Constantin Falk/collaboration spéciale

Digne représentant du son berlinois à l’étranger, le multi-instrumentiste Sascha Ring a finale-ment surmonté ses hésitations et sa timidité pour chanter sur III, dernier disque de Moderat. Il se produit ce soir en formule DJ set à l’Igloofest sous le pseudonyme d’Apparat.

En termes de figure de proue de la scène musicale berlinoise, le nom de Sascha Ring est un incontournable. Ce producteur, chanteur et multi-instrumentiste allemand fait partie d’une génération d’artistes qui ont fait leurs armes au sein des mouvements de la contre-culture nés après la chute du mur.

Mis à part Apparat, son projet électronique du champ gauche, Sascha évolue également au sein du trio électro Moderat avec ses comparses Gernot Bronsert et Sebastian Szary (ces derniers bien connus pour leur duo Modeselektor, très populaire auprès des mélomanes montréalais).

Pour Moderat, l’année 2016 aura été marquée par le lancement d’un album qui bouclait sa trilogie (sobrement intitulé III), enregistré dans un studio construit à cette fin dans le quartier très branché de Kreuzberg. III propose un bel équilibre entre instrumentations mélancoliques, basses lancinantes et voix non retouchée de Ring. À quelques heures de sa prestation extérieure qui donnera le coup d’envoi 
d’une nouvelle saison d’Igloofest, ce Berlinois volubile nous a jasé de ses penchants cinématographiques, de la police de la pop qu’il a longtemps eue sur ses épaules et de sa longue aventure avec les gars de Modeselektor.

À la sortie de III, le printemps dernier, on a énormément encensé votre voix cristalline et votre courage pour l’avoir finalement mise de l’avant. Avec le recul, êtes-vous content d’être passé à l’acte?   
Oui! Pour vous le dire franchement, j’y pensais depuis mes débuts en musique. Mais à chaque album, la même crainte revenait : «C’est trop pop!» Pour vous donner un exemple, sur le deuxième album de Moderat, j’étais certain que le public aurait horreur de ma voix, qu’on entend dans un morceau. Je dois vraiment cet élan de confiance à Gernot, à Sebastian et peut-être au fait que j’ai vieilli un peu. Les gars me disaient : ne te préoccupe pas d’être cool ou underground. Pense uniquement à la musique que tu souhaites faire.

«La chanson A New Error arrive à un moment assez surnaturel et étrange dans le film, lorsqu’une pluie de vêtements s’abat sur un couple à la croisée des chemins. Le morceau s’imbrique à merveille dans la trame narrative, chose qui se produit rarement lorsque nos chansons sont utilisées dans des films. Ça m’a beaucoup plu.» –Sascha Ring, alias Apparat, qui n’a que de bons mots au sujet de l’inclusion du morceau  A New Error, de Moderat, dans le long métrage Laurence Anyways de Xavier Dolan

D’où vient cette frilosité à l’égard de la pop? Serait-ce une séquelle de toutes ces années passées à baigner dans l’underground berlinois?  
Absolument. Quand j’ai commencé à m’intéresser à la musique électronique, tout reposait sur la musique et non l’individu. Ça se passait dans des lieux sombres, et personne ne portait attention au DJ derrière les platines. De toute évidence, les choses ont bien changé depuis. Mais mes origines sont bien là, dans un milieu où tout le monde affichait fièrement ses convictions anti-commerciales et anti-pop. La techno, c’était le punk des années 1990.

Vous jouez avec les gars de Modeselektor sous la bannière de Moderat depuis quasiment 15 ans. Au-delà de votre amitié indéfectible, à quoi attribuez-vous la longévité de cette collaboration?
Je crois qu’à la base, il y a énormément de respect et de confiance. Je choisis de retravailler avec eux, car leurs idées et leur feedback comptent beaucoup pour moi. Et j’ose croire que c’est pareil pour eux. Comme on se soutient chacun dans nos épopées les plus folles, tout devient possible. On se laisse aller et chacun fait ses trucs. Lorsqu’on se retrouve, on arrive à créer quelque chose qui est bien plus intéressant que ce qu’on aurait fait dans notre petit coin.

Vous collaborez également davantage avec des cinéastes comme l’Américain Drake Doremus, pour lequel vous avez composé l’envoûtante trame sonoredu film de science-fiction Equals. 
Songiez-vous à cet univers depuis longtemps?
Il y a quelques années, les gens ont commencé à me dire combien ils croyaient que mes compositions s’intégreraient à merveille dans un univers cinématographique. Je n’avais jamais vraiment songé à la chose, mais je me suis dit que ce n’était pas fou! Surtout que j’adore les collaborations, et que le cinéma offre l’occasion de s’associer avec des créateurs de tout acabit! Je vois ça comme une corde de plus à mon arc, qui me permet de réaliser des choses que je serais tout simplement incapable de faire sans l’aide d’autres créateurs.

Apparat
DJ set à l’Igloofest
Jeudi soir à 22h sur la scène Sapporo

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