Melinda Sue GordonWarner Bros. Dunkirk sort en salle vendredi.

Trois ans après Interstellar, Christopher Nolan est de retour avec Dunkirk (Dunkerque), qui évoque une bataille un peu moins connue de la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle des soldats britanniques, belges, canadiens et français encerclés par l’armée allemande sur les plages de la ville du nord de la France ont été évacués du 26 mai au 4 juin 1940, dans le cadre de l’opération Dynamo. Avant la sortie de ce long métrage qui réunit des acteurs de renom (Mark Rylance, Kenneth Branagh) et de jeunes pousses, Métro a rencontré le réalisateur de 46 ans ainsi que les acteurs Harry Styles, membre du groupe One Direction, et Fionn Whitehead.

Quelle est l’importance du temps dans vos films?
Christopher Nolan: Chaque film a la capacité de traiter de la notion du temps d’une façon particulière. J’ai essayé d’exploiter ça au maximum pour raconter l’histoire. Ce que je voulais faire, c’était créer un récit intensément subjectif. Avec beaucoup de suspense et une trame narrative presque à la première personne.

Mais je ressentais aussi la responsabilité de partager ce qui s’est réellement passé pendant cette guerre et de raconter ces grands moments historiques. Ça suggère une multitude d’expériences. Quand on pense aux scènes dans le ciel, qui relatent une heure de la bataille, et qu’on les compare à celles qui montrent la semaine complète que les gars ont passée sur la plage, on comprend que ces histoires reposent sur des notions du temps différentes; et les films te permettent de donner un sens très subjectif du temps à l’auditoire. Je voulais créer un film qui donne au public une vision plus globale de ce qui s’est passé, sans avoir besoin de forteresses, de généraux ou de cartes.

«Le cinéma a cette capacité à offrir au spectateur une expérience vivifiante qu’il ne fait pas dans son quotidien ou de l’amener vers des endroits qu’il ne peut imaginer, que ce soit un lieu fictif ou, dans ce cas-ci, Dunkerque. Mon but, c’est qu’à la fin du film, le public s’arrête un moment et se dise : “OK, ça c’était une expérience!”» – Christopher Nolan, réalisateur

C’est la première fois que vous relatez une histoire vraie. Cela a-t-il eu une incidence sur la production et la réalisation?
La chose la plus importante, à mes yeux, était de montrer comment se sentaient les gens qui y étaient réellement. C’est la raison pour laquelle on a utilisé de vrais avions, et non des répliques fabriquées pour être utilisées sur un plateau. Nous avons vraiment cherché un appareil connecté à la réalité et qui aiderait les acteurs à se sentir plus près des gens qui ont vécu la bataille. Nous avons cherché à donner de l’authenticité à chaque scène et à utiliser le moins possible des effets spéciaux. Avec ce film, j’ai réalisé la véritable valeur de l’authenticité. C’est d’ailleurs pour ça que nous avons choisi de placer un millier de figurants tout au long de la plage d’un kilomètre. Alors, quand vous voyez les photos, ça attire votre attention immédiatement et c’est intéressant de donner ça au public, de lui montrer comment c’était, d’attendre pendant des jours au beau milieu de nulle part.

Nous avons récemment visionné le film avec des vétérans qui ont pris part à la bataille. Je suis allé présenter notre version de l’histoire devant eux. Ç’a été l’une des choses les plus effrayantes de ma carrière, et j’ai été très soulagé de pouvoir le faire. À la fin, j’ai découvert que les gens qui comptent vraiment, parce que ce sont ceux qui savent réellement ce qui s’est passé, ont aimé le film.

Bien qu’il s’agisse d’un film de guerre, on y montre très peu de sang. S’agit-il d’un choix de mise en scène?
Je voulais créer un suspense, pas un film de guerre. Plus nous visionnions de films de référence – et nous en avons vu beaucoup : Le salaire de la peur de Clouzot, Foreign Correspondent [Correspondant 17] de Hitchcock, Saving Private Ryan [Il faut sauver le soldat Ryan] de Spielberg –, plus nous constations que le pouvoir de ces films est extraordinaire.

Ils m’ont appris deux choses: la première est l’importance de ne pas les copier, parce qu’ils ont déjà très bien fait ce qu’ils voulaient faire, et la deuxième est que le suspense est un langage qui empêche de regarder ailleurs que vers l’écran. L’horreur, au contraire, est un genre où les yeux du spectateur bougent constamment parce qu’ils regardent dans la direction opposée. Et nous voulions du suspense. Nous cherchions un moyen différent de captiver le public. Nous voulions qu’il garde les yeux sur l’écran, qu’il soit continuellement captivé. Nous souhaitions lui faire vivre un moment intense.

