Collaboration spéciale Vijay Iyer

Le Upstairs, c’est un de ces endroits où il ne nous est jamais arrivé de passer une mauvaise soirée, voire une soirée «juste correcte». C’est toujours magique, franchement unique. Dans l’air, une énergie, dans la musique live, une fougue, dans les visages des musiciens, un air passionné, et dans celui du propriétaire, Joel Giberovitch, un sourire grand comme ça.

En ses 22 ans d’existence, le Upstairs a vu passer dans son antre les plus grands noms du jazz. Il a accueilli ses plus marquants artistes pour des concerts inoubliables. Il y a des couples qui s’y sont formés. Des bébés qui en sont nés. Il n’y a pas longtemps encore, des mariés sont venus y célébrer leur 20e anniversaire. Des parents qui ont perdu leur jeune fils pianiste y sont passés pour penser à lui, honorer sa mémoire.

Dans ce lieu, les musiciens se sentent «à la maison». Et les clients aussi. La semaine dernière, lors d’un super set de minuit, la saxophoniste montréalaise Christine Jensen remerciait justement, et chaleureusement, le public d’y être pour encourager la musique live.

De la musique live, dans ce club intime et feutré, il y en a 364, 365 jours par année. «Il FAUT avoir des vrais musiciens tous les soirs. Sinon, vous n’êtes pas un vrai club de jazz. Vous êtes un club avec du jazz dedans de temps en temps!» lance en riant Joel Giberovitch.

«Ce qui compte, ce n’est pas que l’artiste qui joue soit un nom connu ou inconnu. Si la musique est excellente, c’est un succès.» – Joel Giberovitch

Pendant le grand festival mont­réalais qui célèbre le genre que lui célèbre constamment, le propriétaire présentera une programmation cinq étoiles. Une prog qu’il a élaborée en compagnie du consultant et relationniste Simon Fauteux, remplie de noms géants, de nouvelles voix à découvrir absolument, d’artistes locaux encensés.

Parmi eux, Jacques Kuba Séguin. Le trompettiste, dont la renommée ne cesse de grimper, offrira un concert avec son Litania projekt, auquel se joindra le pianiste polonais Krzysztof Kobyliński. «Jacques Kuba, c’est presque un hipster de la trompette! lance Simon. Il joue avec tout le monde, il fait du rock, du jazz, il essaie toutes sortes de trucs. Et puis, c’est un crisse de bon gars!» Bien d’accord, Joel acquiesce : «C’est important, ça aussi. Être un supermusicien, c’est une chose. Être une bonne personne, c’en est une autre.»

C’est que le propriétaire a une relation particulière avec les artistes qui viennent jouer dans son établissement. Ce n’est pas un lieu où les affaires se règlent par l’agent de l’agent de l’agent de l’agent. Et rappelez-nous dans trois semaines. Non. De toute façon, Joel peut le confirmer : les meilleurs artistes, les plus grands, sont souvent ceux qui ont toujours été, et qui sont restés, les plus cool, les plus terre à terre.

Par exemple, Wallace Roney. Un homme qui était sur la fameuse «liste de vœux», wish list, de Joel depuis longtemps. Cette liste où il place les noms qu’il rêve d’inviter chez lui. Eh bien, ce trompettiste incroyablement respecté, raconte le propriétaire avec ravissement, est non seulement super sympa, mais il envoie lui-même ses courriels. Pourtant, dans le passé, il a joué avec, bah, Herbie Hancock, Art Blakey, Joni Mitchell, Miles Davis… «C’est Miles qui l’a pris sous son aile, qui lui a montré sa technique. Il est devenu son ombre. Quand il est décédé, c’est Wallace qui a fait la tournée hommage. »

Vous pouvez essayer de le coincer, Joel se souvient de tout. Quel contrebassiste a joué avec quel saxophoniste il y a cinq ans, tel soir de semaine de tel mois, à telle heure durant telle quantité de temps en remplacement de tel musicien pendant une tempête de neige qui a vu tomber tel nombre de centimètres. «Ah oui, lui, quand il est venu il y a 11 ans…» Impressionnant de mémoire et de passion.

