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Au terme d’un spectacle lors duquel elle a rappelé aux spectateurs qu’ils «s’étaient engagés à tout entendre», vulgarité incluse, Amy Schumer a conclu en soulignant qu’elle était la seule humoriste à faire une tournée dans des arénas en Amérique du Nord (et qu’il devrait y en avoir plus), vendredi soir au Centre Bell.

Un ultime message féministe applaudi par les 9864 femmes ET hommes qui n’ont eu le droit à aucun répit (de rires) pendant une heure et quart.

Celle qui a, à plusieurs reprises, utilisé le mot «brave» n’a pas eu besoin de plus de 9 mètres carrés de la plus grande scène montréalaise – beaucoup plus imposante que celle de ses premiers stand-ups au Gotham Comedy Club de New York, au début des années de 2000. Seulement d’un grand tabouret à proximité, sur lequel elle ne s’est jamais assise, mais qui soutenait sa bouteille de vin: «Ce soir, j’ai décidé d’avoir un black-out

Reconnue pour sa franchise sans tabou, la comédienne américaine a proposé pendant l’essentiel du temps ce qu’elle fait de mieux: des blagues et des observations sexuelles orbitant autour des anatomies féminine et masculine avec, en bout de ligne, l’envie de faire passer ses messages, comme: «C’est notre corps, assumons-le!».  Elle a d’ailleurs fait preuve d’autodérision dès le début du show: «En 2007, j’étais venue à Montréal pour [la catégorie] “Nouveaux visages” [du volet anglais de Juste pour rire]. En 2017, me voici pour “Vieux visages”!» Plus tard, elle racontera ses variations de poids, expliquant qu’elle avait l’air «stupidement maigre» après un régime pendant lequel sa tête n’avait pas proportionnellement diminué de grosseur. Et c’est quand elle exposera son ventre, sans gêne, qu’elle recevra la plus bruyante ovation.

«Ce soir, c’est dans mon top 2!» – Amy Schumer, s’émerveillant de l’accueil du Centre Bell, où elle a offert le 60e spectacle de sa tournée. Elle est sortie de son texte quelques fois pour interagir avec le public.

Évidemment, il a été question de vagin à de nombreuses reprises – comme ce moment où Schumer compare l’intérieur à une exploration à la Stranger Things – la série paranormale et d’épouvante à succès de Netflix –, mais c’est au niveau du visage qu’il fallait regarder afin d’apprécier à 100% la succession de sketchs. L’Américaine de 35 ans est excellente côté grimaces, que ce soit pour imiter des femmes dans la chambre à coucher ou les hommes devant leur miroir.  Les deux écrans géants n’étaient d’ailleurs pas de trop pour satisfaire les plus éloignés.

La gent masculine et ses habitudes sexuelles n’ont pas été épargnées, mais jamais avec méchanceté. Dans un segment sur le comportement des hommes, l’humoriste a appelé à l’éducation de ceux-ci dès le plus jeune âge: «Quand un garçon frappe une fille avec un livre, on dit: “Oooooh, c’est ton Valentin!”», a imagé Schumer, avec une voix douce, en voulant souligner que la société considère généralement ce genre de geste comme de la taquinerie. Au secondaire, il te pousse dans les escaliers… et tu veux qu’il te choisisse pour le bal des finissants!» Un numéro sur la violence qui rappelle un chapitre du livre de la comédienne, The Girl with the Lower Back Tattoo, dans le lequel elle raconte «la pire nuit de sa vie», celle où elle s’est vue mourir lors d’une  dispute brutale dans la rue puis à l’appartement avec son petit ami jaloux et instable.

«Je n’ai pas donné mon consentement!» – Amy Schumer, blaguant après avoir donné une minute aux spectateurs pour prendre des photos. Cela faisait écho à la lutte contre la culture du viol, cheval de bataille de la comédienne.

Pour l’amour du Canada
Dans un autre moment sérieux, Amy Schumer a salué le Canada pour son système de santé et sa réglementation sur les armes à feu. La New-Yorkaise s’implique dans ce domaine-ci – plus particulièrement en ce qui a trait à la santé mentale – depuis que deux personnes ont été tuées dans un cinéma de Louisiane par un homme, en 2015, pendant la projection de Trainwreck, film dans lequel elle joue le rôle principal. «Tu peux acheter des armes dans certains États, même si tu es aussi aveugle que Stevie Wonder!» a-t-elle tourné en ridicule.

«Il n’y a aucune chance que ce gars-là soit drôle, quelle que soit la langue» – Amy Schumer, soulignant la spécificité francophone de Montréal et se rappelant d’un humoriste lors de sa première venue pour Just for Laughs et Juste pour rire

Ce n’était pas la seule référence québécoise et canadienne de la soirée, Schumer déclarant son amour pour la poutine – «C’est cri***ment bon!» – et saluant la bonté de la population – «C’est comme notre Midwest à nous, Américains».

L’automne dernier, presque aphone, la pilote de l’émission de télé Inside Amy Schumer avait déjà envoyé un message amical aux Canadiens, les qualifiant de «gentilles personnes», pour s’excuser de devoir interrompre sa tournée pour des raisons de santé. Elle en avait fait l’annonce sur une vidéo dans laquelle elle marchait en direction du bureau de vote pour donner sa voix à Hillary Clinton.

Sorry Canada! See you soon.

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Trois mois plus tard, son autre voix était bien de retour… et Donald Trump est président des États-Unis. Une personne qu’elle ne porte pas dans son coeur – elle l’avait qualifié de «monstre orange et agresseur sexuel» lors d’une performance remarquée à Tampa, en Floride, en octobre dernier –, mais dont le nom n’a pas été prononcé vendredi soir. D’aucuns s’attendaient peut-être à davantage de remarques politiques.

Cela n’a pas empêché Amy Schumer de «faire le meilleur show de [s]a vie», comme elle l’a dit. Ce n’était pas la première fois, on imagine.

Jazz et humour noir en première partie

Le public du Centre Bell a pu profiter d’un spectacle plein, avec en ouverture un trio de jazz mené par Jason Stein, le demi-frère d’Amy Schumer, installé à Chicago et qui joue de la clarinette basse. Un quinzaine de minutes de musique suivie par l’excellente prestation de l’humoriste new-yorkais Sam Morril, qui était Just for Laughs en 2013.

L’humour noir et la voix très grave de celui qui a notamment travaillé pour l’émission de télévision The Colbert Report a fait mouche plusieurs fois, déclenchant les premiers éclats de rire et «Ohhh, a-t-il vraiment dit ça?» de la soirée. Des observations piquantes et judicieuses sur le métro de la Grosse Pomme, sa vie de couple et les différences hommes-femmes judicieuses comme celle-ci: «Pour les femmes, le sexe, c’est comme si elles achetaient une voiture: elles regardent si c’est sécuritaire et fiable sur le long terme. Pour les hommes, c’est comme s’ils stationnaient une voiture: ils vont là où il y a de la place, mais regardent aussi les autres places alentour.»

 

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