Joe Lederer/Netflix Le Comte Olaf, joué par Neil Patrick Harris (à droite), se déguise souvent.

EXCLUSIF logoPour bien des acteurs, il n’y a rien de plus satisfaisant que de jouer un méchant vraiment mouahaha méchant. Neil Patrick Harris s’est payé la traite dans A Series of Unfortunate Events, la nouvelle superproduction de Netflix.

Un comédien raté doublé d’un chanteur pourri, animé d’un esprit de vengeance, assoiffé de richesse, porté par des pulsions meurtrières et vil, vil, vil. En gros, un cadeau de rôle pour un type comme Neil Patrick Harris qui n’aime rien autant que les déguisements, les fantaisies, les gags pince-sans-rire et les numéros musicaux. Ouaip, avec le Comte Olaf, machiavélique antihéros des Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire (en v.f.), NPH a remporté le gros lot.

À Vancouver, sur le plateau de tournage où nous le rencontrons, ses yeux brillent comme ceux d’un gamin. Il entre dans la pièce presque en gambadant, s’assoit tout guilleret et se met à jaser joyeusement. Dans cet univers, le Docteur Doogie qui a beaucoup grandi est visiblement dans son élément. Et comment.

«Je me demande comment il se fait que je n’aie pas lu les livres desquels la série est adaptée à leur parution! s’exclame-t-il. Ce sont des romans extraordinaires qui se situent exactement dans ma sphère de créativité! J’adore l’humour sardonique et mordant et ces histoires sont, selon moi, absolument hilarantes, mais également très spécifiques en matière de style. Vous comprenez?»

Ceux qui ont lu lesdits 
13 romans comprennent d’emblée, oui. Destinés aux enfants, mais évitant le ton gnangnan, ces Désastreuses aventures macèrent dans une ironie noire, une ambiance gothique, un monde Tim Burtonesque. L’auteur américain Daniel Handler, de son nom de plume Lemony Snicket, y raconte les péripéties cauchemardesques (et vraiment drôles) d’un frère et de deux sœurs «intelligents, mais extrêmement malchanceux», soit Violet, Klaus et bébé Sunny qui, à la disparition de leurs parents dans un étrange incendie, se font recueillir par le démoniaque Comte Olaf. NPH, donc.

«Il est en colère, il est revanchard et, même s’il est loin d’être joli, il est convaincu qu’il est l’homme le plus séduisant qui ait jamais existé», explique énergiquement son interprète. Ce dont il est convaincu aussi? D’exceller en soliloques. Activité à laquelle il s’adonne beaucoup trop souvent au goût des enfants. «C’est vraiment amusant de jouer quelqu’un qui joue mal. Et de chanter avec la voix de quelqu’un qui fausse», note l’acteur de 43 ans, saluant au passage l’équipe technique qui a dû endurer les multiples prises et reprises de ces volontairement grandiloquents «désastres» musicaux.

Des désastres à la hauteur de ce personnage extravagant qui, selon le principal intéressé, est «un mélange de quatre influences. À savoir le regretté Alan Rickman, le bonhomme de cartoon Wile E. Coyote, Jack Nicholson dans The Shining, et un tueur en série, bah, typique.»

«On sait déjà que 
la série comptera trois saisons. Et qu’il y a 
donc une fin en vue. 
Ça, c’est une chose qui me plaît vraiment!» –Neil Patrick Harris, sur le fait d’avoir tourné tous les épisodes de la première saison de A Series of Unfortunate Events d’un coup plutôt que semaine par semaine, comme c’était le cas pour How I Met Your Mother, célèbre sitcom dans laquelle il a joué pendant de longues années.

Soulignons ici que le Comte cherchera par tous les moyens à éliminer les orphelins qu’il a pris sous son aile, afin de s’emparer de leur héritage familial. Parlant de famille, Neil Patrick Harris confie que ses jumeaux à lui et à son mari, le chef cuisinier David Burtka, ont dévoré le premier tome des Désastreuses aventures, intitulé The Bad Beginning (Nés sous une mauvaise étoile) duquel les deux premiers épisodes sont inspirés. «Je crains que ce soit une lecture un peu prématurée, puisque la fin est tout sauf heureuse [et qu’ils ont six ans], s’inquiète-t-il. Mais je crois que c’est important que mes enfants soient au courant de ce à quoi je travaille. Ainsi, lorsqu’ils me voient avec tout le maquillage (je passe TROIS heures sur la chaise tous les matins) et que j’ai l’air d’un psychopathe, ils n’ont pas peur que leur papa ait été victime d’une chirurgie plastique catastrophique.»

Il faut dire que l’acteur n’est pas non plus mécontent que ce plus récent projet baigne dans des eaux plus grinçantes et glauques. «J’ai tourné deux volets ciné des Schtroumpfs, qui étaient clairement destinés à un public très jeune. J’avais peur que les parents, forcés de regarder ces films trop souvent, finissent par maudire mon nom! Parce que l’humour était très gentillet. Alors qu’ici, c’est nettement plus adulte. En tant que Count Olaf, je n’ai pas d’autre but que la mort de mes rivaux et la fortune! On verra comment les téléspectateurs réagiront à ce concept…»

NDL: Visiblement très bien puisque, à ce jour, sur le site Rotten Tomatoes, la série obtient un score épatant de 100%
 en degré d’appréciation.

A Series of Unfortunate Events
Sur Netflix
Dès le 13 janvier

Pas comme Jim

A Series Of Unfortunate Events

Les romans au culte certain de Lemony Snicket avaient déjà été adaptés au cinéma en 2004 dans un film également nommé A Series of Unfortunate Events. Le long métrage avait été réalisé par Brad Silberling (l’homme derrière La Cité des Anges avec Nick Cage). Et il était, entre autres, porté par Jude Law et Meryl Streep, et mettait en vedette Jim Carrey dans le rôle d’Olaf. Beaucoup ont du reste accusé Carrey de trop jouer à la vedette, justement, de partir dans tous les sens et de cabotiner. Bref, 
la réception avait été tiède.

En incarnant à son tour ce personnage sinistro-comique, Neil Patrick Harris dit n’avoir cherché qu’une chose: «Être respectueux des livres, de leur esprit et du texte.» Il confie n’avoir vu le film avec Jim C. «qu’au tout dernier moment». «Je ne voulais pas qu’il influence trop ma performance. En même temps, je ne voulais pas avoir l’air de prendre des décisions juste pour faire “différent”.» Ce à quoi il a méticuleusement prêté attention alors? Les déguisements qu’Olaf enfile au fil des épisodes, devenant ici un marin, là une belle demoiselle au look des années 1940 prénommée Shirley. «J’ai aussi travaillé très fort sur ma posture, sur ma respiration, sur mon regard, sur le sifflement de ma voix.» En somme? «J’ai simplement essayé d’être aussi terrifiant que possible.»

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