Photo: Josie Desmarais/Métro et Montage: Steve Côté/Métro Alex Hackett

Dystopie urbaine, ados marginaux qui s’aiment en traînant dans des supermarchés glacés, décors un peu macabres, lune en feu. Avec North Country Psychic Girls, Alex Hackett, parolier du groupe montréalais Pang Attack, tisse un monde où chaque chanson a son univers, où l’âme de Morrissey côtoie celle d’Ennio Morricone et où les délires psychédéliques laissent place aux instants introspectifs. Magique.

North Country Psychic Girls, de Pang Attack, c’est le genre d’album auquel on prête l’oreille en se disant: «Hmm, c’est bon.» Puis, 30 secondes plus tard: «Attends. C’est vraiment bon.» Chanson de plus: «Non, vraiment, vraiment bon.» Et on se retrouve à l’avoir écouté 17 fois en une seule journée.

Peut-être parce que ce disque a été fait «avec amour», dans la plus pure tradition indie-rock montréalaise. Enregistré live au studio Breakglass avec le réalisateur Jace Lasek, aussi membre des Besnard Lakes. Sont également venus jouer un peu: le Kate Maloney String Quartet, Mike Felber de SoCalled, Joe Yarmush de Suuns… Équipe gagnante. «All star team!» dit Alex Hackett, frontman de Pang Attack. «C’était vraiment le fun. Pas dramatique. On buvait, on fumait, on riait. Ils sont talentueux, ces musiciens. Je suis chanceux de les avoir pour amis.»

Le plus lointain de ces amis, c’est Joe Yarmush, qu’Alex a rencontré quand ils étaient encore p’tits culs, dans les Cantons-de-l’Est. «Dans notre village, il y avait des fermiers et des métaleux. Lui, c’était le kid cool avec un skateboard.»

Ensemble, ils ont fait partie pendant six ans de la formation Kill the Lights («Je ne sais pas s’il y a encore des gens qui s’en rappellent», laisse-t-il tomber. Réponse : «Oui. Il y en a.»)

Quand Kill the Lights s’est séparé, en 2010, Alex a tenu deux semaines avant de lancer son projet solo, Pang Attack, donc. «Quand ton groupe éclate, c’est vraiment pareil que quand tu casses avec ta copine. Tu brailles. T’es triste.» Ses deux premiers EP, il les a faits tout seul. «J’étais comme “F*ck les bands! Je suis écœuré! Les relations humaines, c’est trop compliqué!” Mais à un moment, la solitude a commencé à me peser. Je me disais: “Je veux jammer! Je veux me soûler! Je veux parler à quelqu’un!”»

Ces «quelqu’un» dont il est désormais entouré, ce sont le batteur Yann Geoffroy et le claviériste David Clark. Et ensemble, sur North Country Psychic Girls, ils ont décidé d’effectuer «un changement stylistique prononcé», d’«amener d’autres influences» à leur son. De s’éloigner du mode «shoegaze, My Bloody Valentine, Deer Hunter, tout ça».

«C’est artisanal. C’est vraiment vintage.  Il y a quelque chose de chaleureux dans la qualité du son. J’espère que cet album trouvera une petite place quelque part dans un coin des âmes.» – Alex Hackett

L’album s’ouvre ainsi sur Monk Song. Touches électroniques, côté western spaghetti, Ennio Morricone. «C’est comme une continuité, remarque Alex. Une transition. Pour ne pas trop déstabiliser les gens qui connaissaient les EP précédents, ambiants, planants, beaucoup plus électro.»

Car le long jeu que le groupe sort maintenant est «peut-être plus pop». «On a essayé plein de choses!» s’exclame le leader. Parmi elles, la plus importante : sa façon de chanter. «J’ai chanté plus bas. Très bas.» Et elle ressort, cette voix, mise en avant, qui dessine des décors remplis d’étranges personnages. On pense un peu à Jarvis Cocker. Alex dit Nick Cave. Morrissey.

Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’il dit ça. Il joue aussi dans un groupe-hommage aux Smiths. Une formation joliment nommée The Smiffs. Quand il a intégré ce projet, le musicien, déjà amateur et connaisseur de la mythique formation britannique, a dû apprendre «tous, tous, tous les textes» et adopter le style Morrissey. «Il est très verbeux! Ç’a beaucoup influencé mon chant. Et la quantité de paroles que j’ai placées dans mes nouvelles compositions.»

Dans la quantité de paroles, Alex a mis quantité de détails aussi. «Tous mes poètes favoris font ça. Il faut du tangible. Nommer un lieu [il fait un geste de la main], parler de tasses de café [il en attrape une]. Je trouve ça plus émouvant.»

Et ça l’est. La preuve: la «chanson phare» du nouveau disque de Pang Attack, Stranger’s Song, dans laquelle «une fille se fait chasser de chez elle». «C’est une p’tite punk, elle a 17 ans, elle est tourmentée. Elle rencontre un gars qu’elle trouve pas mal cute. Mais finalement, elle lui vole ses cigarettes et le plante là.» Ou encore Hope Nights, pièce sombre, au texte beau et travaillé, dans laquelle «deux jeunes misfits qui n’ont pas eu la vie facile se retrouvent dans un environnement sans espoir. Ils n’ont pas assez d’argent pour s’acheter des trucs dispendieux, ils s’approvisionnent au magasin à un dollar, ils s’aiment, ils s’amusent. C’est pur». Alex s’interrompt. Sourit. «Je n’avais encore jamais écrit une love song auparavant!» Notons toutefois : une love song à sa façon. «Rude, un peu. Qui va assurément mal finir!»

L’album, lui, finit sur cette phrase: «I forgot my identity or something.» L’as-tu retrouvée en composant ces pièces, ton identité, Alex? Il rit. «Je ne sais pas. Peut-être. Honnêtement, en écrivant cette chanson, j’avais un personnage en tête. Un poète pris de remords qui n’a pas réussi à mener la vie qu’il voulait. Ses amis se sont embourgeoisés. Ils ont de grosses voitures, des maisons de campagne.» Lui «fuit le temps et la folie». «Ce n’est pas moi, assure-t-il. Pas du tout. Mais…»

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Pang Attack
North Country Psychic Girls
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