«La résistance vient avec une dimension poétique.» Avec Combat au bout de la nuit, Sylvain L’Espérance propose un film fait de ce mélange, portrait d’une durée de 4h45 de la Grèce, de militants, de travailleurs, de migrants qui vivent la crise au quotidien.

Deux ans, six voyages, des heures d’images. La dernière œuvre de Sylvain L’Espérance en est une qui prend le temps.

Le temps d’observer, le temps d’écouter, le temps de s’immerger.

Ayant commencé à tourner en 2014, le cinéaste québécois a suivi ses protagonistes de près, leur laissant la chance de s’exprimer et de partager leurs idées, leurs déceptions, leurs désillusions, leurs espoirs.

Comme cet Afghan qui, autrefois, chez lui, jouait dans l’équipe junior de soccer. Et ce réfugié syrien qui chante puis dit sa peur de sortir, par crainte de représailles. Puis ces femmes de ménage qui militent pour qu’on leur rende leur travail, qui tiennent tête lorsqu’elles se font rentrer dedans par les forces de l’ordre. Sans oublier ce marin et père de famille sans abri, qui cache à ses enfants sa situation. Et ce jeune homme du Niger qui marche dans les rues d’Athènes avec son caddie et qui raconte son parcours, pays après pays après pays : Burkina Faso, Nigeria, Mali, Bénin. «Maintenant, la guerre a tout mélangé en Afrique.» Et la réalité qu’il rencontre en Grèce. «C’est dur. Même plus dur que les cailloux, ici.»

C’est le propre du cinéma documentaire d’être attentif au réel, plutôt que d’essayer d’imposer une analyse et de venir chercher dans le réel ce qui confirme cette analyse. – Sylvain L’Espérance

Malgré toute la noirceur, Combat au bout de la nuit comporte des parcelles de lumière. Dès le départ, était-ce le but recherché? «C’était une intuition, en fait. L’intuition selon laquelle, dans le chaos que nos sociétés connaissent aujourd’hui, émergent des alternatives, de nouvelles formes de pensée.»

Le réalisateur et monteur nomme à ce sujet la façon «dont les Grecs ont réussi, par un réseau de solidarité, à implanter une alternative au système de santé de l’État». «Puisque l’État ne fait plus son travail, ils se sont pris en main.»

Ce désir de ne pas attendre, d’agir, traverse d’ailleurs le documentaire. On le voit par exemple dans cette scène où des travailleurs du port sont rassemblés autour d’une table. «Ça fait 40 ans que je bosse et je peux vous dire une chose, lance l’un d’eux : on n’a rien obtenu d’un gouvernement sans s’être battu jusqu’au sang. On n’obtient rien en restant assis sur son canapé.» Il y a aussi cette femme de ménage qui s’exclame : «Il faut que les gens prennent les choses en main. Leurs vies. Qu’ils n’attendent rien du gouvernement.»

«Cette idée de tout reprendre à zéro, de repenser la politique autrement, c’est pour moi une source d’espoir, fait remarquer le réalisateur. Il faut maintenant être attentif à ce qui naîtra de cette pensée, être patients.»

Lui n’a pas précipité les choses pour ce long métrage, étant encore plus «ouvert à l’inconnu» qu’à l’habitude. «Pour moi, ce qu’on appelle le cinéma du réel, c’est justement ça : on a une intuition au départ, mais elle va nous mener là où on ne sait pas. Le chemin se fait en marchant.»

Celui qui, par le passé, nous a donné Un fleuve humain et Intérieurs du Delta convie les autres à le faire avec lui, ce chemin. «Il y a des gens qui s’enferment des fins de semaine complètes pour regarder des téléséries. Il faudrait voir mon film de la même manière : comme une minisérie qu’on peut regarder d’une seule lancée. C’est le défi que je lance à tous les spectateurs, mais c’est aussi une invitation.»

Ceux qui acceptent l’invitation en sortent, dit-il, «transformés, bouleversés, heureux d’avoir vécu cette période de l’histoire récente de la Grèce».

Parmi les événements ayant marqué cette histoire dont il est question à l’écran : l’élection du parti de gauche radicale Syriza d’Alexis Tsipras le 25 janvier 2015. L’assassinat, le 18 septembre 2013, du rappeur antifasciste Pávlos Fýssas, alias Killah P. Tué par un militant du parti néonazi Aube dorée alors «qu’il n’avait pour résister que ses idées et ses idéaux».

Toutes des scènes traversées par les «chants de résistance» des protagonistes. Des chants qui se sont fait entendre à travers le monde depuis la première mondiale du film aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal. En effet, Combat au bout de la nuit a été projeté à la Berlinale et au festival Nowe Horyzonty de Wroclaw, en Pologne. À l’automne, il se rendra à la Mostra de São Paulo, de même qu’en Croatie. «La Grèce continue d’être un laboratoire pour les politiques néolibérales, les politiques d’austérité, remarque le réalisateur. Ce que j’ai montré est encore tout à fait d’actualité.»

Projection
Dans le cadre des projection RIDM en plein air présentées par Cinéma sous les étoiles:

  • Partie 1 – mercredi soir à 20h
  • Partie 2 – le 23 août à 20h

Au parc Laurier, en présence du cinéaste

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