Collaboration spéciale Khalid

La chanson Location, Khalid l’a écrite pour conquérir le cœur d’une demoiselle. Et pour être nommé roi du bal des finissants. Il n’a pas réussi à faire craquer la fille. Mais il a bel et bien été couronné à sa fête de fin d’année. Et sa popularité a explosé.

«Je n’aurais jamais pu m’imaginer…» Khalid répète la phrase souvent. Pas pu s’imaginer que les chansons qu’il avait mises en ligne sur SoundCloud seraient un jour si écoutées. Pas pu s’imaginer qu’elles le seraient tout court. Pas pu s’imaginer qu’il partirait en tournée. Pas pu s’imaginer qu’il jouerait à Montréal. Pas pu… la liste est longue.

Si beaucoup n’ont pas encore entendu son nom, ça ne saurait tarder. Pour vous donner une idée, son concert mardi dernier avait d’abord été prévu au Théâtre Corona. Rapidement, toutes les places se sont envolées. Puis, il a été déplacé au Métropolis. Toutes envolées encore.

En passant devant la salle en début d’après-midi, on constate que la file s’entortille déjà autour du bâtiment. Tentant d’entrapercevoir un peu de lui.

Mais Khalid est dans les coulisses, où il rayonne dans son t-shirt jaune. Dès qu’il entre dans la pièce, c’est comme s’il connaissait tout le monde qu’il ne connaît pourtant guère. Grand sourire, grand câlin, grand merci.

Quand on lui demande s’il n’est pas un peu fatigué que tant de lumière soit mise sur son âge («seulement 19 ans»), il dit que non, non. Pas fatigué du tout. Simplement que, pour lui, d’âge, la musique n’a pas.

«Je suis content de pouvoir m’exprimer en tant qu’artiste, résume-t-il poliment. J’aimerais garder cette motivation jusqu’à ce que je sois vraiment, vraiment, vraiment vieux. Comme… 30 ans.»

On lui dit qu’on adore la façon dont il a triplé le «vraiment» avant de dire «vieux». Et surtout que ce vieux s’arrête à 30, alors qu’on s’attendait à entendre quelque chose comme «vraiment, vraiment, vraiment» 194 ans. Il se met à rire. Et confie qu’à cette époque si, si, si lointaine, il se voit «dans la grande cour arrière de sa maison, avec quelques chiens». Et, ajoute-t-il, «je ne sais pas, peut-être un enfant?»

Il aimerait aussi «lancer une fondation pour l’enseignement de la musique quelque part». Il précise: probablement à El Paso, au Texas.

Car c’est là que ce fils de parents militaires a réellement trouvé une maison. Là qu’il a déménagé, en direct de New York, pour terminer sa dernière année du secondaire. Là qu’il a composé Saved. Une ballade où il efface tous les souvenirs de celle, de ceux, qu’il a laissés derrière. En espérant un jour recevoir un appel.

Dans son nouvel environnement, il ne connaissait personne. «J’étais très nerveux, je devais faire quelque chose pour changer ma vie. Saved a été cette chose. La première fois que je l’ai interprétée en public, j’avais tellement peur. Maintenant, tout le monde chante chaque mot de concert avec moi.»

Pour l’avoir vu en vrai, ce n’est pas une exagération. Chaque mot, c’est réellement chaque mot. De la quasi-totalité des morceaux de ce qui est devenu son premier album studio, American Teen. Un disque paru en mars dernier sur lequel résonne le RnB aux accents pop de Khalid. Un style où on reconnaît aussi l’influence de tout le temps qu’il a passé au sein d’un chœur. C’est-à-dire longtemps.

«Je crois beaucoup à l’importance de vivre l’instant. Et cet instant que je vis est incroyable, magnifique. La fin de cette période si heureuse pour moi me semble encore loin. Quand ce sera la fin, c’est parce que ça devait l’être. Mais, avec un peu d’espoir, ce ne sera pas de sitôt.» – Khalid

Dans les textes, on reconnaît l’influence de ses expériences. Sur 8TEEN, il remarque par exemple: «Ma voiture sent le pot, ma mère va me tuer.»

Sa mère et sa voiture reviennent d’ailleurs souvent dans la discussion. Car c’est Linda, sa maman, qui lui a donné l’amour de la musique. Soldate, elle chantait dans l’armée. Une des raisons pour lesquelles Khalid aime, lui aussi, tant chanter. Et pour laquelle il a tant bougé au cours des années. Allemagne, Kentucky. «Ces déplacements ont assurément formé la personne que je suis. J’ai rencontré tant de jeunes avec des personnalités différentes. J’ai des amis partout. Ils sont une grande part de moi.»

Revenant au deuxième élément-clé, la voiture, c’est justement pour «que ses copains et lui aient quelque chose à écouter sur la route» qu’il s’est mis à écrire de plus en plus de morceaux. Et c’est aussi dans ledit véhicule qu’il écoutait lesdits morceaux après ses séances en studio pour tester leur efficacité. «Si j’avais envie de les entendre plusieurs fois, et appuyer sur répéter, repeat, ça voulait dire que je les aimais vraiment.»

Parmi celles-ci, sa «chanson pour une génération», Young Dumb & Broke. Un portrait de sa jeunesse, précise-t-il. Et, surtout, encore, de ses amis. Un portrait, aussi, dans lequel il revendique le droit d’être toutes les choses nommées dans le titre. «J’ai l’impression qu’on généralise beaucoup à propos des ados, explique-t-il. On leur colle des étiquettes. Cette pièce, c’était ma façon de l’assumer. De dire oui, je suis jeune, con et cassé. Mais j’ai tant de pensées positives à partager. Tant d’amour à donner à tant de gens.»

Dernièrement, c’est Kendrick Lamar qui a permis à tant de gens d’entendre ce dont Khalid est capable. C’était en mars, sur The Heart Part 4. Une pièce où le rappeur de Compton a apposé ses mots sur la voix douce du chanteur d’El Paso. «Je n’aurais jamais pu imaginer, remarque-t-il de nouveau, que ça arriverait un jour. C’est fou! Kendrick est quelqu’un que j’ai toujours admiré, que j’admire. C’est un créateur extraordinaire. En plus, sa nièce aime ma musique aussi. C’est cool.»

Parlant de cool, une des choses qui ont le plus motivé Khalid à se lancer dans son art à fond, c’est quand le jeune le plus populaire de son école a clamé que Saved était poche. Il n’a eu qu’une envie: lui montrer à quel point il avait tort. «Si j’ai quelque chose à dire à ce garçon? demande-t-il sans rancune aucune. Simplement que j’espère qu’il profite de sa vie. Parce que je profite assurément de la mienne.»

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