Josie Desmarais/Métro

Ça commence par The Start. Et puis, ça part. Eleven Songs. Douces, entraînantes, délicates, profondes, senties. Tout ça.

Il y a d’abord eu Sorry Eyes. Un premier EP, lancé en septembre dernier, au FME, à Rouyn. Puis Eleven Songs, précisément 11 morceaux. Enregistrés en même temps, mais parus sous forme d’album en mai. Les shows se sont enchaînés. «Les choses ont évolué.»

Sur l’album susmentionné, Aliocha Schneider chante, joue du clavier, du «Wurli»(tzer), de l’orgue B3, de la guitare, du piano. «C’était cool! s’exclame-t-il chaleureusement. J’ai pu expérimenter avec pas mal d’instruments. J’ai même joué du banjo.» Et de l’harmonica. Appris spécialement pour l’occasion? «Non, tu sais quoi? Il y a trois, quatre ans, je me suis tapé L’harmonica pour les nuls!» Qui est un vrai livre? Il rigole. «Oui, oui! Depuis, j’en joue un peu.»

Notamment sur la belle à pleurer Milky Way. «I don’t feel your soul like I used to feel it before. But I’m trying.» Une pièce déguisée en chanson d’amour, dans laquelle il s’adresse en fait à Vadim. Son grand frère décédé dans un accident de la route à 17 ans, quand Aliocha en avait 10. «C’est lui qui m’a donné mes premiers disques, lui qui m’a donné envie de chanter. Et c’est lui qui, plus tard, m’a poussé à écrire. C’est en le portant que j’ai senti que j’avais quelque chose à dire.»

Ce n’est d’ailleurs pas la seule pièce de l’album qui soit dédiée à «son étoile». Dont la disparition lui a fait sentir, très jeune, la souffrance. La différence avec les gens de son âge. La solitude.

As Good as You aussi, Aliocha l’a écrite pour lui. Et, elle aussi, il l’a «déguisée en chanson d’amour». «Je ne voulais pas être trop explicite et parler de la mort, confie-t-il doucement. Mais si on l’écoute en sachant ça, c’est assez clair.»

Comme il est clair sur Virtue, pièce épurée, voix et guit acoustique, qu’il s’adresse à quelqu’un qui n’est pas son pote. Qu’il ne veut plus considérer comme tel. «Il y a des gens dans nos vies qui sont poison, qui nous tirent vers le bas, qui font de nous les complices de tout leur côté sombre. Ç’a été un coup de colère.»

Inspiré par John Lennon, Nick Drake et Elliot Smith (que lui a fait découvrir son mentor Jean Leloup), Aliocha signe des textes très personnels, écrits pour la plupart au toi. You. «Naturellement, quand je chante, j’aime m’adresser directement à quelqu’un, explique-t-il. C’est comme ça, je trouve, que je peux donner le plus d’émotion, en fait.»

Une pièce qui ne s’inscrit pas dans cette veine, c’est Mr. Garner, sur laquelle on sent la tradition du storytelling engagé à la Bob Dylan, qu’il aime beaucoup. Il y raconte l’histoire d’Eric Garner, père de famille de six enfants, Afro-Américain, décédé à la suite d’une arrestation policière brutale le 17 juillet 2014. «Je l’ai écrite en deux heures après avoir lu cette nouvelle. Normalement, je ne parle pas trop d’actualité. Mais ici, j’ai décidé de faire quelque chose de social. C’est fou. Le policier s’en est tiré sans rien. C’est une injustice totale. Ça m’a révolté.»

C’est un bouleversement d’un autre type qui est à l’origine de Jamie, morceau qui porte le même nom qu’une chanson de Weezer, mais baigne dans un tout autre registre. Et est adressé non pas à une amoureuse, mais à un ami, qui cesse soudain de donner de ses nouvelles. Inquiétude. «C’est un proche qui a eu une passe hyper, hyper difficile. Depuis, il va beaucoup mieux. J’ai d’ailleurs fini par lui dire, il y a quelques semaines, que c’est à lui que je m’adressais dans ce texte. Il était vraiment ému.»

Il fait une pause et lance, en souriant: «Il y a des gens qui pensaient que je m’adressais à une fille. Mais “Jamie, I love you like a brother”, ce n’est pas forcément ce qu’une fille veut entendre, hein!»

«Quand je chante, tout dépend de l’intention. C’est comme dans la vie. On ne sonne pas de 
la même façon quand on dit des mots tendres que lorsqu’on engueule quelqu’un!» –Aliocha Schneider

Sur scène, ce qu’Aliocha aime entendre, lui, c’est la batterie de son frère aîné Volodia, qui l’accompagne. Il trouve ça «vraiment cool!»

Ce qui est tout aussi cool, selon l’artiste de 23 ans, c’est que son album ait été réalisé par Samy Osta. Homme ayant bossé, entre autres, avec les formations de rock français de l’heure Feu Chatterton! et La femme. «C’était génial! Déjà, qu’il veuille travailler avec moi…!»

Leur collaboration, Aliocha la qualifie de fructueuse, d’humaine. Après que Samy soit venu à Montréal, pour apprendre à «connaître ses amis, son environnement», les deux gars sont partis en Suède dans un studio qu’ils n’ont presque pas quitté pendant deux semaines, enregistrant toute la nuit, 24 heures sur 24. «Quand on est sortis de là, on ne savait pas trop si on avait fait quelque chose de bien ou si on avait fait n’importe quoi!» s’amuse-t-il. C’est à Paris, où ils faisaient de la finition, que le verdict est tombé. «Finalement, on était contents de notre travail.»

Peut-être, assurément, parce que le musicien a suivi son cœur. Au départ, il a passé 10 jours à L.A., à faire des maquettes avec «une personne qui a beaucoup de talent et qui a travaillé avec Bieber». «Mais il a fait un truc qui ne me plaisait pas. Des gros beats. Peut-être que je passerais aujourd’hui à la radio, aux États-Unis! Mais ça ne m’intéressait pas. Ça ne me ressemblait pas.»

Dire non à un proche de Justin B., ce n’est pas tout le monde qui l’aurait fait, non? «J’ai peut-être eu du guts, mais en même temps, j’étais super malheureux! J’écoutais mes chansons et j’étais vraiment, vraiment triste. C’était mon premier album. Je ne pouvais pas faire de compromis.» Tout compris.

En concert au Savoy du Métropolis
Dans le cadre du Festival de Jazz
Jeudi et vendredi à 19h

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