Chiaki Machida Bakyun the everyday

Certains affirment qu’ils sont «big in Japan». Et c’est plus ou moins juste. Dans le cas du Dr Steven Tanaka, c’est tout à fait vrai.

La tournée s’appelle Next Music from Tokyo. Next, comme dans prochaine. Et non new, comme dans nouvelle. La distinction est notable : les groupes qui font partie de cet événement sont réellement d’avant-garde. Pas juste la saveur du jour. Vraiment le truc à venir.

Justement, celui qui les fait venir au Canada pour une série de concerts, c’est le Dr Steven Tanaka. Un sympathique anesthésiste qui bosse depuis une décennie au St. Joseph’s Health Center, à Toronto. Et qui aime la musique d’une passion contagieuse.

Né à Vancouver de parents japonais, le Dr T. raconte avoir été très peu initié à la culture de ses origines lorsqu’il était enfant. «Sauf pour la bouffe!» s’exclame-t-il joyeusement. La musique? Bah. Il était convaincu que «la plupart des artistes copiaient des groupes populaires aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Et qu’ils faisaient la même chose, mais avec quatre, cinq ans de retard.» Au point où, même lorsqu’il était en voyage au pays du Soleil-Levant et qu’il allait faire un petit tour dans une boutique de disques, il «cherchait exclusivement des éditions limitées de Radiohead». Erreur, docteur.

Il y a 10 ans, soudain, changement de vision. Celui qui gratte de la guit en amateur a décidé, juste comme ça, d’assister à un show obscur dans une petite salle tokyoïte. Puis à un autre, et à un autre, et à un autre encore.

Il s’est vite rendu compte que ce qu’il entendait là n’avait strictement aucun rapport avec tous «ces artistes japonais mainstream qui portent beaucoup d’attention à leur look, qui ont l’air de mannequins, mais dont les chansons sont souvent médiocres». Non, ce qu’il entendait là, c’était «de l’indie d’excellente qualité, créatif et progressif».

C’est de ce sentiment d’émerveillement, doublé d’une certaine gêne d’avoir longtemps tourné le dos, pfffft, à ces formations, qu’est née l’idée de Next Music from Tokyo. Le concept? En gros, le doc du rock se rend au Japon six fois par année, écume les salles underground, assiste à des concerts, rencontre des artistes, évalue s’ils «sont de gentilles personnes» et s’ils n’ont pas «une personnalité trop abrasive qui risquerait de déteindre sur les autres». Puis, il choisit une poignée de groupes, cinq cette fois, qu’il fait venir pour deux shows à Toronto, un à Montréal et un à Vancouver. Ah oui, on oubliait presque. Il fait tout ça sur son bras.

«Oh! s’esclaffe-t-il. Je perds BEAUCOUP d’argent! Chaque tournée me coûte 50 000 $. Mon seul revenu, c’est la vente des billets. Et ça ne me rapporte que 15 000 $.» Rapide calcul mental. On peut dire qu’il s’agit là d’un passe-temps, euh… onéreux. Pourquoi vous faites ça, docteur?

En guise de réponse, l’enthousiaste quadragénaire nous sert le genre de phrase qui donne habituellement envie de soupirer «ben oui, ben oui, c’est ça». Sauf qu’ici, c’est franchement sincère. La raison? Il veut «partager avec les Canadiens son amour pour ces musiciens».

Des musiciens avec qui il partage d’ailleurs, à chaque édition, ce qu’il considère être «des incontournables d’ici». Il leur fait donc manger de la poutine à La Banquise, parfois un smoked meat chez Schwartz. Et, invariablement, il les amène aux chutes Niagara. À. Chaque. Tournée. «Je ne compte plus mon nombre de visites aux chutes!» lance-t-il avec entrain. (Iiih, on sent une touche de découragement dans cette réponse. Mais peut-être que c’est juste de l’autoprojection. À moins que ce soit parce que, le jour où on le joint, il vient de terminer un shift de 24 heures à l’hôpital.)

Bref, tout comme l’homme-orchestre derrière cette folle entreprise, les groupes trippent à faire partie de la tournée. Interrogés à savoir ce que signifiait pour eux de prendre part à cette 10e édition, les membres de Bakyun the everyday ont répondu qu’ils trouvaient ça «génial de pouvoir montrer aux Canadiens une vision réaliste de la culture tokyoïte». Et quand le groupe de city punk, qui fait de la musique «agressive et amusante», utilise le mot «réaliste», il sous-entend ne tombant pas dans le «ohmygodc’esttellementweirdleJapon». «Souvent, en Amérique du Nord, on ne parle que des choses cocasses ou insolites, se désole le Dr Tanaka. Par exemple, voyons voir… le fait qu’on puisse acheter des sous-vêtements dans des machines distributrices. Hmm, qu’est-ce qu’il y a d’autre de bizarre?» Qu’il y ait un bouton aux toilettes imitant un bruit de chasse d’eau pour masquer tous les autres sons? «Oui, c’est vrai. Et qu’on vende des oreillers en forme de femme.»

«La plupart des Canadiens adorent la culture japonaise. La bande dessinée, le cinéma… Mais la musique n’est pas si connue, alors que c’est ce que je préfère. Ex aequo avec la nourriture.» – Dr Steven Tanaka

De la même façon que ces inventions abracadabrantes ne représentent pas tout le pays de ses racines, les étoiles de la J-Pop (comme on nomme la pop japonaise) ne sont pas emblématiques de toute la musique qui y est créée. Doc Tanaka cite Kyary Pamyu Pamyu, qui s’est fait connaître pour son tube Ponponpon. Dans son clip, la star internationale chante avec des fruits sur la tête un morceau sucré super accrocheur en crachant des globes oculaires et en dansant dans un décor tout rose et tout mignon devant un cerveau pastel qui marque le rythme, des crânes qui défilent, des toasts qui apparaissent, des cygnes verts et des boîtes de macaroni au fromage (cette phrase n’est pas censée avoir forcément du sens). Pour la petite histoire, Katy Perry, qui l’influence beaucoup, a tweeté : «Je suis complètement amoureuse de Kyary. Mais elle me donne aussi l’impression d’être complètement gelée.»

«Ce clip a été vu des millions de fois sur YouTube parce qu’il est si bizarre. Mais la musique japonaise, ce n’est pas que ça! estime le docteur. Moi, je préfère choisir des groupes originaux, qui ont quelque chose de créatif, d’unique, qu’on ne trouverait pas en Amérique du Nord.»

Comme Yukueshirezutsurezure (abrégé en YSTZ). Quatre filles à l’air angélique qui voguent entre les airs doux et le screamo hardcore. Une formation que l’organisateur situe «à la frontière de l’étrange». «Je suis presque hypocrite de les inclure dans ma programmation puisqu’elles sont très stylées. Elles hurlent, elles sautent dans la foule. Mais j’adore réellement leurs compositions. Pas seulement leur côté théâtral.»

Aspect intéressant : tous les artistes conviés par le mécène se produisent dans leur langue d’origine. Oh, il pourrait bien inviter des formations qui «chantent en anglais avec un accent». Mais il sent qu’il perdrait beaucoup d’essence dans le processus. «Les textes sont importants, oui. Mais simplement par leur performance, par la passion avec laquelle ils jouent de leurs instruments et par leurs mélodies, ces artistes arrivent à raconter une histoire.» Écoutons.

Next Music from Tokyo vol. 10
Toronto: Au Rivoli le 19 mai et au Lee’s Palace le 20 mai
Montréal: Au Divan orange le 22 mai dès 20h (tapantes)
Vancouver: Au Biltmore Cabaret le 24 mai

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