Larry MacDougal

EDMONTON – Une étude laisse croire que le Canada ne peut pas faire croître le secteur énergétique canadien et respecter ses cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) sans infliger de lourds dommages aux autres secteurs de l’économie.

David Hughes, ancien directeur de recherche à la commission géologique du Canada (CGC) — qui fait partie du ministère des Ressources naturelles —, affirme que les autres industries devraient réduire leurs émissions de manière considérable si le Canada maintenait ses projections de croissance pour les sables bitumineux et ses engagements envers la lutte aux changements climatiques annoncés dans le cadre de la conférence sur le climat de Paris.

«Si vous prenez en considération la croissance prévue de la production pétrolière et gazière, il est plutôt difficile de voir comment on peut couper les émissions de 55 pour cent dans le reste (des secteurs) sans détruire l’économie dans ce processus», a affirmé le chercheur, qui a effectué l’étude pour l’Institut Parkland de l’Université de l’Alberta et l’Université de Victoria.

M. Hughes conteste aussi la vision des choses selon laquelle l’Alberta a besoin de nouveaux oléoducs vers les côtes afin de faire transiter le bitume des sables pétrolifères et d’obtenir le meilleur prix possible.

Un porte-parole de l’industrie a réfuté les déclarations du chercheur, arguant qu’il se basait sur des informations désuètes et qu’il ne considérait pas le facteur de l’innovation.

M. Hughes a étudié les prévisions de croissance de l’Office national de l’énergie (ONÉ) — en considérant le plafond d’émissions de GES mis sur pied par l’Alberta et les objectifs de la Colombie-Britannique d’augmenter le nombre de terminaux pour les gaz naturels liquéfiés — afin de déterminer le niveau de GES émis par ces secteurs.

Il a ensuite comparé les données avec les cibles du Canada fixées en décembre dernier lors du sommet sur le climat à Paris. Le gouvernement fédéral avait alors promis de réduire de 30 pour cent ses émissions de GES d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2005.

M. Hughes a conclu que la portion de l’industrie énergétique dans les émissions totales canadiennes serait multipliée par deux, passant de 26 à 52 pour cent. Cela signifie que les autres secteurs devraient combler cet écart.

Plus des trois quarts de la production d’électricité n’émettent pas de gaz à effet de serre. Réduire les émissions des voitures, des camions, des résidences et des bureaux serait onéreux et nécessiterait des dizaines d’années. Et la diminution des émissions dans les secteurs agricole et manufacturier aurait des impacts économiques distincts.

«Pour éviter un effondrement de son économie, le Canada devrait donc reconsidérer sa croissance planifiée dans la production pétrolière et gazière et demander de réelles réductions d’émissions aux secteurs pétrolier et gazier dans l’espoir de respecter ses engagements», a souligné M. Hughes.

Alex Ferguson, l’un des vice-présidents de l’Association canadienne des producteurs pétroliers, a dit croire que l’impact des changements technologiques dans l’industrie des sables bitumineux allait éventuellement donner tort à M. Hughes.

«Nous devons, collectivement, faire le pari conscient que la technologie nous aidera face à ce défi (climatique)», a affirmé M. Ferguson.

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