Chantal Lévesque/Métro L’artiste circassien Alexis Vigneault fera partie du spectacle Studio 55, organisé par la fondation 5inco.

Passionné de mouvement, de danse, en fait, passionné tout court, Uriel Arreguin a fondé 5inco afin de fusionner les arts vivants, d’offrir une plateforme aux créateurs indépendants, de tisser des liens entre eux, les diffuseurs, le public. Le premier happening de l’organisme, intitulé Studio 55, promet d’être à l’image de la mission – et de son idéateur. Inventif, original, surprenant.

«J’ai eu la chance de participer à tellement de moments remarquables dans ma vie. J’ai eu l’occasion de travailler dans une diversité si grande de productions, de festivals, de pièces de théâtre, d’émissions de télévision, de cabarets, de tout! J’en ai fait des choses!»

Arrivé à Montréal il y a 13 ans, Uriel Arreguin a, entre autres, eu sa propre compagnie, fait partie du Ballet national de Mexico. «Mais un jour, j’ai choisi de m’établir ici. Et je ne pense pas que je me suis trompé!» Sa curiosité se reflète notamment dans l’amplitude des styles dans lesquels il excelle: folklore, contemporain, gogo-dancing, ballet… nommez-les. «Ça m’a donné une vision de la vie assez complète!» lance-t-il de son accent espagnol charmant.

Pour compléter le tout, le chorégraphe et interprète a également fait partie du Match des étoiles, animé par Normand Brathwaite (certains se souviendront peut-être de sa performance explosive avec Karine Vanasse au son de Proud Mary). Des étoiles, il en a d’ailleurs tout plein les yeux quand il parle de danse, oui, mais aussi de son tout nouveau projet, 5inco Art en Mouvement.

Cet organisme sans but lucratif qui vient de voir le jour est dédié à la création, à la production, à la diffusion, à l’éducation et à la médiation des arts de la scène. En somme: à un immense programme. «Les gens me demandent: mais c’est quoi, 5inco? Mais c’est une nécessité! D’accord, mais c’est quoi? C’est un besoin! Et pourquoi 5inco? Parce que c’est un symbole, une synergie. C’est la simplicité, la symbiose.» Enchaînant les expressions imagées, il livre sa vision. «Cinq, c’est le numéro le plus artistique pour moi. Il n’est pas fermé. Il est encadré et très ouvert.»

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«Je trouve – et ça, c’est politique pour moi – qu’il y a tellement d’institutions, tellement de structures qui disent aux artistes quoi faire. Alors que ce qu’ils doivent réellement faire, c’est créer. En toute liberté. Afin de transmettre tout leur amour et toute leur passion.» – Uriel Arreguin

Il y a longtemps qu’Uriel Arreguin rêvait de ce projet aux contours flous, qui se sont précisés avec le temps. Au départ de l’étincelle (et de son arrivée à Montréal), il y avait une question: qu’est-ce que la ville peut accomplir sur le plan des arts vivants?

Énormément. Car, on le sait, le talent fourmille dans la métropole. Une chose qu’il a pu constater de nouveau en voyant les candidats qui se sont précipités aux auditions de 5inco, lancées à deux semaines d’avis («On fait les choses de façon sauvage!» s’exclame-t-il). «J’ai été témoin d’un tel niveau! D’une telle générosité! Je me suis dit Oh. Wow. On va être gâtés. Et le public aussi.»

Au final, ce sont une cinquantaine d’entre eux qui ont collaboré pour concocter le premier show de 5inco, festivement intitulé Studio 55. Et une trentaine se produiront au courant de la soirée. Une soirée fusionnant cirque, danse, musique, chant qui reviendra chaque année, toujours en novembre.

Perfectionniste au possible («Il faut faire les choses comme il faut!»), Uriel a détaillé le programme de cette fête au quart de tour. À la blague, il dit avoir choisi «un samedi soir plate» pour «donner quelque chose à faire aux gens». À savoir: «faire des rencontres, faire du réseautage, passer un bon moment». «Et, en même temps, aider les artistes», souligne-t-il. Puis il marque une pause et se reprend. «Enfin, pas aider. Parce que les artistes n’ont pas besoin d’aide. Collaborer. Oui, collaborer avec les artistes pour créer.»

Studio 55, qui se tiendra au Bain Mathieu, débutera ainsi par un préhappening. «Un 6 à 9 plus décontracté, avec des producteurs, des réalisateurs, et tous ceux qui veulent faire partie du petit secret de la création des choses. Ce n’est pas une question de glamour; c’est une question d’intimité.»

C’est ensuite que commencera la grande fête, le «pool party immersif», jusqu’à 2 h du mat. «Ce sera ongoing, non stopping, continu, sans arrêt. Mais ça ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de respiration ou d’interaction. Il y aura toujours du mouvement. On est dans une piscine? On va surfer! À partir du moment où les gens vont entrer jusqu’au moment où ils prendront la décision de sortir, il y aura toujours quelque chose qui se passera. Selon l’endroit où ils seront situés, selon les personnes dont ils seront entourés.»

Parmi les interprètes que l’on trouvera sur scène, enfin, dans le bain, on compte Joan Bluteau, qui a chanté avec le Cirque du Soleil (notamment dans Alegria), l’acrobate Alexis Vigneault (qui s’est également produit avec le Cirque et Les 7 doigts de la main) et le chorégraphe Pierre-Émile Lemieux-Venne. Ils ont tous été jumelés à d’autres créateurs, de façon à former des numéros originaux auxquels ils n’auraient pas forcément pensé. Par exemple, Uriel a choisi d’unir la musique du chanteur pop/R&B Wayne Tennant aux mouvements de la danseuse contemporaine Emmanuelle Martin. «On a besoin d’échanger, on a besoin de partager! Trop souvent, les milieux de la danse, du cirque, du chant et de la musique sont séparés. Chacun de son côté.» En ces temps d’isolement, de moi, moi, moi, Uriel mise sur la collaboration. Il le répétera à plusieurs reprises: il est impératif de collaborer-collaborer-collaborer. «Ça ne sert à rien de ramer seul!»

Dans le cadre du grand projet 5inco, le fondateur ne rame pas, et il n’est pas seul. L’accompagnent notamment dans l’aventure neuf ambassadeurs, dont la directrice artistique de l’École supérieure de ballet Anik Bissonnette. «On est tous menés par une chose: la passion.» Et la mission, donc, de ces passionnés (et de 5inco), quelle est-elle? «Je comprends que les gens ne comprennent pas, s’esclaffe Uriel. Parce que c’est nouveau! On aimerait créer une plateforme pour accompagner les artistes indépendants et leur donner plus d’occasions. Leur offrir le soutien nécessaire pour se produire devant un public et faire la diffusion de leurs talents, avec la liberté dont ils ont besoin. Proposer une médiation avec des experts, afin qu’ils puissent profiter de la connaissance de ceux qui travaillent déjà dans le milieu, à l’international, dans les affaires.»

Lui-même joue le rôle de directeur artistique, de coach, de producteur, de… Enfin, dites Uriel, comment on vous présente? «I don’t even know what hat I’m wearing! Je pense que j’ai plusieurs chapeaux maintenant. Mais c’est ce qui est très excitant. En fait, tu peux me présenter en disant que je m’appelle Uriel. Tout simplement. 5 lettres.»

Studio 55
Samedi 12 novembre
Au Bain Mathieu

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