Collaboration spéciale Pour la deuxième année consécutive, le FMC a réuni des parlementaires ainsi que des créateurs, des producteurs, des scénaristes, des acteurs, des réalisateurs et des acteurs de plusieurs productions qu’il soutient dans le cadre d’une soirée «Vitrine».

L’excellence et la spécificité des productions d’ici étaient célébrées hier soir sur la colline du Parlement dans le cadre d’une vitrine organisée par le Fonds des médias du Canada.

Les pays d’en haut, Mohawk Girls, L’imposteur, Orphan Black… Pour une deuxième année consécutive, le Fonds des médias du Canada (FMC), société à but non lucratif qui consacre annuellement 349,7 M$ au soutien de l’industrie télévisuelle et des médias numériques au pays, a salué plusieurs productions originales encensées. Dans l’antre de l’antre de l’édifice Sir-John-A.-Macdonald, à Ottawa, des acteurs, des producteurs, des scénaristes s’étaient réunis pour discuter télé.

Parmi eux, Marc-André Grondin, acteur et producteur associé de L’imposteur, diffusée à TVA. «Sans Fonds des médias du Canada, il n’y a pas de télévision. Et sans notre télévision, on perd notre culture. Au Québec, on a l’avantage d’avoir un écosystème intéressant, notre propre star-système, nos productions à nous. C’est beau, mais ça ne tient pas à grand-chose.»

Sa comparse de jeu, Sophie Desmarais, a abondé dans le même sens. «Je trouve ça important de venir ici défendre notre culture, d’en parler, de la revendiquer. Cette culture, elle peut s’effriter rapidement si on n’en prend pas soin.»

Tout comme Sébastien Ricard, acteur venu avec l’équipe de la série Olivier, présentée sur les ondes de ICI Radio-Canada: «Il est important de signifier notre volonté de voir le Fonds des médias du Canada continuer à exister. Déjà, au Québec, on fait des miracles avec pas grand-chose. Ce n’est pas comme si on était en train de demander de soutenir une forme d’art agonisante depuis toujours, qui n’a jamais levé!»

Comme tous les acteurs sur place, Marie-Ève Beaulieu, la «méchante» avocate galeriste des délirants Faits divers, a dit sa joie d’être présente. «Il y a plein de créations merveilleuses qui ne demandent qu’à être encouragées, de risques qui méritent d’être pris! Des comédiens qu’on voit moins, un ton qu’on n’est pas habitués d’entendre. Plongeons! Mais pour ça, nous avons besoin de soutien.»

Parlant de soutien, Sean Casey, secrétaire parlementaire de la ministre du Patrimoine canadien, a rappelé celui du gouvernement fédéral au FMC qui s’élève à 134M$ par année.

«Le success story du Canada, ç’a toujours été le marché télévisuel québécois. Vous avez des créateurs fantastiques, des producteurs merveilleux et un public qui répond d’une façon que jalouse le Canada anglais!» –Valerie Creighton, présidente 
et chef de direction du FMC

Accord avec Netflix
Pendant son discours, durant lequel il a notamment mentionné le Emmy reçu par Tatiana Maslany et évoqué la «grande journée qu’a eue et qu’aura Mélanie Joly», Radio-Canada a annoncé en exclusivité que, source de grands débats, le fédéral en était arrivé à un accord avec Netflix. Et que le géant de la webdiffusion ne serait finalement pas taxé. Mais qu’il accorderait 500 M$ sur cinq ans à la production de contenu canadien. Les réactions à l’annonce dans l’assemblée ont été partagées. Notamment, parce que les détails ne seront dévoilés qu’aujourd’hui, plusieurs hésitaient. Excellente nouvelle? Pas tant?