Avec Simon, ils veulent transmettre cette même passion par leur programmation. Leur mot d’ordre? «Proposer de la musique exceptionnelle. Et, parfois, sortir de notre zone de confort.»

En sortant de cette zone, justement, Joel a choisi de présenter une de ses nouvelles découvertes. Soit l’harmoniciste argentin trentenaire Franco Luciani. «Ce qu’il fait est tellement beau! Et puis notre chef cuisinier Juan, qui vient du Chili, a capoté sur sa musique. Il nous a donné son sceau d’approbation. Et quand Juan donne son sceau…!»

C’est qu’au Upstairs, il y a une ambiance de famille. Il y a donc Juan Barros, que Joel a rencontré il y a longtemps, quand qu’il travaillait au resto mexicain de son père, El Coyote, sur Bishop. Il y a aussi François l’accordeur, qui s’occupe du précieux Steinway Modèle B. («Un piano a tellement de textures, de couleurs! s’exclame Joel. C’est vraiment important que le même bras et la même tête l’accordent tout le temps.»). Et puis Marianne Laugel, qui s’occupe de l’administration, tient le bar, mixe d’impeccables Old Fashioned et donne son input pour la programmation spéciale.

Elle, celui qu’elle a le plus hâte de voir pendant le festival, c’est le pianiste-star Vijay Iyer, qui jouera en solo. «Je me sens comme une petite fille! Je suis si impatiente de le rencontrer, je vais être très impressionnée, je vais probablement bégayer et dire beaucoup de bêtises!» rigole-t-elle. «C’est clairement un événement, acquiesce Simon Fauteux. Vijay, en solo, à 200 pi de toi? Wow.»

«J’en ai vu des shows ici! Comme Tom Harrell. Wow. À ce jour, ça reste l’un des plus grands concerts que j’ai vus de ma vie.» – Simon Fauteux

Autre événement: Kelly Lee Evans. Une adorée chanteuse torontoise, récompensée par un Juno pour son album-hommage à Nina Simone. Et qui, pendant plusieurs années, a dû cesser de chanter. «En 2013, pendant un orage, elle a été frappée par la foudre, raconte Simon. Elle a été obligée d’arrêter complètement. Plus rien. Là elle revient.»

Revient aussi la «chouchoute» de Joel. À savoir la charismatique chanteuse montréalaise Ranee Lee. «Si je ne mets pas Ranee dans le line-up, ça va me porter malheur, les événements vont prendre un autre tournant! s’amuse Joel. C’est une grande dame classe. Classe. Classe. Et tellement généreuse! Habituellement, les artistes jouent une heure et quart, une heure et demie. Ranee, elle, joue des sets de deux heures trente!»

Parlant d’heure, le maître des lieux note qu’il lui arrive parfois ces jours-ci, lorsqu’il est tard et qu’il n’accueille plus de clients à la porte, de s’assoir à une des soixantaines de places que compte son établissement. «Je me pose, je mange quelque chose et j’assiste au spectacle comme un client.»

Et vous vous sentez comment? «Je me sens fier, concède-t-il avec un humble sourire. Les lieux avec la musique live sont tellement importants pour la culture d’une ville! Et puis, le jazz, c’est une musique de niche. Notre mission c’est de la promouvoir. J’entends souvent : “Eeerh, je n’aime pas le jazz.” Et je réponds toujours : “Non, vous ne connaissez pas le jazz.”»

Ou peut-être, suggère-t-on, vous n’êtes jamais passé au Upstairs?

Programmation spéciale Festival international de jazz de montréal
Du 28 juin au 8 juillet
Au 1254, rue MacKay
Réservations : 514 931-6808

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