Dans Galère au Brésil, qu’il a également réalisé, Patrick Mille joue un agent consulaire. À la mi-parcours, il résume la situation dans laquelle se sont empatouillées les héroïnes du film: «Un futur bébé héritier d’un héritier défenestré. Un mariage forcé avec un mort. Vous-mêmes, séquestrées. Tout ce beau monde qui s’appelle presque unanimement Augusto. Là, j’avoue que je suis un peu dépassé.» Le spectateur aura la même impression devant ce thriller comique énergique. Une bonne impression.

Depuis sa présentation au festival SXSW, le délirant Galère au Brésil a moult fois été comparé à The Hangover de Todd Phillips (ou Very Bad Trip dans sa traduction française, ahem, de France). Vous vous souvenez, ce film où trois garçons d’honneur perdaient la carte, la mémoire et leur chemin lors d’une solide fête pré-mariage? Voilà. «La référence me va, approuve joyeusement Patrick Mille. Cependant, même si les situations se ressemblent, mon film est plus tendu, plus noir.»

Ce film, c’est le second que réalise l’acteur de 47 ans, qui a débuté dans le métier en 1991, aux côtés de Gégé dans la comédie familiale Mon père, ce héros. Puis, on l’a notamment vu dans 99 Francs de Jan Kounen et La doublure de Francis Veber. En 2012, il a mis en scène Mauvaise fille, adapté du roman autobiographique de son amoureuse, Justine Lévy. Un drame tournant autour d’une femme enceinte qui apprend que sa mère a un cancer.

Sa deuxième réalisation, cette Galère, donc, se situe à mille lieues stylistiquement, géographiquement et thématiquement de la première. Le seul point commun? Elle présente aussi une jeune femme qui attend un enfant. Un peu superficielle sur les bords, un peu pas fine avec ses copines – qu’elle invite d’ailleurs à Rio, où elle s’est installée, pour célébrer son mariage. Même si elle estime que, «non mais franchement, au Brésil mieux vaut être célibataire».

Les copines en question? Une prof lunatique qui corrige des copies. «Le pluriel. Ça non! Ça non! Ils croivent? C’est nul!» Sa petite sœur teigneuse qui provoque souvent des scènes. Et leur coloc, sous-chef dans un resto qui se fait larguer («Encore!» s’exclament toutes ses amies). Dans leur univers volontairement au-dessus du bord, over-the-top, le personnage de l’agent consulaire un peu louche, un peu playboy, beaucoup gossant, incarné par Patrick Mille, se fond parfaitement.

«Ça m’inspire de placer des femmes dans une situation qui n’est pas commune. Que ce soit elles qui mènent l’action, qui prennent les choses en main. Ça me permet même d’imaginer des choses plus drôles que si c’était des garçons. Et puis, cinématographiquement parlant, c’est plus intéressant.» -Patrick Mille, réalisateur, scénariste et acteur

«J’aime que le comique apparaisse dans un contexte tendu. Quand, tout d’un coup, les personnages se retrouvent dans une situation terrible. Où ils ne s’amusent plus du tout. Ça crée quelque chose d’empathique, de drôle, de séduisant quoi.»

Car les quatre héroïnes se mettent dans une saprée galère. Un mariage, un meurtre, des magouilles, un gros mensonge. Pour rendre l’énergie, la folie, l’ambiance, tellement vivante, le réal a opté pour une facture pop, fluo, branchée. Avec son directeur photo, le Paulista André Szankowski, il s’est inspiré du travail du DP français Benoît Debie sur les films de Gaspar Noé. Et sur Spring Breakers, de Harmony Korine. «Je voulais avoir une identité visuelle très forte, ce qui n’est pas souvent le cas dans les comédies, qui pèchent par manque d’ambition artistique, avance le cinéaste. Du coup, on a mis beaucoup de contrastes, des lumières très assumées. Quitte à choquer.»

Et pour transmettre cet effet? «On a tourné en Scope numérique, qui permet d’obtenir une image très franche. On a également fait des choix de costumes assumés. Osons la couleur, quoi!»

