Josie Desmarais Danny Lennon

Le 14e Gala du court métrage québécois de Prends ça court!, institution dédiée 
à la promotion, à la distribution, à la diffusion et à la production 
de courts métrages, se déroule ce soir. Le fondateur et directeur de ladite institution, Danny Lennon, est content.

Danny Lennon revient tout juste de Dead North, un festival de courts métrages de science-
fiction et d’horreur, bref, de genre, qui se tient à Yellowknife et qui réunit des cinéastes «qui se gèlent la face en tournant des films au-dessus du 60e parallèle». Il y faisait partie du jury. Il y a choisi six films qu’il fera probablement jouer au cours des soirées qu’il organise au Centre Phi, où il agit à titre de commissaire cinéma. Il a annoncé à un réalisateur qu’il amènerait le sien à Cannes, au Short Film Corner, dont il est programmeur invité depuis 2005.

Aujourd’hui, le fondateur et directeur de l’institution québécoise Prends ça court! (dite PCC!) s’apprête à célébrer à la maison. Célébrer à sa façon.

Dans le cadre de son gala, 
61 films d’ici sont en lice et plus de 250 000$ en prix seront remis aux artisans. Pierre-Luc Funk et Léane Labrèche-Dor se retrouveront à l’animation, les Dear Criminals, qui ont dernièrement signé la bande-son du Nelly d’Anne Émond, feront office de «band maison» et une quarantaine de présentateurs viendront faire leur tour, dont Chloé Robichaud, Philippe Falardeau, Robert Morin, Mariloup Wolfe, Anne-Élisabeth Bossé, Simon-Olivier Fecteau, Koriass… «Une belle gang», comme le résume laconiquement Lennon.

Pour commencer, pourriez-vous nous proposer un jeu de mots avec court, s’il vous plaît? C’est pour le titre. On croit qu’ils ont tous déjà été faits, mais peut-être qu’on se trompe. Vous, vous les avez tous entendus, non?
Oh oui. Ils ont TOUS été faits! Et il ne faut pas oublier qu’il y a 18 ans, on a appelé ça Prends ça court! justement pour rire des jeux de mots. En fait tout était fait «pour rire de».

En fondant PCC! en 1999, pour soutenir le court métrage, vous ne pensiez pas que ça durerait aussi longtemps, hein?
Non! Je suis encore traumatisé!

Donc, ça fait 18 ans que vous attendez que le court métrage n’ait plus besoin d’une telle tribune?
Ce n’est pas que j’attends… mais un jour, j’aimerais que ça aille bien. Comme ça, je pourrais faire autre chose. (Rires) C’est dommage. Même après 18 ans, je trouve qu’on a dangereusement notre place. C’est ça qui est poche. C’est positif d’un bord… triste de l’autre.

Mais quand on regarde le gala, et la liste de tous les présentateurs et invités spéciaux, vous rassemblez des créateurs cinq étoiles autour du court métrage. C’est quoi le souci, le public n’embarque pas le reste de l’année?
En fait, PCC!, avant tout, c’est créé pour l’industrie, pour les artistes, pour les artisans. Ç’a toujours été ça. Et le gala aussi, c’est ça depuis 14 ans. Je sais que ça peut être mêlant: PCC! a 18 ans d’existence, mais le gala n’est là que depuis 14 ans. Techniquement, ça veut juste dire que je me suis pogné le beigne pendant les quatre premières années. (Rires)

Ou que vous ne baigniez 
pas encore dans l’esprit 
glamour à l’époque.
En effet, je m’en foutais pas mal. (Rires) Mais on s’entend-tu que s’il y a une chose que je n’ai pas encore comprise dans la vie, c’est bien le glamour…! Sérieusement, je pense que ce gala a une grande importance. Même si tout le monde travaille fort, qu’il y a du négatif, le milieu du court se rassemble le temps d’une soirée, pour se dire : on ne lâche pas! Et on remet des prix pour donner un coup de main. (Cela dit, même si la fête est surtout destinée à l’industrie, le public est quand même convié. Oui, oui, oui. Carrément. Mais il faut arriver tôt! C’est la folie.)

