Steven Yates / Métro Denis Villeneuve.

Pour les hordes de fidèles qui attendaient cette suite, l’attente est presque terminée. Le Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve sera présenté le 3 octobre à Los Angeles, et le lendemain à Montréal, en ouverture du FNC. Un événement, qui a «participé directement à sa cinéphilie», pour lequel le réalisateur québécois a une grande affection. «Un festival curieux, singulier, qui prend des risques.» Comme lui-même en a pris en s’attaquant à l’un des films les plus cultes de tous les temps.

En 2013, Denis Villeneuve a sorti Enemy. Et Prisonners. Coup sur coup. En 2015, c’était au tour de Sicario. En 2016, Arrival (on n’écrira pas «est arrivé»). Comme si la série n’était pas encore assez étoilée, en 2017, là, paraît Blade Runner 2049.

Au risque de faire état d’une totale évidence : quand même. Quel parcours in-cro-ya-ble. Lui qui a grandi en tant qu’amoureux de science-fiction, qui rêvait d’en faire, en a mis en scène deux œuvres, dos à dos. Toutes deux montées par Joe Walker, qui avait aussi monté Sicario. D’ailleurs, que les fidèles de l’original n’aient crainte. Ce montage final est le seul et le dernier. Contrairement au Blade Runner réalisé par Ridley Scott et sorti sur les écrans en 1982, il n’y aura pas plusieurs versions. Il s’agit, ici, du «director’s cut».

Et les premières critiques de ce «cut» baignent toutes dans les mêmes eaux : chef- d’œuvre, meilleur que l’original, hallucinant.

À l’horaire du réalisateur québécois, il y a déjà l’adaptation de Dune. Les rumeurs veulent aussi qu’il soit pressenti pour un biopic sur Cléopâtre. Daniel Craig a déclaré que ça lui plairait bien s’il réalisait le futur James Bond. Mais avant, Blade Runner.

Quand on demande s’il se souvient du moment précis où il a appris qu’il allait réaliser cette suite, le cinéaste de 49 ans sourit avec, toujours, humilité. «C’est-à-dire que c’était à moi de décider si je disais oui ou non. J’avais adoré le scénario, mais il y avait des choses dedans que… En fait, je suis arrivé avec des conditions. C’est un peu absurde, je sais, mais en m’embarquant dans ce projet, je ne pouvais pas faire de concessions. J’allais tout risquer. Et tant qu’à tout risquer, je voulais y aller à fond la caisse.» Allons-y.

Avec ce film, vous posez la question «Qu’est-ce qui définit un être humain?» Est-ce une question qui vous hante depuis que vous avez vu, encore tout jeune, le premier Blade Runner?
C’est-à-dire que la question d’une grande profondeur posée par le premier film, à savoir ce qui définit les limites d’un être humain et notre rapport à la technologie, je la trouve d’autant plus pertinente aujourd’hui. Notre rapport à la technologie a tellement évolué depuis le premier film. Refaire un Blade Runner en 2017, ça a une signification particulière.

Votre film aborde aussi la question des souvenirs. Les vrais, comme les faux. Beaucoup de gens disent n’avoir aucun souvenir de leur enfance, ou simplement avoir de la difficulté à se souvenir des événements de leur vie. Est-ce un thème qui vous fascine?
La fragilité de la mémoire me touche beaucoup, oui. Intimement. C’est une faiblesse que j’ai. J’ai une mauvaise mémoire. Ça me fait sentir très vulnérable. J’ai besoin de supports, de photographies, de films et d’écrits pour me souvenir plus précisément. Pas nécessairement des trucs intimes, mais de connaissances. Je suis peut-être un répliquant…! (Rires)

Vous avez vous-même déclaré que faire une suite de Blade Runner était une terrible idée. Est-ce que vous avez aimé vous donner tort?
Je continue à me demander si c’était une bonne idée! (Rires) Mais le scénario qui a été élaboré par Ridley Scott et Hampton Fancher, avec l’aide de Michael Green, est vraiment impressionnant. Ils ont fait leurs devoirs. C’est ce qui m’a convaincu de m’embarquer.

Question «people» : quand on arrive devant une telle équipe d’acteurs (Harrison Ford, Robin Wright, Ryan Gosling, Jared Leto…), est-ce qu’on est, ne serait-ce qu’un instant, un tout petit peu «starstruck», comme on dit?
Sincèrement, je ne suis pas quelqu’un d’intimidé par les acteurs. Mais c’est vrai qu’il y a fallu que je fasse un certain travail sur moi-même pour accepter l’idée que j’allais diriger Harrison Ford! C’était vraiment un héros de mon enfance, qui a habité mon imaginaire. Je veux dire, il était sur un poster dans ma chambre! (Rires) Mais dès le départ, il s’est montré très généreux. Il a brisé la glace. Je lui en suis reconnaissant, d’ailleurs.

