Entract Films Jenny Slate, la «grande sœur», et sa petite sœur à l’écran, Abby Quinn.

Landline, comme dans «ligne de téléphone fixe». Comme dans un des accessoires de choix des pourtant pas si lointaines années 1990. Comme le titre de la comédie dramatique portée et produite
par Jenny Slate.

Une famille qui implose. Des parents exaspérés qui se sont tellement éloignés l’un de l’autre qu’ils sont presque devenus étrangers. Deux sœurs qui vivent chacune une grande transformation. La cadette qui se rebelle de façon somme toute classique mais qui est secouée par un grand choc lorsqu’elle découvre que son père est peut-être infidèle. Et l’aînée sur le point de se marier qui n’est plus si sûre que ce soit une bonne idée.

C’est Jenny Slate qui incarne cette dernière avec beaucoup de naturel, de charisme et de caractère. Vous avez peut-être déjà vu l’actrice et humoriste de 35 ans alors qu’elle faisait partie de la distribution de Saturday Night Live. Son aventure, qui a débuté en 2009, n’a toutefois duré qu’une année. Sa gaffe? Avoir dit fuck en direct lors d’une impro avec Kristen Wiig. Sa toute première journée, en fait. LA gaffe à ne pas faire sur ce plateau.

La femme qu’elle incarne dans Landline a elle aussi fait une erreur qu’elle regrette amèrement. Une erreur qu’elle a tellement sur le cœur qu’elle s’en confesse à son fiancé. «Mais juste parce que j’ai fait un truc poche, ça ne veut pas dire que je ne fais que des trucs poches», lui lance-t-elle, au bord des larmes. Serait-ce la réplique qui résume le mieux ce film? Au bout du fil, la très loquace Jenny Slate approuve. «C’est vrai. Je trouve que nous sommes souvent définis non pas par nos réalisations ou par nos bonnes actions mais par nos bévues. Je pense que cette réplique est très importante puisque ce que mon personnage dit, en somme, c’est ceci: “Oui, ce que j’ai fait est horrible. Et je n’aime pas ça. Et je ne suis pas à l’aise. Et je ne veux plus jamais le refaire. Mais j’essaie d’avancer. Et j’ai encore le droit d’être connue pour ce que je suis. Et d’être aimée.”»

Ce qui est intéressant, c’est que Jenny Slate elle-même ne trouve pas cette fille qu’elle incarne si aimable. Et c’est ce qui la rend si attachante. «Elle n’est pas forcément des plus agréables et des plus sympathiques! s’exclame-t-elle. J’étais donc très attentive à faire en sorte que le public puisse s’identifier à elle. C’est mon travail, en tant que femme la personnifiant, de lui permettre entièrement d’être une personne qui ressent de la joie, du plaisir.»

«Plein de gens font des gestes peu raisonnables. Ils s’en veulent beaucoup. Et ils seront incapables de se sortir de la noirceur s’ils ne font pas l’expérience de petits moments de lumière. Je trouve que, très souvent, nous ne permettons pas ces petits moments à ceux qui ont contrevenu aux normes sociales, surtout aux femmes. C’est ainsi que nous restons tous coincés dans un cycle rétrograde. J’estime que nous pouvons faire mieux.» –Jenny Slate, actrice et productrice

Réalisé par la Brooklynoise Gillian Robespierre, Landline compte tous les ingrédients du film indépendant. La réalisatrice-scénariste et l’actrice-productrice avaient d’ailleurs déjà fait équipe, en 2014, dans Obvious Child, présenté en première, comme celui-ci, au festival de Sundance.

Le long métrage comporte ainsi des moments intimistes, des instants rigolos, des passages où les personnages mettent les pieds dans les plats, des dialogues à cœur ouvert. Parmi ceux-ci, notons l’échange qu’a Jenny avec le père, incarné par John Turturro. Un homme insatisfait de sa vie, qui ne sait que faire pour la rendre plus supportable à ses yeux. Elle lui confie d’ailleurs qu’elle n’est pas sûre de vouloir se marier. Pas convaincue que le destin qu’elle a choisi soit celui qu’elle veut vraiment. Pas convaincue qu’elle ait même le droit de remettre tout ça en doute. Ce à quoi il lui répond, laconique: «Il se peut que tu n’obtiennes jamais la réponse à cette question.»

Un contraste que l’actrice a jugé des plus parlants. «Cette discussion met en lumière la différence entre leurs expériences. Je pense que tout ce qu’elle veut, c’est la liberté de pouvoir poser des questions, tandis que son père a attendu toute son existence pour obtenir une réponse. Et il n’en a rien été. Il porte en lui un grand vide.»

Porté par des succès des années 1990, teinté de l’esthétique de l’époque, ayant pour décor New York et reposant sur des dialogues qui font sourire, Landline aborde aussi la question de la fidélité, des fantasmes. Jenny, véritable moulin à parole, développe volontiers sur ce thème : «Parfois, nous avons des fantasmes, et ça va. Ça ne veut pas dire qu’il y a quelque chose qui cloche avec notre partenaire. Ça veut dire que nous sommes ouverts à être touchés et qu’il y a des parts de nous qui peuvent être explorées de l’intérieur, sans forcément être mises à jour et tout anéantir sur leur passage.»

Quant au sujet de son passage sur le plateau, elle dit avoir adoré jouer dans un film à la fois «drôle et doux». Et avoir ressenti une grande affection pour son personnage, même si cette fille très émotive qui doute, qui se trompe, qui trompe, qui hésite, qui assume, qui ne sait pas, ne lui ressemble pas. «Je l’aime beaucoup. Parce qu’elle n’est pas comme moi. J’ai grandi dans les années 1990, mais je n’étais pas encore une femme à cette époque; j’étais une ado. J’ai été chanceuse d’avoir des parents féministes et artistes. Elle n’a pas grandi dans le même environnement. Et je ressens de l’empathie pour elle, je me sens responsable. Je ne voulais
surtout pas qu’on la juge 
uniquement pour son erreur.»

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