Pour ce 14e gala, vous affirmez vous être inspiré des Golden Globes. En quoi?
Cette année, je ne sais pas ce qui se passe, mais on a rarement eu autant d’attention! C’est le fun! Comme je n’aime pas la routine, j’ai dit : on ne fait pas comme les autres fois, je suis tanné. Donc, on a monté notre petit set-up à la wannabe Golden Globes, on diffuse la cérémonie sur l’internet, et du côté de la facture visuelle, c’est la gang d’Eltoro Studio qui s’en charge (ils sont incroyables!). On va rendre ça très legit. On va arrêter de faire ça avec du duct-tape.

Est-ce que vous vous êtes acheté un complet pour 
porter par dessus votre 
t-shirt de skate?
Absolument pas. Ab-so-lu-ment pas! Moi, j’aimerais ça ne pas être là! Je suis bizarre comme ça. J’aurais voulu rester chez nous, et écouter le gala sur l’internet! (Rires)

«Les 61 films qui sont en lice au gala ont tous 
été réalisés par des faiseux, pas par des chialeux. 
Et moi, c’est ça que j’ai envie de célébrer.» –Danny Lennon, fondateur et directeur de Prends ça court!

Dans un autre ordre d’idées,  le Centre Phi, où vous êtes commissaire cinéma, vous permet-il aussi de promouvoir le court métrage?
Oui. Ils ont toujours été de grands défenseurs de cette forme cinématographique! Et les soirées de «best of» que j’y organise, et où je fais jouer, par exemple, trois heures de films, ça n’a pas de bon sens, c’est rendu qu’il y a même du recel de billets! Les gens en bouffent!
Encore récemment, il y avait des articles sur «le cinéma, ça ne marche pas, nanananananaa». Je ne sais pas où ces gens vont, mais certainement pas dans les mêmes projections que moi! Le monde a-do-re ça! Oui, tu peux regarder ton film sur un téléphone. Reste chez vous et fais-le! Mais tu peux aussi le voir en communion avec d’autres gens et en prenant un verre. Ça aussi, ça me fait rire, on parle de New York et de Berlin – et, oh mon dieu que c’est don’ ben fantastique, on peut y boire –, mais au Centre Phi, tu peux prendre un verre depuis quatre ans! Dans les deux salles! Reste que c’est toujours plus beau ailleurs, hein?

Donc, on le rappelle: on peut boire au Centre Phi.
C’est ça! On n’a pas vraiment d’excuse à Montréal! On a de belles salles. Les films sont là, il faut simplement ne pas être paresseux et on a accès à du bon stock. Moi, en 2017, me faire dire encore que des courts c’est «des petits films», ça me rend complètement fou.

C’est vrai, vous entendez encore ce type de commentaires?
Oui, et pas plus tard que la semaine dernière. De la part d’un journaliste en plus. «Heille, c’est don’ ben bon, des courts métrages!» J’étais vraiment en cr… disons en colère. Tu me niaises? Sur quelle planète tu vis? Des courts, 
y’en a partout! Je ne sais pas où tu regardes, mais ce n’est pas aux bonnes places.

Sur une note plus positive, c’est notamment dans le cadre de vos soirées PCC! que plusieurs ont découvert le travail du Montréalais Theodore Ushev, qui a été en lice aux Oscars pour Vaysha l’aveugle, et qui fait partie de la sélection de votre gala. Ça vous fait un petit velours d’avoir aidé à faire connaître son œuvre?
Oui! Je suis un fan fini! Il est tellement talentueux! Et pas juste en cinéma. C’est un artiste incroyable, un peintre sublime! On est chanceux d’avoir des créateurs de ce calibre. Et puis, Denis [Villeneuve], on s’entend-tu que c’est magnifique ce qui se passe? Les boys dans le son qui vont aux Oscars, tout ça. 
Il y a du talent, c’est fou! Mais 
il faut aller voir les films!

Vous avez voyagé partout dans le monde, participé à des tonnes de festival, rencontré des centaines de cinéastes… Vous en avez fait des choses, quand même. Dans le biopic de votre vie, qui jouerait votre rôle?
Ben là! C’est plus toi qui vas me le dire!

Quelqu’un qui est passionné de cinéma et qui ne parle pas pour rien dire? Hmm. Robin Aubert? Et il est l’un des présentateurs de votre gala en plus.
Eh boy. Je vais lui demander ce soir.

Gala du court métrage PCC!
À la Cinémathèque québécoise
Ce soir à 19h, 
entrée libre – arrivez tôt!
Ou suivez le tout en ligne: 
quebeccinema.ca

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