Est-ce que le choix d’Harry Styles, une star de la pop, était destiné à attirer un public plus jeune?
Harry qui? [Rires] En fait, nous cherchions des jeunes pour jouer ces personnages. Je ne voulais pas de gars de 31 ans pour jouer des personnages âgés de 19 ans. On souhaitait aussi que les spectateurs voient des gens sans avoir d’attente a priori. On a effectué des tonnes d’auditions, on est allés dans des écoles d’art dramatique, on a regardé dans les agences pour trouver de nouveaux visages. On a rapidement trouvé Fionn [Whitehead] pour jouer Tommy, mais on ne parvenait pas à trouver notre Alex.

Au même moment, Harry a envoyé une vidéo à notre équipe responsable de la distribution et on a vu du potentiel en lui. On l’a prévenu : «Si ça ne te dérange pas de jouer un personnage lambda et d’essayer de nouvelles choses, tu es le bienvenu.» Puis, il a participé à des «ateliers d’audition». En gros, on réunit un groupe de personnes, on donne à chacune un rôle, on mélange tout le monde, puis on recommence avec un autre groupe. On a fait ça pendant plusieurs jours et Harry y a interprété son rôle parfaitement.

N’aviez-vous pas peur que sa présence fasse de l’ombre au film, en raison de l’engouement de ses fans?
Certes, il est célèbre, mais dans un domaine précis. Quand il a commencé son audition, je n’avais aucune idée de qui il était. Mes enfants le connaissaient, mais je n’avais pas vraiment entendu parler de lui, en raison de mon âge, j’imagine! [Rires] Ça me rappelle le temps où j’avais choisi Heath Ledger pour le rôle du Joker [dans The Dark Knight]. À l’époque, plusieurs avaient froncé les sourcils ou doutaient que ça fonctionne. Mais je pense qu’une partie de mon travail est de déceler ce potentiel. De plus, ce n’est pas la première fois que j’engage une star de la musique pour un de mes films. David Bowie a joué Nikola Tesla dans The Prestige, parce que j’avais un bon pressentiment.

Entre jeunes soldats

Harry Styles, Aneurin Barnard et Fionn Whitehead / Warner Bros.

Quelle est la différence entre jouer devant la caméra et jouer sur scène?
Harry Styles: C’est complètement différent, évidemment. Mais, bizarrement, mon inexpérience m’a permis de ne pas trop sentir la pression!

Fionn Whitehead: Il est d’abord important de mentionner que Harry a dû passer par le même processus d’audition que tout le monde. Chris [Christopher Nolan] a fait le choix d’embaucher des gens qui n’avaient jamais joué dans un film. De cette façon, ils pouvaient plus facilement interpréter ce que les jeunes soldats ressentaient.

Vous avez laissé votre destin entre les mains de Christopher Nolan…
H. S.: Quand vous travaillez avec quelqu’un comme lui, vous avez une confiance aveugle. Il est le premier à arriver sur le plateau et le dernier à le quitter. Il prêche par l’exemple. Il vous accompagne toujours, même sous l’eau. Il n’est pas le type de réalisateur à travailler à distance. Il est toujours au cœur de l’action. Sa passion pour le cinéma est contagieuse. C’est le genre de chose qui crée une bonne atmosphère sur un plateau.

Il n’y a presque pas de femmes dans ce film… Est-ce que l’atmosphère était différente sur le plateau?
F. W.: Je ne pense pas qu’il pouvait en être autrement. C’est un film sur la bataille de Dunkerque; aucune femme n’y était, si ce n’est les infirmières sur les bateaux qui faisaient office d’hôpital. C’est certain que ç’a créé une ambiance différente sur le plateau, mais en même temps, ça nous a donné une idée de ces moments et du sentiment de camaraderie. Ç’a rapidement créé des liens entre les gars.

Harry, beaucoup de jeunes iront voir le film juste pour vous voir. Comment aimeriez-vous qu’ils le regardent?
H. S.: Ce n’est pas un film de guerre typique, avec plein d’armes et d’explosions. Il y a beaucoup d’émotion et de suspense dans le récit. Parfois, c’est terrifiant, et on tremble. Il est aussi important de souligner que c’est un moment important de notre histoire qui est passé un peu sous le radar, car c’est arrivé tôt durant la guerre. Je serais content que beaucoup de gens en apprennent davantage sur cette bataille et reconnaissent l’héroïsme de ceux qui y ont participé.

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