Chantal Lévesque / Métro Arnaud Granata

«Qui ne risque rien n’a rien», dit le proverbe. Et aussi, sensiblement, Arnaud Granata dans son nouveau livre, Le Pouvoir de l’échec.

Éditeur d’Infopresse, observateur du monde du marketing et des médias, «bête de pub» à l’émission radiophonique Médium large de Catherine Perrin, Arnaud Granata semble très bien réussir sa vie, merci. Pourtant, cette vie est «une succession d’échecs», assure-t-il en introduction de son nouveau livre. Le premier coup dur qu’il a subi? Ce renvoi, à
15 ans, du Conservatoire de musique de Metz, sa ville natale. Ce jour-là, il a dû mettre une croix sur son avenir de «musicien de la prochaine génération». Il a remisé son violon dans son étui et ne l’a plus jamais ressorti.

En s’inspirant de cette expérience qu’il dit fondatrice, l’auteur est allé à la rencontre d’entrepreneurs québécois, dont Christiane Charette, Caroline Néron, Ethan Song et Hicham Ratnani (de la marque de mode montréalaise Frank & Oak), qui ont analysé, avec du recul et en sa compagnie, les insuccès de leur carrière. Chose qui lui a permis d’évaluer les répercussions, souvent positives, qu’ont ces moments moyennement plaisants à passer sur une trajectoire en affaires.

Dans le fond, votre livre, c’est une célébration de l’échec dans un contexte de réussite?
C’est ça. À la base, ça devait être un livre exclusivement sur la réussite. Mais en rencontrant tous ces entrepreneurs, je me suis rendu compte qu’ils avaient tous connu de gros échecs dans leur vie. Je suis donc parti du principe que l’échec était un pas vers la réussite. Mais je n’étais pas super satisfait. Je trouvais ça dogmatique de dire : il faut absolument échouer pour réussir. C’est pour ça qu’ensuite, j’ai parlé à des experts, dont la psychologue Rose-Marie Charest et la sociologue Diane Pacom. Pour amener une autre perspective.

Avez-vous songé à discuter avec un entrepreneur qui avait complètement échoué et qui ne s’en était pas relevé?
Non. Parce que l’échec total, selon moi, est invisible. Il n’existe pas. Et puis, je n’ai pas voulu parler à des gens qui se trouvent actuellement dans cette position parce qu’il n’y a rien à dire. Ce n’est pas vrai que lorsqu’on vit un coup dur, on pense : «Ah! c’est super! Il faut que ça arrive pour que je réussisse ensuite!» On ne voit rien d’autre que ça. C’est plus le rebond qui est intéressant. Et c’est pour cela que j’ai essayé de circonscrire mon sujet au milieu des affaires. Avec l’échec politique, sportif ou l’erreur médicale, on allait dans des directions vraiment différentes et j’avais peur de m’éloigner du propos.

L’économiste François Delorme vous confie que «voir l’échec comme un cadeau pour apprendre et non comme une fatalité, cela devrait s’enseigner à l’université». L’effet qu’a l’éducation – autant celle des parents que celle des professeurs – revient d’ailleurs dans plusieurs entrevues. Est-ce aussi à eux que vous adressez ce livre?
Je n’ai pas la prétention de donner des conseils. Je suis parti de mon expérience et j’ai mené ça comme une enquête, en rencontrant ces gens qui m’inspirent, pour essayer de comprendre – et de me comprendre! Oui, il y a des verbes d’action dans le sommaire [«Se libérer du regard des autres», «Savoir s’entourer», «Refuser le statu quo»… ]. Mais ce n’est pas un ouvrage qui va donner «les 10 conseils pour réussir dans la vie». Cela dit, c’est vrai que l’éducation, c’est revenu tout le temps. Et c’est fascinant de voir à quel point les entrepreneurs à qui j’ai parlé n’étaient pas heureux ou pas bons à l’école. Plusieurs d’entre eux, dont Martin Juneau [chef et copropriétaire, entre autres, du Pastaga], Nicolas Duvernois [fondateur de Pur vodka] et Christiane Germain [coprésidente du Groupe Germain] ont une insatisfaction par rapport à la façon dont on leur a enseigné les choses.

Vous soulignez à quelques reprises que «les entrepreneurs sont les nouvelles rockstars». Un phénomène qu’il vous intéressait d’approfondir dans une perspective d’échec-réussite?
C’est le point de départ du livre, en fait! Il y a, en ce moment, plein de jeunes qui quittent leur grosse entreprise en disant : «Je vais lancer un projet on the side! Le marché n’est tellement plus ce qu’il était, économiquement parlant! Je n’ai rien à perdre!» Ils n’ont pas de gros moyens, c’est le système D. Ils ont une déculpabilisation aussi par rapport au fait d’éventuellement échouer. Ça vient de la Silicone Valley, ça vient du web, de Mark Zuckerberg, de Steve Jobs. C’est eux qu’on admire. Presque au même titre que Kanye West. Je me suis donc dit : si eux sont si adulés, est-ce qu’on ne pourrait pas aussi apprendre de leur façon de concevoir l’échec et la réussite?

Vous êtes assez présent dans ce livre. En allant rencontrer Erik Giasson, cofondateur du studio de yoga Wanderlust, vous parlez de votre expérience de yogi néophyte. En allant discuter avec Martin Juneau, vous écrivez : «Habituellement, je teste très peu les nouveaux restaurants à la mode à Montréal.» C’était important qu’on sente l’auteur derrière les témoignages recueillis?
À la base, ça part d’une quête personnelle. J’ai aussi choisi des entrepreneurs que j’admire, que j’avais envie de rencontrer, moi. C’est un peu égoïste comme démarche! (Rires) Mais c’est relié à mes intérêts, à mon travail, à moi, en tant que personne. C’est un cheminement, des questionnements que j’avais depuis longtemps. Donc, oui, je suis plus présent. Parce que ces rencontres humaines ont été assez fortes et le contexte dans lesquelles elles se sont déroulées a teinté les entrevues. Il fallait que ce soit assumé.

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Le pouvoir de l’échec
En librairie aux éditions La Presse

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