Josie Desmarais | Métro Geneviève Levasseur

Avec l’application mobile Quand la foule devient cirque, Geneviève Levasseur, présidente et directrice de création de la firme Ingrid Ingrid, convie le public à faire partie d’un spectacle. Mais vraiment, vraiment partie.

Il y a deux ans, Geneviève Levasseur a fondé Ingrid Ingrid. Une boîte de design montréalaise spécialisée dans l’interactivité. Son focus? Principalement l’espace public.

La semaine prochaine, elle dévoilera, dans le cadre des Minutes complètement cirque, le fruit d’un travail passionné sur lequel plane encore un certain mystère. Tant pour le public que pour elle. «Entre ce qu’on pense que ça va donner et ce que ça donne réellement, il y a toujours un monde!» s’exclame-t-elle.

Baigner dans l’incertitude de la sorte pourrait certes faire paniquer plusieurs créateurs. Mais pas Geneviève. Elle adore se mettre en danger.

Et c’est précisément ce que Quand la foule devient cirque lui a permis, au carré.

En gros, cette application mobile, développée en collaboration avec la Tohu, permet à ladite foule de diriger les actions d’une trentaine d’acrobates. Se produisant en plein air, dans le Quartier latin, ces derniers auront, eux aussi, accès à l’appli. Et pourront à leur tour entraîner les spectateurs dans «leur cirque». «Ils seront appelés soit à participer de façon physique, soit à augmenter l’ambiance du show, mis en scène par Anthony Venisse», explique l’idéatrice. Intrigant, n’est-ce pas?

«Le cirque, c’est un super partenariat pour explorer l’interactif et le numérique. Les artistes sont joueurs, ils foncent, ils ne tiennent pas en place. C’est fascinant.» -Geneviève Levasseur

Cette chouette idée, Geneviève l’a présentée en avril dernier au MIPTV, à Cannes, dans le cadre d’un panel sur la réalité virtuelle organisé par Téléfilm Canada. Chose qui lui a permis «de discuter avec les gens, de voir leur réaction». Son verdict? «Je me suis rendu compte que c’est un projet très difficile à décrire! s’esclaffe-t-elle. On a beau dire que ça permet d’entrer en interaction avec une foule, la question qui suit toujours, c’est : “Oui, mais?”»

Oui, mais… plein de choses. Qui changeront au gré des soirées, et selon les choix des utilisateurs. Toujours aussi intrigant, non?

Des idées plein la tête
Ayant étudié en philosophie, en cinéma et en communications numériques, Geneviève Levasseur a toujours eu une approche artistique, ouverte, ludique, originale de son métier. Son but? «Que les gens aient du fun!» Que ce ne soit pas juste l’aspect «techno» de ses projets qui attire l’attention, même si ça a une forte présence. Bref, «que ce soit le trip de “jouer autrement”».

Le jeu occupe par ailleurs une grande partie de la vision de sa boîte. Sans pour autant que ce soit, précise-t-elle, du domaine du jeu vidéo.

Pour Montréal complètement cirque, par exemple, l’équipe d’Ingrid Ingrid a «caché un cirque miniature» sur Saint-Denis. Les participants ayant téléchargé l’appli pourront ainsi aller à la chasse.

Notons ici que les projets de sa boîte, dont plusieurs paraîtront cet été, sont pour l’instant concentrés à Montréal. Une ville que la native de Trois-Rivières a choisie, adoptée. Dont elle est fan. «Même si je vais peut-être vivre et travailler ailleurs un jour, mes racines sont ici.»

Ici, ses idées sont grandes, et son équipe, petite. C’est ainsi, dans ce «cocon» de six personnes, qu’elle aime fonctionner. Tout cela en faisant affaire avec d’autres boîtes de sa taille. Notamment le studio de design graphique indépendant Nouvelle Administration, et plus précisément une de ses cofondatrices, Catherine D’Amours, qui s’est chargée de la signature visuelle d’Ingrid Ingrid, de son branding. Ou Dpt., qui s’est occupé de la scénarisation, du design et de la programmation de Quand la foule devient cirque. Et Dix au carré, qui a créé les installations.

«C’est super le fun! s’exclame Geneviève à propos de cet échange. On est chanceux pour ça à Montréal. On a plein de compagnies ultra-compétentes. J’ai tendance à dire que si on veut faire tourner nos œuvres et les sortir de la ville, on a besoin de travailler ensemble. Sinon, on est plein de petits contre plein de grands.»

Parlant de grandir, elle dit être «super motivée par des projets inusités. C’est grâce à eux, je crois, que la compagnie pourra continuer de s’épanouir.»

Elle désire également explorer, toujours davantage, la façon dont les humains et les outils technologiques «se répondent et s’ajustent les uns aux autres». Comme elle le fera dans cet autre projet (elle en a plein),  réalisé avec deux cocréateurs, qui sera rendu public très bientôt. Soit celui «de développer une signature pour le Quartier latin, plus proche du mobilier urbain».

«On va faire en sorte que des objets insérés dans l’espace nous apprennent quelque chose, qu’ils évoquent l’histoire du quartier.» Elle marque une pause, puis lance en riant : «Ce n’est pas super concret, hein?»

Ce qui est concret toutefois : l’échange. Celui qui la guide toujours. Celui qui l’a guidée dans la création de Quand la foule devient cirque. Qui marquait, du reste, sa première incursion dans le domaine des arts vivants. «Ça m’a permis de développer un nouveau langage, une nouvelle façon d’interagir avec les artistes.»

Du coup, Geneviève Levasseur a «pensé le projet de façon très large». «C’est comme si le cirque était notre laboratoire», remarque-t-elle. Un labo au cœur duquel elle a voulu créer «quelque chose qui respire».

Il faut dire que, déjà, quand elle travaillait dans les médias numériques à Radio-Canada, ce qui la motivait tout particulièrement, c’était de travailler sur la relation à l’auditoire. La participation, l’engagement, la proximité. «Que ce soit partager l’information ou faire vivre une expérience dans le domaine culturel, mon fun, c’est de voir comment on rejoint le public, comment on l’inclut, comment on fait de lui un personnage. Ce n’est pas “on fait un show avec nos affaires interactives sur le côté et en passant, vous viendrez si ça vous intéresse”. On veut que ce soit fluide et réfléchi.»

Cela dit, certain que ça nous intéresse!

Informations

Du 6 au 16 juillet

Départ à l’angle des rues Saint-Denis et Ontario à 18 h 30 et à 21 h 30

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