Valerie Creighton, présidente et chef de direction du FMC (qui, pour la petite histoire, adore 19-2 de Podz) nous a confié que, selon elle, cet accord représente «une belle occasion pour les créateurs de contenu canadien». «Nous savons qu’il y a des problèmes avec le système réglementé non réglementé, taxé non taxé. Mais il s’agit d’un des plus grands distributeurs du monde. Pour nos producteurs, pour nos créateurs, ce n’est pas négligeable.»

La présidente a ajouté que le FMC a eu beaucoup de discussions et de rencontres avec Netflix, notamment durant le dernier Festival international du film de Toronto, mais qu’ils n’en étaient pas venus à un arrangement formel. «C’est un peu tôt pour ça.»

En effet, tout ça est très nouveau. Et les créateurs ne savent pas toujours sur quel pied danser. Josélito Michaud, qui a assisté à l’événement en tant que producteur de la série Olivier, a dit que certes, ces 500 M$ sur cinq ans pour du contenu canadien, c’est «extraordinaire». Mais. «Je suis un ardent défenseur de Radio-Canada, de TVA, de tou.tv, de club illico, tout ça. Il ne faut pas perdre nos diffuseurs au profit des autres!» Et il le croit, a-t-il ajouté, même s’il est «un consommateur de Netflix».

Consommateur de Netflix comme l’est Bernard Dansereau, qui a coscénarisé L’imposteur avec sa complice de toujours, Annie Piérard. L’accord de 500 M$ sur cinq ans, sans toutefois que le monstre de la webdiffusion soit taxé, il en pense quoi? Eh bien, il reste prudent. «Je pense que personne n’est fermé à l’idée qu’il y ait une certaine innovation dans les manières dont les gens contribuent. Netflix, comme les autres joueurs, doit contribuer. Ne peut pas juste jouer les pique-assiettes. Si la ministre a trouvé une méthode originale, je n’ai rien contre, mais je n’ai pas vu le détail.»

Marc-André Grondin est du même avis que son collègue. «Ça me semble être quelque chose de positif pour le Canada. Je ne suis pas au courant des chiffres de Netflix (de toute façon, ses gestionnaires gardent ça assez secret!), mais si cette entreprise veut investir autant d’argent… c’est qu’il doit y avoir beaucoup d’abonnés au Canada! Plus que je le pensais. J’ai hâte de connaître plus de détails.»

Sébastien Ricard, lui, est plus tranché. «De mon point de vue de citoyen, ça ne passe pas. Sérieusement.» Et de son point de vue de créateur? «Hmm… En fait, mon point de vue de créateur est le même. On nous dit que c’est de la saine compétition, mais ce n’est pas vrai. On se retrouve devant des téléséries qui ont un budget de 10M$ par épisode. Fatalement, on nous compare. Et on exige des productions québécoises, avec notre marché, avec nos moyens, un rendement semblable. À terme, c’est humiliant.»

Et si Netflix le choisissait, lui, et lui donnait, tiens Sébastien, 20 de ces 500 M$ pour un projet, il ferait quoi? Sourire. Exclamation. «Sacrifice…! Hmm… Bon. Prenons le groupe auquel j’appartiens, Loco Locass. Nous nous sommes toujours dit que d’abord et avant tout on voulait s’adresser aux Québécois et aux Québécoises. Je ne dis pas que Netflix ne le fait pas. Mais personnellement, dans ce que je fais, la dimension politique et sociale a vraiment de l’importance. Donc… j’aurais un certain malaise. Je ne voudrais pas, pour me réaliser individuellement, tourner le dos à ma collectivité.»

Et… est-il abonné à Netflix? «Oui! s’esclaffe-t-il. Vous me direz que c’est absurde. Mais je le suis parce que c’est drôlement bon, quand même! J’ai vu des choses là que je ne vois nulle part ailleurs. Par exemple, des documentaires sur la guerre civile américaine de Ken Burns. Ce monsieur, c’est un trésor de l’humanité! Donc oui, je suis abonné, mais je ne m’en demande pas moins pourquoi il n’y aurait pas un retour d’ascenseur.»

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