Rotating Planet Productions La très relaxe tortue géante des Seychelles, qui peut vivre jusqu’à 250 ans.

«Cinq exercices de 5 minutes pour gagner 5 ans», «6 façons de cuisiner 6 aliments pour rajeunir de 6 mois», «30 crèmes à 30 $ pour avoir éternellement l’air de 30 ans»… Et si, à la liste, on ajoutait «observer les animaux un moment, apprendre de leurs habitudes et s’en inspirer légèrement»? Avec la série Vieillir dans la nature, le cinéaste Ari A. Cohen propose de prendre un instant pour respirer et voir comment les bêtes composent, calmement, avec le temps.

«Il y a une sagesse dans les yeux des vieux animaux. Sur leur peau, on peut voir les années qui ont passé.»

Il en aura fallu trois, d’années, pour qu’Ari A. Cohen termine Vieillir dans la nature. Une série qui, dit-il, a vraiment changé sa vie. Changé pour vrai? Changé comment?
«Juste être dans ces environnements, voir la nature et les animaux de proche, ça métamorphose quelqu’un. Il y a une complexité dans ce projet et une profondeur qui m’ont transformé. Que j’aime.»

On aime aussi cette approche, douce et poétique, qui met de l’avant les bêtes. Et tous ces scientifiques, de différentes générations, qui y consacrent leur existence. La Dre Stephanie Dolrenry, jeune femme qui se passionne pour les lions. Le Dr Thomas Bosch qui étudie les microscopiques hydres. La Dre Jeanne Altmann, septuagénaire qui s’apprête à tirer sa révérence après des décennies passées à observer les babouins. Et qui dit en avoir tiré une importante leçon sur le vieillissement : «Prenez soin de vos amis, prenez soin de votre famille. Faites attention aux relations humaines. Voilà peut-être le secret pour prendre de l’âge de façon saine et réussie.»

Réussie, Vieillir dans la nature l’est aussi. Produite par Rotating Planet Productions, maison fondée et présidée par Ari A. Cohen, avec la participation de TV5 et ARTE, l’œuvre a toutefois demandé un ballet d’organisation. Plusieurs directeurs photo sur le terrain en même temps, mandatés pour trouver les bonnes prises, au bon moment. Ce qui, pour un documentaire animalier, peut prendre des semaines.

«J’ai eu la chance de filmer un lion en train de chasser un zèbre, s’exclame Ari. C’est arrivé juste en face de mes yeux! Mais il y avait des gens dans le même parc, dans la même savane, qui étaient là depuis des mois à attendre la même scène.»

En tout, ce sont 27 histoires qui ont été tournées un peu partout dans le monde. En vedette, on trouve un éléphant d’Afrique, un mouflon canadien, une tortue géante des Seychelles…

À l’écriture, le réalisateur-scénariste-producteur a été épaulé par les biologistes Sophie Tessier et Claude d’Astous, également journaliste scientifique à Découverte. Au montage, il a pu compter sur deux spécialistes du genre, Alain Després et Alain Belhumeur. Ensemble, ils ont concocté cinq épisodes abordant cinq thèmes liés à la prise d’âge : longévité, reproduction, expérience, sagesse et mort.

«Souvent, dans les documentaires animaliers, les scientifiques ne sont pas montrés. Alors qu’ils ont guidé, aidé. Moi, je veux présenter la réalité. C’est à cause de ces spécialistes qu’on peut être aussi près des animaux!»
Ari A. Cohen, producteur, réalisateur, scénariste

Loin du ton alarmiste ou dramatique adopté dans moult films à teneur écologique (ce qui n’est pas mal en soi, seulement différent), Ari A. Cohen opte pour une narration près du conte, apaisante, qui sied bien au propos. Et au sous-texte : cessez de paniquer parce que vous avez pris une ride, de pleurer parce que vous n’êtes plus un hipster dans le vent, de rager parce que des cheveux gris sont apparus sur vos tempes ou de vous trouver «vieille» parce que vous êtes maintenant grand-maman. Au royaume des animaux, avoir de l’expérience, c’est cool.

À ce sujet, d’ailleurs, le réalisateur propose de suivre plusieurs mamies mammifères. Dont Granny, une orque de 106 ans. «À travers elle, on essaie de comprendre. C’est quoi le bénéfice d’être une grand-mère dans la nature? Comment elle peut aider sa fille à prendre soin des petits pendant qu’elle chasse?»

Il donne aussi l’exemple de cette matriarche éléphante qu’ils ont filmée et qui dirige tout. «C’est la chef, celle que tout le monde suit. Elle sait dans quelle direction aller, où chercher de l’eau… Elle a une connaissance très profonde de son environnement. Tous les membres de sa famille dépendent d’elle.»

Parlant de famille, le cinéaste explique également, à travers les péripéties d’une marmotte alpine, à quel point il est inestimable d’avoir de l’aide quand on est un jeune parent. «Chez ces mammifères, les mères à qui on donne un coup de main vont vivre plus longtemps. C’est important d’avoir de l’aide quand on a des enfants! Et ça, les animaux nous le montrent aussi!»

Lui-même papa de deux petits de six et trois ans et demi, il montre plusieurs splendeurs de la nature. «Toute cette diversité que, parfois, on détruit… c’est grave, dit-il. C’est important de documenter, et de partager, ce qu’on a de beau. Pour que les gens l’apprécient.»

Et il le documente et le partage en mettant la lumière sur le positif. En mentionnant, certes, les changements climatiques et les innombrables menaces qui pèsent sur les espèces, mais en soulignant aussi à quel point «on est quand même chanceux de vivre sur cette Terre». «La façon dont on transmet le message est importante. Dire toujours “Ne fais pas ça, ne fais pas ci”, ça marche moins aujourd’hui. On ne peut pas prendre tous les problèmes de la planète sur nos épaules. Par rapport à la nature, je crois qu’il est important de comprendre que les animaux sont des êtres très complexes et qu’il y a énormément de choses qu’on pourrait apprendre d’eux.»

Notamment, que le déclin est inéluctable. Et que «ce qui est important, c’est de vivre mieux. Aujourd’hui.» (La version du carpe diem telle qu’apprise grâce au wapiti et à la mouette tridactyle.) «Les animaux vivent vraiment dans le présent, remarque Ari A. Cohen. Ils ne se demandent pas : “Qu’est-ce que je vais faire dans 10 ans?” C’est ce qui est beau. Ils ont une intéressante attitude zen.»

Vieillir dans la nature
Sur les ondes de TV5
Les jeudis à 19 h

Aussi dans Culture :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!