Paramount Pictures Marion Cotillard et Brad Pitt dans Allied

Pour Allied, Robert Zemeckis évoque avec Métro la puissance des gros plans et tout ce qu’implique la réalisation d’un film sur la Deuxième Guerre mondiale qui est avant tout centré sur
ses personnages.

Un des premiers scénarios de Robert Zemeckis pour le grand écran portait sur la Deuxième Guerre mondiale. Il s’agit de 1941, la comédie de guerre de Steven Spielberg, sortie en 1979, dans laquelle Zemeckis et son partenaire d’écriture, Bob Gale, proposent un mélange détonant de patriotisme et de paranoïa sur fond de Californie paniquée. Le cinéaste est finalement revenu à cette époque avec Allied (Alliés), un thriller romantique dans lequel deux espions (Brad Pitt et Marion Cotillard) tombent amoureux durant une mission à Casablanca, au Maroc. Puis, ils se marient et s’installent à Londres, où le personnage de Brad Pitt est un jour informé que sa femme est soupçonnée de transmettre des renseignements aux nazis. Refusant de croire à une telle trahison, il met tout en œuvre pour prouver son innocence, même s’il ne peut en être absolument sûr.

Le réalisateur oscarisé – à qui on doit, entre autres films, Back to the Future (Retour vers le futur), Who Framed Roger Rabbit (Qui veut la peau de Roger Rabbit), Forrest Gump et The Walk (La marche), parle à Métro de la puissance des gros plans, de ce qu’il analyse en choisissant un scénario et, enfin, de la complexité du tournage des séquences de fête.

Y avait-il des défis que vous souhaitiez relever en prenant la décision de réaliser un film sur la Deuxième Guerre mondiale qui est centré sur les personnages plutôt que sur les combats?
Mon approche, à cet égard, se résume en deux questions: comment dois-je raconter l’histoire? Que fait la caméra pour raconter l’histoire? Ce qui m’a demandé le plus d’efforts, ç’a été de ne jamais perdre de vue que ces deux personnes sont passionnément amoureuses l’une de l’autre. C’est ce vers quoi je suis sans cesse revenu. Tout, sur le plan visuel, devait évoquer cela.

Et le personnage de Brad Pitt est tellement amoureux qu’il est persuadé que sa femme, Marianne, est innocente. Il ne tombe cependant pas dans un délire de jalousie macho, même si certaines des choses qu’il fait sont troublantes.
C’est exact. Il cherche désespérément à établir la fausseté des accusations qui la visent, mais c’est presque une mission impossible. Il finit par comprendre qu’il a des pensées délirantes et qu’il met sa vie et celle des autres en danger.

Aucun de vos protagonistes n’a vraiment l’occasion d’exprimer le fond de sa pensée, ce qui vous permet d’utiliser la caméra pour mettre en relief leur psychologie. Même si on ne sait pas exactement ce qu’ils pensent, on sent combien ils sont ébranlés.

Tout à fait. J’en ai d’ailleurs beaucoup parlé avec Don Burgess, mon caméraman. Nous nous sommes dit que, plus leur monde allait se refermer sur eux, plus l’image allait devoir susciter un sentiment de claustrophobie. Au début du film, quand on est à Casablanca, tout est ouvert, et les plans sont larges. Puis, tout se ferme progressivement au fil du récit.

Robert Zemeckis

«Pour la séquence de fête, j’ai demandé qu’on construise des maquettes de la maison. Puis, on a répété cette séquence avec les maquettes en se servant d’une petite caméra, grosse comme un tube de rouge à lèvres.»  – Robert Zemeckis, réalisateur d’Allied

Vous êtes célèbre pour avoir exploré de nouvelles technologies, mais vous avez dit que des effets spéciaux plus subtils, dans certains de vos films, ont été réalisés sans ces techniques. Vous avez déclaré: «The Walk est plein de petits effets spéciaux qui passent inaperçus; il n’y a pas seulement de gros effets au point culminant du film, au sommet du World Trade Center.» Est-ce la même chose dans ce film?

Oui, il y en a quelques-uns. Mais bon, c’est notre métier. Nous utilisons les outils à notre disposition. Mais savez-vous quel est l’effet spécial que je préfère? Le gros plan.

Réaliser des gros plans de Marion Cotillard doit être agréable pour un cinéaste.

Oui, c’est formidable. Faire un gros plan d’une telle actrice, c’est un spectacle cinématographique. Et un gros plan est une chose qu’on ne peut faire que dans un film, ou dans un médium visuel. Ça ne peut être fait dans aucune autre forme d’art. Ç’a toujours été un effet spécial. Pour moi, tous les effets spéciaux dérivent du gros plan. Nous racontons des histoires en utilisant les outils et les illusions de cette forme d’art particulière.

Pensez-vous faire un autre film de guerre? Vous imaginez-vous en train d’en réaliser un qui comporterait des scènes de combat élaborées?
Si l’histoire est vraiment bonne, l’époque et le lieu où elle se déroule n’ont pas d’importance. Cela doit servir l’histoire ou les personnages. En général, je ne déclare pas publiquement que je cherche à tourner un film sur la guerre de Sécession ou quelque chose du genre. Mais si on me propose une bonne histoire qui se déroule durant la guerre de Sécession, je ferai le film. Ça serait amusant.

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