MONTRÉAL – Québec annonce une injection de 250 millions $ sur cinq ans dans une stratégie de l’aérospatiale qui, espère-t-on, générera 2,8 milliards $ d’investissements dans ce secteur.

La stratégie annoncée lundi matin à l’École nationale d’aérotechnique à Longueuil tourne autour de quatre axes qui visent à soutenir et renforcer l’industrie, mousser sa croissance, solidifier les nombreuses PME qui agissent comme fournisseur et intensifier la recherche, le développement et la formation.

En plus des 250 millions $ d’aide directe, le gouvernement met à la disposition du secteur 260 millions $ sous forme d’investissement participatif ou de prêt, selon les programmes et la nature de l’aide requise.

Certaines mesures font appel à une implication du gouvernement fédéral et, à ce chapitre, le premier ministre Philippe Couillard n’a pas hésité à rappeler qu’Ottawa se fait toujours attendre avec le plus gros joueur de l’industrie.

«Je ne m’attends à rien de moins que la même intensité de soutien au Québec pour le secteur aéronautique que ce à quoi on a assisté pour le secteur automobile en Ontario», a dit le premier ministre.

«Pour moi, la réponse est claire: un gouvernement doit investir dans l’innovation, et l’innovation aéronautique au Canada, c’est la série C (de Bombardier)», a déclaré Philippe Couillard, faisant ainsi référence à l’aide de 1 milliard $ US réclamée depuis plusieurs mois au gouvernement fédéral par l’avionneur québécois, qui attend toujours la réponse.

Un des objectifs ambitieux poursuivis par le gouvernement est d’attirer de nouveaux maîtres d’œuvre dans le domaine, alors que le Québec en compte présentement quatre (Bombardier, Bell Hélicoptère, Pratt & Whitney et CAE).

Québec souhaite également renforcer l’important réseau de PME en soutenant leur automatisation et en favorisant les regroupements, fusions et acquisitions à l’étranger.

Bien qu’aucune mesure de protection ne soit prévue dans les cas inverses, où une entreprise québécoise ferait l’objet d’une tentative de prise de contrôle étrangère, Philippe Couillard a assuré que, dans ce cas-ci, Québec interviendrait avec tous les outils à sa disposition: «Il y a fleuron et fleuron… et l’aéronautique et l’aérospatiale, on va tout faire non seulement pour les garder chez nous mais les faire croître chez nous.»

Dans l’espoir de diversifier l’industrie, un des objectifs avoués est de promouvoir et renforcer les secteurs de la sécurité et de la défense.

Dans le même esprit, on entend appuyer le secteur des drones pour profiter d’une fulgurante expansion de leur utilisation dans les secteurs civil et industriel.

Réactions positives, avec un bémol

La stratégie a été très bien accueillie par le milieu en général.

La présidente-directrice générale d’Aéro Montréal, Suzanne Benoît, y voit l’aboutissement du plan stratégique élaboré l’an dernier par son organisme.

«On a fait toute cette réflexion — les forces, les faiblesses, les occasions etc. — on a tout identifié, et le gouvernement arrive avec sa nouvelle stratégie et je dois dire qu’il y a un alignement presque parfait des astres», a-t-elle dit.

Mme Benoît s’est montrée particulièrement satisfaite de l’accent mis sur la promotion du secteur auprès des jeunes, les stages en milieu de travail et la formation.

«Le Québec veut se positionner en innovation, mais ça prend les cerveaux aussi qui vont suivre dans les 10-20 prochaines années pour être capable d’appuyer tous les projets qu’on veut réaliser en innovation», a-t-elle fait valoir.

Le président du Conseil du Patronat du Québec (CPQ), Yves-Thomas Dorval, a pour sa part salué non seulement le plan, mais aussi l’approche de consolidation à long terme d’une industrie qui, selon lui, fait désormais partie de l’identité québécoise.

«C’est clair pour les Québécois que l’aéronautique, c’est l’image d’un Québec moderne. Ça dépasse l’aéronautique. C’est une marque de commerce québécoise.»

Du côté syndical, l’accueil s’est également avéré très positif. Le coordonnateur québécois de l’Association internationale des machinistes et travailleurs de l’aérospatiale (AIMTA-FTQ), Dave Chartrand, s’est réjoui du fait que les travailleurs aient également été consultés pour l’élaboration de cette stratégie.

Bien qu’il qualifie de bienvenu et apprécié le soutien à l’industrie, M. Chartrand déplore toutefois que le plan ait négligé un sous-secteur pourtant créateur d’emplois et susceptible d’attirer des investissements.

«Il y a des lacunes du point de vue de la réparation, la révision et l’entretien des avions, c’est clair. Nous n’avons absolument rien contre le fait de soutenir l’industrie, au contraire, mais on devrait avoir plus de garanties de travail ici pour le Québec et le Canada», a-t-il fait valoir.

De plus, selon lui, la somme de 250 millions $ sur cinq ans est plutôt modeste.

«Ce n’est pas énorme, a-t-il dit. C’est évident qu’il faut continuer d’investir dans l’industrie, parce qu’elle a besoin de beaucoup de capitaux.»

Même du côté du CPQ, on reconnaît à mots à peine couverts que l’investissement pourrait être plus élevé, mais Yves-Thomas Dorval a pris bien soin d’emballer ce commentaire en rappelant d’une part, que l’argent du fédéral restait à venir et, d’autre part, que l’État québécois ne pouvait pas piger à volonté dans le Trésor public, du moins pour l’instant.

«Pour le contribuable, c’est important qu’il dise au gouvernement qu’il doit faire attention. Mais ça peut être évolutif», a-t-il indiqué.

«Le gouvernement arrive avec une stratégie qui est fonction de sa capacité, de sa marge financière. Mais si les choses évoluaient dans le temps, le gouvernement pourra certainement revoir ses positions.» a conclu le président du CPQ.

Le secteur de l’aérospatiale représente, au Québec, plus de 40 000 emplois, 190 entreprises et des ventes annuelles de 15,5 milliards $.

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