Jürgen Olczyk/Remstar Joseph Gordon-Levitt interprète le rôle-titre du film Snowden d’Oliver Stone, soit celui de cet informaticien américain qui a dévoilé au grand public des détails à propos de programmes de surveillance de masse.

Le cinéaste Oliver Stone a parlé à Métro de son film Snowden au Festival du film de Toronto, où il a été présenté en première mondiale.

Oliver Stone n’est pas tendre envers le système en place aux États-Unis. Son drame biographique sur Edward Snowden, l’homme qui a sonné l’alarme au sujet de l’Agence nationale de sécurité américaine (NSA), explore l’univers obscur de la surveillance et de la sécurité nationale. Le cinéaste, qui a eu 70 ans hier, en parle à Métro.

Edward Snowden divise. Certains le voient comme un traître, d’autres comme un patriote. Dans votre film, vous le dépeignez comme un héros et justifiez ses actions. Pourquoi ne pas avoir montré l’autre point de vue?
Je l’ai montré. C’est celui des gens de la NSA.

Qui ont l’air d’être les «méchants»…
Pas tous. Je crois qu’il est possible de les comprendre. Par exemple, le patron de Snowden dit qu’on n’a pas besoin de partager l’opinion des politiciens pour être un patriote. Il est contre la guerre en Irak; de son point de vue, elle n’a aucun sens. Il croit que les gens préfèrent la surveillance à la liberté. C’est de cette façon qu’il justifie le rôle de la NSA: il n’y a pas de troisième guerre mondiale grâce à leur travail. Il pense que la seule manière d’assurer la sécurité du pays en cette ère de technologie, d’attaques cybernétiques et de virus informatiques est la surveillance totale. Et les principaux ennemis sont l’Iran, la Chine et la Russie.

Il explique avec éloquence à Snowden que la sécurité est une victoire en soi, la même opinion qu’avait Michael Hayden [ancien directeur de la NSA]. Et plusieurs Américains se fichent pas mal de leurs droits, de leur liberté: ils se satisfont de la sécurité. Mais moi, ça m’importe. En quelque sorte, ils oublient leur sécurité d’avant le 11-Septembre. Ils ont merdé, ils ont été stupides. Ils avaient beaucoup de renseignements, mais ceux-ci étaient fragmentés. Ils ne pouvaient tout simplement pas voir le tableau d’ensemble.

Oliver Stone

Vos recherches sur l’histoire de Snowden ont-elles changé votre vision des gadgets?
Bien sûr. Je suis convaincu que la NSA s’est infiltrée dans mon ordi et lit mes messages. Vous savez, je suis une personnalité publique et j’ai toujours dit ouvertement ce que je pensais. Depuis les années 1970, au moins. Mais je suis trop vieux pour tout ça maintenant. S’ils le veulent, ils peuvent bien me mettre en prison. Et les envoyer promener ne serait pas une mauvaise façon de finir ma vie.

Je ne veux pas vivre comme un esclave. Je suis dégoûté par l’idée de la tyrannie: les gens ne devraient pas être sur écoute électronique ou quoi que ce soit qui ressemble à 1984 de George Orwell. Quelles horreurs nous attendent dans un avenir rapproché? Ça fait peur. Et je ne veux pas vivre comme ça. C’est ça, mon sentiment par rapport à la NSA: qu’ils aillent se faire foutre.

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