Josie Desmarais

Aujourd’hui, Ziv (prononcez Zeef) Przytyk lance la 12e édition de Shazamfest, son festival de néo-vaudeville. Un événement qu’il organise tout seul, avec l’aide d’une cinquantaine de bénévoles et de son amie Janet Sutherland, qui «s’occupe de la logistique». «Les premières années, je perdais beaucoup de poids. Je ne faisais pas d’argent.» Ce qu’il faisait, par contre, et qu’il continue de faire, c’est des heureux. «On est comme une usine à bonheur!»

Il arrive avec un paquet d’affiches à accrocher un peu partout dans Montréal (et un chic nœud papillon). Au fil de la discussion, il s’excuse, puis répond, pardon, pardon, il le faut, à des appels d’affaires. «Merci beaucoup, Mélissa!» «Salut Vincent!» L’un d’entre eux vise à coordonner la question vitale des toilettes chimiques qui seront mises à la disposition des festivaliers. «C’est toute une logistique. J’en loue beaucoup!» lance-t-il, une fois la transaction terminée.

Permettez-nous ici un aparté: Ja Rule, on espère que tu prends des notes pour ton hypothétique prochain Fyre Fest. Un événement d’une telle ampleur ne s’organise pas en trois jours avec une réunion bâclée de bros et une pub avec des jolies filles sur un yacht.

Cela dit, le paysage que Ziv offre pourrait bien rivaliser avec les Bahamas. Son festival, il l’organise sur la ferme biologique de 25 acres qu’il habite depuis qu’il est tout petit. Une ferme qui compte, maintenant que ses parents sont à la retraite, une trentaine de moutons, des poules, des chevaux, des dindes. Et qui peut accueillir «bah, facilement 3000 personnes». L’an dernier, ils étaient presque 2000. Cette fois-ci, il espère battre un record.

Mise en contexte: c’est après avoir pratiqué plein de métiers, été formé en couture, tenu une galerie d’art, été propriétaire à 19 ans d’un magasin de chanvre de la rue Duluth à Montréal et fait les grandes cultures pendant trois ans dans l’Ouest canadien que Ziv s’est dit : «Il faudrait que je fasse ce que je veux avec ma vie. Un 
projet qui m’inspire.»

Ce projet? Le Shazam. Né de son rêve, qui ne s’est pas réalisé, de faire partie du Cirque du Soleil à 17 ans. Après la déception originelle, cet amoureux de jonglerie et de clownerie a décidé, dans sa vingtaine, de «faire son propre cirque».

Et il n’y est pas allé à moitié. Son chouette événement combine de tout. Des concours de moustaches à la lutte, en passant par le théâtre engagé, la musique, le carnaval. «J’aime le côté freak show, les avaleurs d’épées, la comédie, le burlesque. Ce genre de spectacle de variétés, de mise en scène, c’est ce qui m’a attiré comme jeune, ce que j’ai toujours aimé.»

C’est dans sa municipalité de Barnston-Ouest, dont il est devenu conseiller municipal, qu’il organise son week-end de folie. Son principal but: «Fonctionner avec le local, encourager l’économie sociale.» D’ailleurs, pendant ce weekend de liberté et de laisser-aller, il «quadruple la population, de 590 à plus de 2000».

Il faut dire que Ziv a été élevé entouré de modèles, dont son père, immigrant polonais qui voulait partager avec tout le monde, accueillir, discuter, échanger. Et sa grand-mère originaire de Lublin, Sara Nomberg-Przytyk. C’est du reste de cette regrettée écrivaine, journaliste, survivante d’Auschwitz, que Ziv a acquis une vision ouverte de la vie. «Elle était trop cool! s’exclame-t-il. Quand mes amis venaient souper à la maison, elle était toujours assise au bout de la table, elle les regardait et leur posait la question la plus personnelle possible. Et tu sais quoi? Ils lui répondaient toujours! Parce qu’elle ne jugeait pas. Elle avait vu le pire.»

C’est de cette femme qui lui a transmis sa passion pour la littérature et pour la mythologie grecque que Ziv tient aussi son prénom, qui signifie «rayon de soleil en vieux slave». «C’est elle qui m’a donné la lumière! Elle a traversé l’enfer sur terre. Je lui dois de faire le plus possible de ma vie!»

«Je n’ai jamais été un gars de 9 à 5. Bosser 50 semaines par année? Ça ne m’intéresse tellement pas. Je suis très content de travailler 100 heures semaine… tant que c’est quelque chose que j’aime!» –Ziv Przytyk, fondateur du Shazamfest

Cet appel l’a mené à créer son propre festival qui, au fil des années, est devenu une tradition. Surtout que, inspiré par l’esprit «accueil, ouverture, échange» dans lequel il a grandi, Ziv a agrémenté son Shazamfest de divers côtés amusants. Ainsi, il propose 20% de rabais sur le prix d’entrée à ceux qui arrivent en bicyclette. Il offre aussi des navettes gratuites au départ de Montréal et pour y revenir. Ainsi qu’un camping sur place. Ah oui. 
L’entrée libre pour les enfants de 12 ans et moins. Pas mal.

Et puis, la façon dont sa fête se déroule change au gré des années. Que ce soit du côté des invités ou des thématiques mises de l’avant. «Je ne veux pas faire une formule, que ce soit un festival de blues, un festival de ça. C’est vraiment un carnaval.»

Au fil du temps, le Shazam est devenu une culture, une communauté, un mode de vie, un rassemblement. Les artistes savent que pendant ces quelques jours, ils n’ont pas à se retenir ou à se censurer. «Je leur dis toujours: “C’est LA place pour essayer de nouvelles affaires, pousser l’enveloppe, tester de nouvelles idées!” Je ne veux pas qu’ils se sentent pognés dans un cadre; je veux qu’ils le pètent!» affirme le fondateur.

Cette place laissée à la spontanéité donne souvent naissance à de beaux moments. Comme ce jeune qui a prêté main-forte, il y a quelques années, au groupe Radio Radio. «Les gars avaient joué toutes les tounes, un kid a embarqué avec un beat box et ils ont fait un 20 minutes de show supplémentaire!»

Assurément, ils ne se sont pas fait prier. Car son site en est un qu’on veut occuper, assure le maître des lieux. «C’est tellement beau! On est dans un amphithéâtre naturel, qui longe la rivière. C’est vraiment une place magique.» Une place, aussi, dénuée de publicité massive. «Je n’ai pas de grosse commandite corporative, pas de grosse pancarte. On est assez sold-out dans la vie comme c’est là! Je ne veux pas avoir quelqu’un qui me dit quoi faire. Je ne veux pas me limiter!»

Cette philosophie teinte toute la démarche de Ziv. «Je suis toujours en quête de sensations nouvelles.» Parmi celles-ci: un désir de «créer une communauté très large». «Beaucoup d’artistes qui sont venus au Shazam travaillent ensemble après s’y être rencontrés», explique le papa de deux enfants. Soit une fille de 8 ans et un garçon de 10 ans («conçu au premier festival!» ajoute-t-il en riant).

Parlant d’enfants, il mise beaucoup sur ces derniers. «On a un volet spécial pour eux, dit-il fièrement. Même si c’est flyé, et que l’art est un peu extrême, ça fait en sorte que les gamins prennent le dessus pendant la journée. En 11 ans, on n’a jamais eu d’incident! Parce que les enfants créent une zone de sécurité. Si ton ami fait quelque chose de con, il y a toujours quelqu’un pour dire: “Heille! Il y a un kid juste là”!»

Shazamfest
Jusqu’à dimanche
Navettes gratuites, prog, billets, détails, etc.: shazamfest.com

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