Chantal Levesque/Métro Mercredi soir, Mon ami Dino clôture la 20e édition de Fantasia. «C’est hot en cri**e! s’exclame Jimmy Larouche. C’est un gros honneur et une grosse fierté. C’est le festival qui est le plus proche de moi en tant qu’individu en raison de son côté bon enfant. Tout le monde là-bas y va dans la même optique: avoir du fun.»

Avec Mon ami Dino, Jimmy Larouche offre une ode à la vie, à l’art, à la famille et, surtout, à l’amitié. La vraie, la sincère, celle qui est dénuée de tout faux-semblant. Même si du faux, dans ce long métrage, il y a quand même un peu.

Le film s’ouvre sur le visage en gros plan de Dino Tavarone, caché derrière ses lunettes fumées, l’air grave, tirant sur une clope. En voix hors champ,  Jimmy Larouche le prie :
«J’aimerais ça que tu pleures, Dino.
– Pourquoi?
– Ben, un vrai comédien, c’est censé être capable de pleurer en dedans d’une minute. Si t’es comédien, ben vas-y, pleure.
– Tu manges de la marde!»

S’il clôt la discussion sur ces mots, l’acteur septuagénaire pleure plus d’une fois dans le faux-vrai-docu-fiction en trois actes que lui consacre Jimmy Larouche. «Assez pour remplir plein de bouteilles d’eau! nous confie-t-il sur la terrasse ensoleillée du Blanc de Blanc, son café attitré. Oh! Je n’arrêtais pas! Je ne pouvais pas. Je ne pouvais pas!»

Car le film dans lequel il interprète son propre rôle traite de tristesse, de solitude, de fin de vie. Jouer la mort, le fantasme ultime pour un acteur? Dino balaie l’idée du revers de la main. «Pfft! Jouer la mort? C’est facile! Tu fermes les yeux. Et tu ne respires pas.» Voilà.

Ce qui est nettement plus dur : traduire, physiquement, émotionnellement, la maladie, la route vers la fin, la douleur. Des thèmes qui traversent le long métrage en forme d’hommage de Jimmy Larouche.

Dans ce documenteur aux «dialogues 100 % improvisés», le cinéaste d’Alma présente son grand chum Dino, donc. «Un éternel adolescent, un anarchiste, un homme avec beaucoup de sagesse», qui fait partie de sa vie depuis 12 ans. Ce qu’il nous montre : sa vision de son complice placé dans son concept cinématographique.

Ce concept? Filmer Dino en train de dessiner. Suivre Dino chez le barbier. («J’adore le bruit des ciseaux! Tititti tac tac tititi tac tac!» s’extasie-t-il.) Accompagner Dino au cabinet de son médecin, où il fait rire une petite fille dans la salle d’attente. Et où, après ce moment de joie, le verdict tombe : «Impossible d’opérer.» Un diagnostic brutal auquel le comédien réagira en faisant comme si tout allait bien. «Je ne suis pas malade! Je. Ne. Suis. Pas. Malade!»

Ces scènes sont entrecoupées d’extraits évocateurs des œuvres auxquelles l’acteur d’origine italienne a pris part au fil des années. La minisérie René Lévesque, dans laquelle on le voit demander : «Est-ce qu’on perd notre identité parce qu’on parle une autre langue?» Puis, un passage du si beau 2 secondes, de Manon Briand, dans lequel il incarne un proprio grognon de boutique de vélos. Sans oublier, bien sûr, Omertà. La série qui a tout changé. Qui a fait en sorte qu’on a commencé à lui demander des autographes dans la rue. Puis à lui crier : «Scarfo! La mafia!» («Au début, je pensais qu’on se moquait de moi!» note-t-il en souriant.) La série aussi, qui a marqué le début de son amitié avec Michel Côté. Le seul auquel Dino avait confié, à l’époque, qu’il avait été incarcéré à la fin des années 1980 pour trafic de drogue.

Dans le film, Jimmy Larouche revient sur cet épisode. Et montre son comparse devant l’établissement de détention de Laval où il a passé «trois, quatre ans de sa vie». Là, Dino se souvient. Il se souvient du soir de son arrestation alors qu’il «s’en allait au Festival de Jazz». Il se souvient aussi du moment où il a recouvré la «liberté». Histoire qui lui permet de donner son point de vue sur la réhabilitation. «Un prisonnier est toujours regardé comme quelqu’un de pas confiant. Mais il faut lui laisser une chance! Parce que, quand il sort, et qu’il dépasse les barreaux, c’est encore pire. Peut-être que quelqu’un va lui donner de la soupe. Mais ce n’est pas de ça qu’il a besoin! Il a besoin d’un travail, il a besoin de se sentir un homme!»

Dino s’arrête. Soupire. Résume : «La société, c’est mal fait anyway

«Dino, pour moi, ce n’est pas un ami Facebook (même si j’ai beaucoup de respect pour eux). C’est un ami. Comme dans le temps.» – Jimmy Larouche, cinéaste qui, avec Mon ami Dino, signe son troisième long métrage après La cicatrice et Antoine et Marie.

Dans le film d’ailleurs, cette question est aussi abordée. Dino et les règlements, l’existence rangée, les gens à l’esprit étroit, ça ne va pas main dans la main. «Moi, je vis bien avec ceux que j’aime, dit-il doucement. Avec le peuple.»

«Dino est connu de tout le monde, il est aimé de tout le monde, remarque Jimmy. Mais il habite tout seul, chez lui.»

Car derrière cet homme parfois perçu comme quelqu’un «d’arrogant qui se prend pour un autre» se cache apparemment un grand introverti, qui a toujours eu un faible pour les personnes qui rougissent. («C’est rare, mais si beau!») «Quand j’étais petit, raconte M. Tavarone, j’étais tellement timide que mon premier rideau de théâtre, c’était la robe de ma mère!» Pour son ami Jimmy, il a toutefois livré, pendant 40 heures de tournage, des parcelles de son véritable passé auxquelles se sont mêlés des éléments à moitié inventés de son avenir. De toute façon, remarque-t-il, «raconter l’existence de quelqu’un dans un seul film, ça ne se peut pas.» «Si les gens suivent mes émotions, ils vont comprendre exactement qui je suis.»

Mon ami Dino
Présenté dans le cadre de Fantasia au Théâtre DB Clarke mercredi à 19 h
En salle dès vendredi

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