Alain Dufour/Radio-Canada Guy Nadon

La websérie Terreur 404 combine de l’humour noir, du rire, de l’horreur, de la peur. Toutes des choses que Sébastien Diaz adore. Et il n’est pas le seul.

Guy Nadon en réparateur d’ordis psychotique. Julianne Côté en scream queen. Francis Ducharme en beau gosse maniaque. Marc Béland en vilain chirurgien. Martine Francke en propriétaire de chalet un peu trop hospitalière.

Tournés en 14 jours, les exquis 8 épisodes de Terreur 404 ont tous pour point de départ la technologie. Là, une vidéo virale, alias «le LOL du jour», partagée entre des collègues qui se mettent à perdre la boule. Ici, un gars qui se retrouve dans le pétrin parce qu’il «voulait juste streamer Pirates des Bermudes 4». Et parmi tout ça, des clins d’œil à Airbnb (devenu ebaynb) ou à Tinder (rebaptisé Luster).

Comme l’explique le réalisateur, Sébastien Diaz, «c’est pas mal à quatre» qu’a été conçue cette websérie. «Tous ensemble, avec la productrice Sophie Parizeau, on trouvait la structure des histoires et les thèmes. Ensuite, les gars partaient de leur bord pour élaborer les dialogues.»

Les gars, ce sont les écrivains William S. Messier et Samuel Archibald, qui scénarisent le tout. Leurs répliques, bien tournées, bien trouvées, font souvent s’esclaffer.

«T’as-tu de la bière?
–  Non, mais j’ai un vin orange. Sur le plan aromatique, c’est vraiment super intéressant.»

«Pour QUI tu travailles? Pour QUELLE agence?
– Pour personne! Iiiih! OK! OK! Pour la CSDM! J’suis juste un prof de maths à temps partiel!»

S’il réalise des émissions de format magazine depuis une décennie, c’est la première fois que Sébastien touche à la fiction. Et donc, qu’il dirige les acteurs. «Ça me stressait ben gros, confie-t-il, mais je pense que c’est une des affaires que j’ai le plus aimées!»

Parmi les instants qu’il chérira toujours, il mentionne l’épisode avec Steve Laplante dans le rôle d’un rustre amateur de jacuzzi. «C’est un bouffon! En plus, son personnage est tellement con!» Et bien sûr celui avec Guy Nadon. «Il arrive sur un plateau et tout le monde donne son 100 000 %. C’est une leçon de le regarder travailler. Quand il part, c’est comme un show de théâtre.»

Parlant de show, du côté du visuel, mis en valeur par la direction photo de François Messier-Rheault, Sébastien a voulu privilégier un effet «caméra de surveillance». «Dans les films d’action et d’horreur de ces dernières années, on ne voit rien. Les scènes sont tellement découpées et tournées en gros plan que ça ne fait pas ben ben peur.»

Son remède? «Tourner toutes les scènes-clés en plan très large. Pour que le spectateur ne puisse plus se cacher dans le montage. Pour qu’il n’ait pas d’autre choix que celui d’assister à la scène telle quelle, comme s’il était là.»

Sébastien Diaz, lui, est là à chaque édition du festival Fantasia, autrement connu sous le nom de «sa fête annuelle». Il en a d’ailleurs été le porte-parole en 2015. Eh non, sa passion pour l’horreur n’a pas de limites. Ce «pas pire connaisseur» pourrait même «participer à un Tous pour un» sur la musique de ces films qu’il chérit tant. D’ailleurs, c’est lui qui a co-composé la trame sonore de Terreur 404, comme il compose celle de la plupart de ses émissions, dont Format familial.

Avec son collaborateur Jonathan Dauphinais, il propose ici des mélodies «à l’ancienne, un peu old school, à la Philip Glass». Violon, violoncelle, piano. «Comme les personnages sont pris dans un genre de toile d’araignée, j’ai fait des motifs en rond. Des répétitions qui donnent un effet de folie.»

Autre source d’inspiration sonore? Eleanor Rigby. «J’ai découvert que, lorsque les Beatles ont enregistré cette chanson, Paul McCartney est arrivé en studio en disant: “J’aimerais que les violons sonnent comme Psychose, d’Alfred Hitchcock!”»

«Enfin, ajoute-t-il, l’affaire que personne ne saura jamais (trop tard), c’est – et je suis bien fier de ça! – qu’on a échantillonné le son d’une vieille imprimante des années 1980 pour faire des beats. Tu sais, le genre de machine dont il fallait détacher les feuilles?»

«On dirait que le genre de l’horreur est pris dans un pattern très nostalgique, très années 1980. Notre but, c’était d’éviter de tomber là-dedans. Tout en nous inspirant du passé.» – Sébastien Diaz, réalisateur et compositeur

Notons ici que cet univers d’aujourd’hui rythmé par des sonorités d’hier possède une couleur très québécoise. Dans les textes, comme dans les lieux de tournage. «C’était important pour moi qu’on voie le pont Jacques-Cartier, le Farine Five Roses.» Suivant l’idée, Sébastien songe à réaliser un épisode «Terreur 404 spécial Saint-Jean». Voire «spécial Noël du campeur». «C’est vieux comme le monde, au Québec, qu’on parle du diable. C’est dans nos contes et légendes canadiennes-françaises. Ça fait longtemps qu’on se raconte des histoires de peur.»

Celles que lui et sa bande racontent maintenant touchent toutes à la techno, donc. «Dans les années 1970, c’est la guerre du Vietnam qu’on exorcisait. Dans les années 1980, la guerre froide, l’invasion communiste. Depuis 10 ans, c’est la technologie. J’ai toujours aimé l’horreur pour ça. On trouve souvent que c’est juvénile, alors que ça parle beaucoup de notre monde.» Et de la façon dont ce monde s’écroule quand on n’a plus de batteries dans son cellulaire. Une idée explorée dans Monsieur Parfait, un épisode merveilleux avec Julianne Côté et Francis Ducharme, qui arbore un tatouage de Carpe Diem («tellement le genre de tatou que tu regrettes deux ans plus tard!»). Un épisode dans lequel le «404» du titre apparaît sous forme de numéro d’appart. «On a caché pas mal d’affaires, de références!» se réjouit le réalisateur.

Sans oublier ces clins d’œil aux œuvres que ses comparses et lui aiment. Dont Misery de Stephen King. Soit «le premier livre pour adultes qu’il a lu de sa vie». «Je l’avais acheté chez Costco en sixième année. Je l’ai encore! Ce que j’ai toujours aimé chez cet auteur, et qu’il y a un peu dans la série, c’est qu’il amène le fantastique dans l’ordinaire. L’horreur dans le quotidien.»

Et lui, au quotidien, se voit-il comme un défenseur de ce genre qu’il aime tant? «C’est surtout un genre que j’essaie de réhabiliter un peu, répond-il. Auquel j’aimerais rendre ses lettres de noblesse. D’ailleurs, pendant le tournage, les acteurs m’ont dit : “C’est bien plus dur de jouer de l’horreur que du drame ou de la comédie!” Car oui, regarder le vague à l’âme un lac pendant trois minutes dans un film, c’est super. Mais mettons qu’ils le font souvent!»

Terreur 404
Disponible sur tou.tv

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