Kerry Brown/Paramount pictures Andrew Garfield interprète le père Rodrigues et Shinya Tsukamoto joue Mokichi dans Silence.

Martin Scorsese réalise son rêve en adaptant au cinéma Silence, une fresque à contre-courant de l’offre quotidienne.

Après plus d’un quart de siècle d’attente, le père de Goodfellas n’a pas voulu rater son coup, et son nouveau film est tout simplement gigantesque. Avec ses 160 minutes, ses paysages majestueux, ses performances plus grandes que nature et ses thèmes d’une importance capitale, il a tout pour se hisser au niveau des chefs-d’œuvres de Scorsese que sont Taxi Driver et Raging Bull.

En envoyant deux missionnaires jésuites portugais (les hipsters Andrew Garfield et Adam Driver) sur les traces de leur mentor (Liam Neeson, évidemment) dans un Japon du XVIIe siècle où règne la persécution religieuse, le cinéaste américain se permet un western philosophique sur le sacrifice et l’amour comme don de soi. Une élévation spirituelle qu’il a déjà abordée dans The Last Temptation of Christ et Kundun et qui atteint maintenant des proportions démesurées.

C’est qu’à force de vouloir trop en faire, d’évoquer le divin et de toucher l’impalpable, le metteur en scène finit par s’enfermer dans une prétention, un maniérisme qui gangrène son ambition et afflige quelque peu les bonnes intentions du récit. Cela ne rend pas sa création inopérante pour autant, ce n’est que son aura qui en pâlit.

Ce que Silence propose et réussit haut la main, c’est un acte de foi envers le cinéma. Il est ici question d’art, pas d’un simple divertissement qui sera oublié en clignant des yeux. Même ampoulées, ses visions hantent le spectateur, et plusieurs scènes fortes ne s’oublieront pas de sitôt. Il y a un désir de transcendance, de rendre à nouveau le médium vierge et de modifier la façon dont les cinéphiles «consomment les vues». Pas surprenant d’y retrouver un rythme méditatif, une importance accordée aux silences qui fait toute la différence. L’attachement au passé est palpable, rappelant qu’il faut respecter les maîtres – ils sont nombreux ici, de Dreyer à Oshima – tout en trouvant sa propre voix.

Scorsese n’a plus rien à prouver à personne et s’il n’offre pas «son meilleur film» (une formule éculée pour un des plus grands réalisateurs vivants), sa façon de se mettre en danger s’apparente à une véritable fontaine de jouvence, aussi inespérée que salvatrice.

Silence, de Martin Scorsese, est présentement en salle.

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