Netflix Le politicien Newt Gingrich et la réalisatrice de 13th, Ava DuVernay

Ava DuVernay, réalisatrice de Selma, propose sur Netflix le documentaire 13th, qui se penche sur le racisme aux États-Unis.

«J’ai beaucoup pleuré en tournant ce film, dit Ava DuVernay à propos de 13th. La cinéaste n’a pas laissé passer beaucoup de temps entre le tournage de Selma, son film sur Martin Luther King Jr., nommé aux Oscars, et son nouveau documentaire, qui traite de l’évolution du racisme aux États-Unis, de la fin de la guerre de Sécession jusqu’à nos jours. Ce qui veut dire qu’elle a regardé quelque 1000 heures d’archives violentes, racistes, tout juste après avoir fait un film sur des activistes noirs battus, et parfois tués, en 1964. «Je prends soin de moi actuellement, dit Mme DuVernay. Je ne suis pas sûre que je referai quelque chose de similaire.»

Mais tourner 13th était assez important pour qu’elle fasse face à la douleur. Son film, le premier documentaire à avoir jamais ouvert le Festival de film de New York, ratisse large. De la montée du système carcéral et de la façon dont il vise particulièrement les Afro-Américains, à la militarisation de la police, en passant par la démonisation des Noirs dans le film muet de D. W. Griffith Naissance d’une nation et la couverture télévisuelle dont les Noirs font l’objet aujourd’hui, il s’agit d’un documentaire parfait à visionner avant les élections américaines.

La cinéaste compare la lumière qu’elle fait sur ces problèmes à la conscience grandissante qu’ont les gens des droits des personnes transgenres. Elle admet qu’il y a deux ans, elle en savait peu sur le combat de celles-ci. «Je savais que ces personnes existaient et je me disais : “Pas de souci, chacun vit comme il l’entend.” Mais ce n’est pas suffisant. Le fait que les gens se conscientisent a un effet sur la législation.»
Selon elle, 13th fait partie d’une réalité similaire : «Si on peut faire en sorte que les gens pensent autrement, si on les rend conscients de ce qui se passe dans les prisons et des agissements avec la police, il y aura un changement de perception, dit-elle. La seule solution, c’est que tout le monde commence à penser différemment.»

«Les excuses, c’est bien beau, mais ça ne répare pas ce qui a été fait.» – Ava DuVernay, à propos des excuses de Bill Clinton, dont une loi passée en 1994 avait entraîné l’incarcération d’un grand nombre de Noirs responsables de méfaits mineurs

Le film de Mme DuVernay est dans l’air du temps, mais n’est pas partisan. Ni Donald Trump ni Hillary Clinton n’en sortent gagnants. Chacun des candidats y est montré dans une vieille vidéo. Le Trump de 1989 pousse les gens à former une foule enragée contre les Central Park Five, de jeunes Noirs qui furent injustement emprisonnés pour voies de fait. Clinton est pour sa part montrée dans les années 1990 décrivant les jeunes Noirs comme des «super-prédateurs».

13th traverse fougueusement les décennies, montrant que les lois visant les Noirs ont été de plus en plus insidieuses avec le temps. Quand le film de Mme DuVernay arrive à l’époque actuelle, on voit les vagues de meurtres de Noirs par des policiers qui ont causé la colère nationale ayant mené à la création de groupes activistes comme Black Lives Matter. Ava DuVernay présente certains de ces meurtres accompagnés d’une note disant qu’elle a eu la «permission» des familles des défunts pour le faire.

«Certaines familles ont refusé, et j’ai respecté leur décision. Les familles qui ont accepté, je crois, ont compris que ça aiderait à faire passer notre message dans le documentaire», explique-t-elle.

13th est douloureusement d’actualité: Mme DuVernay l’a terminé environ neuf jours avant sa première au Festival de film de New York. Depuis qu’elle en a terminé le montage, au moins deux Noirs ont été tués par la police.

«Ma mère m’a dit : “Ce ne sera jamais complet. Ils ne seront jamais tous dans le film. Tu dois lâcher prise”, se souvient-elle. Ç’a été dur, me dire que ça ne serait jamais complet, ou du moins pas avant longtemps. Parce qu’il y aura toujours une autre victime.»

Aussi dans Culture :

blog comments powered by Disqus