aurait aimé qu’il cadre — mais sinon, on va aller de l’avant avec le montage financier dont je viens de parler. Ça ne plombera pas notre année financière. On a réorganisé en fait l’ensemble de notre programme d’immobilisation pour à la fois pouvoir compléter notre projet, qui est de livrer un nouveau terminal à conteneur, et amorcer ce projet, dont la livraison est prévue pour 2017», a commenté Mme Vachon.

Elle avait demandé une contribution de 26 millions $ au gouvernement fédéral.

Le maire de Montréal, Denis Coderre, ne s’est pas inquiété outre mesure de cette absence du fédéral.

«Moi honnêtement, je ne vois pas ça comme une absence, parce qu’Ottawa investit massivement au niveau du port de Montréal. Je ne fais pas de chicane parce que le fédéral n’est pas dedans (ce projet). Pour moi, le fédéral est déjà dans le port de Montréal. C’est un dossier qui va prendre de l’ampleur et qui est vivant. Quand on va tomber dans le récréotouristique, on va attendre la phase 2 au niveau des infrastructures», a commenté le maire Coderre.

Le ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux, s’est aussi fait rassurant. «Il y aura d’autres projets avec le gouvernement fédéral certainement, parce qu’il y a de l’argent pour les infrastructures, mais ça ne nous empêche d’aller de l’avant avec des projets qui sont prêts», a-t-il souligné.

Du côté fédéral, on a confirmé lundi qu’Infrastructure Canada avait informé l’Administration portuaire de Montréal le 4 mars dernier que le projet de jetée Alexandra n’était pas admissible à un financement.

«Le projet a été soumis au volet Infrastructures nationales du Nouveau Fonds Chantiers Canada (VIN-NFCC). L’infrastructure portuaire destinée aux navires de croisière n’entre pas dans une catégorie d’investissement admissible aux termes du VIN-NFCC», a-t-on expliqué par courriel.

Le projet, dont il était déjà question dans la stratégie maritime du gouvernement du Québec, vise à réhabiliter la jetée Alexandra et la gare maritime Iberville pour 2017, soit à temps pour les fêtes du 375e anniversaire de Montréal.

«Ce projet redonne la ville et, dans ce cas-ci, le fleuve aussi aux citoyens et aux touristes qui vont venir de partout sur la planète», s’est réjoui le ministre Coiteux, aussi responsable de la région de Montréal.

La ministre du Tourisme, Julie Boulet, a souligné que le tourisme de croisière était en hausse depuis plusieurs années. Le nombre de passagers qui ont débarqué au Québec a plus que doublé de 2008 à 2015, passant de 126 000 à 269 000. Pour Montréal, on parle d’une croissance de 33 000 à 71 000 — 91 000 si on inclut les membres des équipages, a relevé la ministre Boulet.

Le maire Coderre, de son côté, a souligné qu’en 2015, quelque 9,6 millions de touristes ont visité Montréal et ont dépensé 2,9 milliards $.

Comme les travaux préliminaires ont déjà commencé, le Port de Montréal doit fermer le terminal actuel pour la saison 2016. Ainsi, de mai à la fin d’octobre, l’accueil des navires de croisière sera déplacé et deux chapiteaux seront érigés pour offrir les services nécessaires.

Plus précisément, le projet vise à réaménager l’accueil des croisiéristes, qui se fait présentement au 1er étage, en le replaçant au rez-de-chaussée. On veut aussi rapprocher la gare du «tissu urbain» en donnant un accès à l’entrée de la jetée.

La gare secondaire sera aussi réaménagée pour favoriser l’accueil simultané de deux navires de croisière. L’allée principale entre la gare principale et la secondaire sera dégagée.

Le bout de la jetée sera aussi dégagé et abaissé pour offrir un accès au fleuve pour les citoyens et un accès additionnel pour des navettes fluviales ou des navires de croisière de plus petite taille, a précisé Mme Vachon.

De même, on veut aménager un toit vert et implanter un centre d’interprétation des activités portuaires comme d’autres grandes villes portuaires dans le monde.

Éventuellement, on veut aussi construire une tour d’observation, mais celle-ci ne sera prête qu’en 2019.

Réaction

Le milieu des affaires s’est réjoui de cette annonce, d’autant plus que les infrastructures actuelles sont «vétustes», a souligné en entrevue le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc.

À ses yeux, il s’agit d’«un projet fantastique qu’on peut réaliser malgré l’absence d’un joueur», le gouvernement fédéral.

«Dans la mesure où le gouvernement fédéral aidera à d’autres projets, par un jeu de vases communicants, ce n’est pas la fin du monde. Mais à l’origine, dans une institution fédérale qui est un port, pour des activités internationales d’une gare maritime et des croisières, c’aurait été normal que le gouvernement fédéral investisse», a opiné M. Leblanc.

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