QUÉBEC – Le premier ministre Philippe Couillard n’a pas réussi à apaiser les critiques de l’opposition, jeudi, même s’il a accepté la démission de la sous-ministre aux Transports, après avoir pris connaissance d’une lettre d’une analyste externe constatant «la culture du secret» dans ses services.

Le Parti québécois et la Coalition avenir Québec ont réclamé le départ des deux adjoints principaux de M. Couillard, ainsi que du ministre des Transports, Jacques Daoust.

En début de journée, M. Couillard a confirmé le départ de Dominique Savoie, après avoir lu pour la première fois jeudi matin la lettre d’Annie Trudel, datée du 4 avril.

«La lettre a été pour moi un élément significatif et nouveau, dont littéralement j’ai pris connaissance ce matin, qui est susceptible d’ébranler la confiance des citoyens envers les institutions», a-t-il dit.

Mercredi matin, M. Couillard avait découvert pour la première fois qu’un ancien ministre des Transports, Robert Poëti, s’inquiétait de la gestion administrative de son ministère.

Aux côtés du premier ministre, jeudi, dans une mêlée de presse devant une salle de l’Assemblée nationale, M. Daoust a quant à lui annoncé le départ de son directeur de cabinet, Pierre Ouellet.

«Il est important que nous maintenions la confiance de la population envers les institutions politiques, a-t-il dit. Alors dans ce contexte-là, j’ai décidé de changer mon chef de cabinet aussi.»

M. Daoust a affirmé que Mme Savoie, qui a balayé du revers de la main, mercredi, les inquiétudes exprimées par l’ex-ministre des Transports Robert Poëti concernant sa gestion, «a demandé à être démise de ses fonctions, effectif aujourd’hui».

M. Couillard a également annoncé que son gouvernement déposera un projet de loi pour créer un poste d’inspecteur général au ministère des Transports, sur le modèle de celui créé par la Ville de Montréal.

«Il est essentiel de conserver la confiance des citoyens envers les institutions, a-t-il dit. Ça m’apparaît absolument critique. On ne peut pas se permettre une situation vraiment qui me trouble, qui m’inquiète beaucoup.»

Alors que son directeur de cabinet Jean-Louis Dufresne avait rencontré M. Poëti à propos de ses inquiétudes, M. Couillard a admis, en Chambre, que les informations devraient mieux circuler dans son entourage.

«Il est clair que le flot de l’information doit s’améliorer, a-t-il dit en Chambre. On a toujours des améliorations à faire dans les organisations.»

M. Couillard a affirmé que ces renseignements ont alors été transmis à l’Unité permanente anticorruption, qui enquête, en plus de provoquer l’accélération du projet d’inspecteur général au MTQ, annoncé jeudi.

Le chef intérimaire péquiste Sylvain Gaudreault a réclamé la démission de M. Dufresne, en raison de son sa décision de tenir M. Couillard à l’écart d’un dossier qui s’est révélé explosif cette semaine.

«J’aurais des doutes sur mon entourage, si j’étais à sa place, parce que pendant trois semaines il a été tenu dans l’ignorance par son chef de cabinet», a-t-il dit.

Le chef caquiste François Legault a soulevé des doutes sur l’intérêt réel de M. Couillard pour la gestion de l’État, étant donné la latitude qu’il laisse à M. Dufresne.

«Est-ce qu’on a un premier ministre ou si on a un touriste, un observateur qui ne s’intéresse pas, à ce qui se passe, des milliards qui sont dépensés au ministère des Transports? Quand va-t-on avoir un peu de leadership?», a-t-il demandé.

Ces attaques ont forcé M. Couillard à prendre la défense de M. Dufresne, qui «fait un excellent travail dans un grand nombre de dossiers excessivement critiques pour le gouvernement du Québec, pour la société du Québec».

Selon le leader parlementaire péquiste Bernard Drainville, M. Dufresne et le secrétaire général du gouvernement, Roberto Iglesias, «n’auraient rien fait comme changements au ministère des Transports du Québec si le scandale n’avait pas été dévoilé par un journaliste» et M. Poëti plus tôt cette semaine.

Dans un point de presse, M. Legault a quant à lui réclamé le départ de M. Dufresne, M. Iglesias et M. Daoust.

«Si j’étais premier ministre, là, je changerais de directeur de cabinet, à sa place, je changerais de ministre des Transports puis je changerais de secrétaire général parce que, pour moi, la confiance, elle ne serait plus là, a-t-il dit. Il y aurait, pour moi, un manque de loyauté important.»

Mercredi, après la publication d’un reportage, le gouvernement a rendu publique une lettre de M. Poëti à son successeur au sujet de ses craintes quant à la gestion du ministère, dont il a perdu la responsabilité au remaniement ministériel de février dernier.

Jeudi, la lettre de démission de Mme Trudel, qui avait été choisie par M. Poëti pour faire le ménage au ministère des Transports, a également été rendue publique par le gouvernement.

L’analyste dénonce notamment «la culture du secret fortement présente, où les multiples irrégularités qui ont encore leur place au MTQ», malgré les nombreux rapports de vérification et d’enquête qui ont révélé des pratiques douteuses au cours des dernières années.

Dans sa lettre, transmise au cabinet de M. Daoust, Mme Trudel annonce qu’elle n’a «pas l’intention de continuer à travailler avec des gens qui mettent constamment des bâtons dans les roues» et préfèrent «gérer l’image plutôt que de prendre le taureau par les cornes».

«J’ai compris que certains hauts dirigeants du MTQ n’ont pas le désir de profiter de mon expertise afin d’améliorer des situations potentiellement risquées du ministère, a-t-elle écrit. C’est un secret de polichinelle que plusieurs membres de la direction du MTQ souhaitent ardemment mon départ.»

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