HO HO / La Presse Canadienne

OTTAWA – Le gouvernement libéral s’est finalement plié aux demandes de l’opposition, jeudi, en retirant une motion qui lui aurait donné un contrôle accru sur les travaux parlementaires.

Le retrait de la motion 6 a été confirmée par le leader du gouvernement à la Chambre des communes, Dominic LeBlanc, et accueillie par des applaudissements en provenance des banquettes opposées.

Les mesures procédurales contenues dans la motion auraient permis au gouvernement de Justin Trudeau de faire avancer plus facilement son agenda politique d’ici le congé estival.

«Nous avons entendu les commentaires formulés par tous nos collègues. Nous avons retiré la motion 6», a indiqué M. LeBlanc.

Le gouvernement avait inscrit la motion au feuilleton des avis sans crier gare, ce qui avait exacerbé le mécontentement d’une opposition qui accusait déjà les libéraux de la museler en limitant les débats aux Communes.

Si elle s’est réjouie de cette «immense victoire», la leader intérimaire conservatrice, Rona Ambrose, a prévenu que cet épisode demeurera bien présent dans l’esprit de ses troupes.

«Laissez-moi vous dire une chose: nous n’oublierons pas. Nous savons maintenant jusqu’où ils sont prêts à aller lorsqu’ils doivent composer avec les demandes de l’opposition», a-t-elle lancé dans le foyer des Communes.

Le leader parlementaire du Nouveau Parti démocratique (NPD), Peter Julian, qui avait comparé la motion 6 à une «camisole de force», a aussi poussé un soupir de soulagement, jeudi.

Nouvelles excuses de Trudeau

L’annonce de Dominic LeBlanc a été faite après que le premier ministre Justin Trudeau eut présenté pour la troisième fois des excuses pour son implication dans une bousculade au cours de laquelle il a bousculé une députée avant d’en agripper un autre par le bras.

Il a convenu, lors de son intervention en chambre, jeudi matin, qu’il avait manqué à son devoir de se «comporter de façon exemplaire».

«Les députés s’attendent à un meilleur comportement de la part de n’importe qui, dans cette chambre, et avec raison. Je m’attends à mieux de moi-même», a-t-il lâché lors de ce discours.

Les travaux parlementaires avaient viré à la foire d’empoigne, mercredi soir, lorsque le premier ministre a involontairement asséné un coup de coude à la poitrine de l’élue néo-démocrate Ruth Ellen Brosseau, puis empoigné le whip conservateur, Gord Brown.

«Dans mon empressement, je n’ai pas fait attention aux gens autour de moi, et j’ai accidentellement bousculé la députée de Berthier—Maskinongé, et c’est quelque chose que je regrette profondément», s’est confessé M. Trudeau, jeudi.

Il s’était retrouvé dans cette situation après avoir traversé la chambre d’un pas énergique, constatant que le whip conservateur semblait pris derrière un mur qu’avaient formé des députés dans le coin de la pièce où se trouvent les banquettes du NPD.

Avec le recul, le premier ministre dit avoir réalisé que cette décision était mauvaise. «Cette intervention était inappropriée. Ce n’est pas mon rôle, et cela n’aurait pas dû se produire», a-t-il tranché.

Avant que M. Trudeau ne fasse irruption, les images captées par les caméras de la Chambre des communes montrent Gord Brown tenter de se frayer un chemin entre des députés néo-démocrates souriants.

Le député néo-démocrate Peter Julian a toutefois juré que ses collègues et lui n’avaient pas délibérément tenté de retarder le vote. Une source au parti a pourtant dit l’inverse à La Presse Canadienne, expliquant que cela avait été fait avec «espièglerie», et volontairement.

C’est aussi l’avis de la leader du Parti vert, Elizabeth May, dont la banquette est située derrière celles des néo-démocrates. «Je suis désolée, mais il y a eu tentative de retarder le vote. Il n’y a aucun doute là-dessus», a-t-elle dit mercredi, sans toutefois excuser le geste de M. Trudeau.

Le chef intérimaire du Bloc québécois, Rhéal Fortin, semble aussi adhérer à la théorie. «Ce que les députés du NPD ont fait hier, c’est-à-dire de bloquer l’allée, je ne peux pas dire que je suis d’accord avec ça. Je pense que ça ne se fait pas», a-t-il dit jeudi en point de presse.

L’incident de mercredi soir a provoqué la furie du chef néo-démocrate Thomas Mulcair, qui s’est retrouvé nez à nez avec le premier ministre. Des députés se sont interposés entre les deux hommes, vraisemblablement pour éviter un affrontement physique.

«Quel genre d’homme donne un coup de coude à une femme? C’est lamentable! Vous êtes lamentable!», a-t-il ragé, le visage empourpré.

L’affaire se transportera devant le comité permanent de la procédure et des affaires de la Chambre des communes, où Justin Trudeau pourrait être appelé à témoigner.

Le principal intéressé a assuré qu’il était «pleinement préparé» à accepter la décision de ce puissant comité secret où siègent six libéraux, trois conservateurs et un néo-démocrate.

Le leader parlementaire du Parti conservateur, Andrew Scheer, a exhorté jeudi ces députés à prendre leur responsabilité au sérieux.

«J’espère qu’ils reconnaîtront la gravité (du geste). N’oublions pas que le premier ministre n’a aucun droit de toucher un député. Ce n’est pas son travail», a-t-il fait valoir en point de presse.

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