Au moment de la sortie de Enemy, comme de celles de Polytechnique et d’Incendies, vous disiez faire du cinéma, entre autres, pour affronter vos peurs. Était-ce encore le cas cette fois-ci? Les peurs étaient-elles d’une autre nature?
… (pause)… Ce sont des peurs bien profondes dans ce cas-ci… Il y a une partie du travail de cinéaste qui, pour moi, est très égoïste. C’est-à-dire qu’on se donne le luxe d’explorer ses parts d’ombre pour être capable de raconter une certaine histoire. Qui, on l’espère, aura une portée universelle. Qui va parler, intimement, à d’autres. Pour le meilleur ou pour le pire. Et c’est encore le même processus qui m’anime.

«On a eu – et je ne dis pas ça pour flatter mon ego – des invitations de festivals un peu partout. Mais je me suis battu pour présenter le film au FNC. C’est un festival d’avant-garde. C’est un honneur d’y être.» Denis Villeneuve, ravi que Blade Runner 2049 soit présenté en ouverture du 46e FNC.

Beaucoup de fans avaient peur qu’il y ait plusieurs versions de Blade Runner 2049. Mais cette version, c’est la dernière. Et la seule. Vous avez eu à vous battre pour que ce soit le cas?
Non. Je n’ai pas eu à négocier avec des studios qui m’ont castré ou qui m’ont obligé à faire des choses. Le film qui est là, c’est la version intégrale de ce que j’ai voulu faire. Si vous n’aimez pas ça, eh bien… il n’y en aura pas d’autre! (Rires)

Dans les premiers instants, en apprenant que Rick Deckard (Harrison Ford) a pris sa retraite, l’agent spécial joué par Ryan Gosling demande: «Qu’est-il arrivé?» La réponse : «Il a probablement eu ce qu’il voulait. Être seul.» Ce désir de solitude, d’évasion, de disparition, vous le comprenez?
J’apprécie votre question parce qu’elle ne donne pas trop de spoilers. (Sourire) Oui. C’est un espace que je peux très bien comprendre. J’ai besoin de solitude. Honnêtement. Mon métier m’amène à travailler avec des dizaines, des centaines, des milliers de personnes. J’adore le travail d’équipe, je suis bien en équipe. Les grands moments de bonheur, pour moi, sont liés à la famille. Mais j’ai besoin de silence aussi. Et c’est dans cet espace méditatif, où je peux rêver, que les films naissent.

Vous mentionnez le risque de spoilers, de «divulgâcheurs». Est-ce une chose qui vous fait peur? Que les premiers spectateurs en dévoilent trop?
Je vais répondre en donnant pour exemple Incendies. Qui est un film dont la résolution créerait un choc. Si j’avais vu la pièce de théâtre de Wajdi Mouawad et si j’avais su la fin à l’avance, j’aurais été très déçu. Je pense que c’est la même chose avec mon nouveau film. Il a son lot de surprises. Aujourd’hui, à cause de l’internet, il y a une course à «qui va révéler le plus de choses possible en premier». Je trouve ça triste. Ça enlève tout le plaisir aux spectateurs. Je recommande d’ailleurs aux gens d’en lire le moins possible sur mon film avant d’aller le voir!

(Note aux lecteurs : Afin que vous puissiez suivre la consigne de Denis Villeneuve, on termine rapidement avec une question d’ordre général.)

Une de vos entrevues qui nous a le plus marquée, c’est celle où vous racontiez que, pendant la promotion d’Incendies, au Japon, vous avez soudain réalisé que vous veniez de répondre à la même question pour la 275 000e fois. Vous avez alors été pris, devant le journaliste, d’un fou rire incontrôlable. Avez-vous la même crainte pour ce film?
C’est déjà commencé! (Rires) Le problème avec ce film – et j’ai trouvé ça vraiment pénible –, c’est que j’en fais la promotion depuis un an. J’étais encore en tournage et je commençais déjà à faire des entrevues! Ça ne m’était jamais arrivé. Parler en plein processus de création? J’ai détesté ça. Je n’ai pas trouvé ça sain. J’ai eu, et j’ai encore, l’impression de ressasser des idées recyclées pour éviter le sujet principal (parce qu’on ne pouvait pas parler du film et qu’on ne peut toujours pas le faire). Je trouve en général qu’on parle beaucoup. JE parle beaucoup! Si j’avais la chance d’appuyer sur un bouton pour ne plus jamais faire d’entrevue, je le ferais sans aucune hésitation. Pas parce que je n’aime pas parler à des journalistes, mais parce que je trouve que ce que j’ai de plus intéressant à dire est sur l’écran.

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