Comme cette chemise magnifique que porte le cinéaste à l’écran, bleu royal dans ton visage, avec des motifs dorés. «Ouais! Ça, c’est un hommage à Versace. Parce que ce type se prend pour Scarface, quoi!»

Parlant de mode, notons que le designer british John Galliano se fait ramasser au détour d’une réplique. Son nom est alors mentionné dans une phrase qui comporte aussi les mots «mouette» et «singe». «Je n’avais pas du tout apprécié sa sortie antisémite. Ça m’a fait du bien de rire de lui. Ça fait partie des vannes qu’on peut sortir quand on écrit un scénario!»

Un scénario que Patrick Mille a cosigné avec Julien Lambroschini et Sabrina Amara. Et dans lequel les comparses s’amusent, entre autres, de la façon dont la France est perçue à l’étranger. «Souvent, dès qu’il y a des manifs ou des voitures qui brûlent dans une banlieue, tout d’un coup, à l’étranger, on annonce que tout le pays brûle, quoi!»

Cela dit, pour déclencher la rigolade autrement que par les répliques, le réal a misé sur le rythme. Poussant non seulement les situations à l’extrême, mais étirant aussi la longueur de certaines scènes. Notamment celle où devant les yeux dans la graisse de bines de la professeure, il déguste langoureusement un popsicle sur la plage. «Un pop-quoi?» nous demande le réal avant de comprendre. «Oh, vous voulez dire une glace! Je me suis amusé au montage, pour que ce soit encore plus dingue. J’ai voulu que les choses soient désespérément longues pour que, du coup, elles en deviennent drôles.»

Ainsi, son personnage s’empiffre bruyamment et longuement de pistaches. Clin d’œil à une habitude qui l’agace lorsqu’il va au cinéma. À savoir, quand «des gars qui mangent des (et non du, sourire) popcorn». «Ça m’énerve! J’ai fait la même chose pour que le public se dise : mais il arrête, avec ses pistaches?!»

Il voulait aussi que ce public ait «l’impression d’être dans une telenovela. Ces feuilletons brésiliens où des choses très, très intenses se passent et que les gens regardent en famille en mangeant, en vaquant à leurs occupations, mais en étant en même temps captivés.»

Lui captive le regard dans ses scènes de fête démentes. Notamment dans une favela. Soit celle de Morro dos Prazeres, où les quatre copines débarquent. Et où l’équipe a réellement tourné grâce à un ami de Patrick Mille, le photoreporter Vincent Rosenblatt. «C’était incroyable! Vincent a travaillé pendant 10 ans dans les baile-funk, ces fêtes interdites qui se passent dans les favelas. J’ai eu la chance d’y assister lors d’un voyage de repérage et j’ai réécrit le script à la suite de ça en me disant : Il FAUT que je le recrée dans mon film.»

Pour rendre hommage à cette tradition particulière, il a tourné aux petites heures, avec des gens et des DJ de la place. «C’était un vrai after, il était 6 h du matin et tout le monde était encore là en pleine débauche, en danse, en folie, en beauté presque effrayante. Il y avait quelque chose de très flippant. Et de magnifique.»

Notons que, côté musique, le cinéaste a fait appel à des artistes comme MC Renan et Delze Tigrona. Sans oublier la chanson, judicieusement intitulée Fim de Festa (End of the Party), de Manuel Cordero. En effet, dans ce périple, on alterne sans arrêt entre l’extase, le bonheur, la surprise et la peur. «À Rio, beaucoup de gens m’ont dit : si tu penses à l’improbable et à l’impossible, eh bien, ici, c’est déjà arrivé. C’est une ville – que j’adore! – où l’impensable existe. En tournant au coin de la rue, on peut tomber amoureux comme se faire assassiner. J’ai voulu constamment donner l’impression que l’irréel, l’absurde se trouvent partout.»

Galère au Brésil
Présenté ce soir à Fantasia
Au Théâtre D.B. Clarke à 21 h 30
En salle le 11 août

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