Rester ou partir? Être pris de remords ou juste laisser aller? Avec Marion, présenté ce soir au FNC, le réalisateur et acteur français HPG explore ces situations décisives qui font ou défont un couple. 
Même s’il dit ne pas avoir tout compris.

Un homme tente de séduire une jeune femme qui l’envoie promener en riant dans une piscine. Rentré chez lui en vélo, il reçoit son linge et un sceau d’eau sur la tête. Il court après une fille, médite avec elle sur la notion de remords, fait enfin l’amour avec la flamme de sa jeunesse. Retrouve son grand fantasme, guidé sur le chemin par la voix de la femme de sa vie. Puis, il réalise que ce qu’il lui manque, c’est l’insouciance. Et qu’au final, le film dans lequel il joue n’a pas d’histoire.

Lorsqu’on le rencontre, mardi soir, HPG, Hervé-Pierre Gustave de son vrai nom, arrive tout juste de Paris. Le réalisateur et acteur se souvient vaguement que la dernière fois qu’il était à Montréal, c’était en 2014 dans le cadre de Fantasia. Il avait alors présenté le documentaire Il n’y a pas de rapport sexuel, qui racontait sa vie dans l’industrie pornographique. «Je me souviens de beaucoup de choses, je me fous de beaucoup d’autres, résume-t-il. Comme les dates, là où je vais.»

Il ajoute qu’il ne se fout pas, toutefois, des «flous» de son dernier film, Marion. Un film «traditionnel», comme il dit, qu’il qualifie aussi de «particulier». Et dont il a plus de mal à parler que de Fils de. Dans lequel on voyait ses enfants, sa famille. Un film, enfin, dont il «s’étonne qu’on puisse l’aimer».

C’est vrai? Vous êtes sincère quand vous dites ça?
Ah! Mais je suis tout le temps sincère. Là on parle de cinéma, de faiblesses et d’humain – ce serait bête de ma part de ne pas essayer de l’être. Je ne devrais pas dire que ça m’étonne qu’on puisse aimer mon film, je sais, mais après tout, j’ai 51 ans, c’est moi qui l’ai produit, je fais ce que je veux.

Pourquoi ça vous étonne qu’on l’aime? À cause du propos? À cause du jeu? À cause de…?
Ne me demandez pas de dire ce qui ne va pas avec mon film! Mais ça ne m’était jamais arrivé. En général, je suis plutôt fier de moi. Je suis assez imbu de ma personne. Il ne faut pas me forcer pour que je me lance des compliments. Mais ce film, hmm… j’ai du mal à trouver un rythme qui soit le mien. Je ne comprends pas. Je ne comprends pas.

Vous ne comprenez réellement pas? Cela touche peut-être une corde trop sensible chez vous?
C’est comme quelqu’un qui se voit dans une glace et dont on dit qu’il a des qualités. Mais lui-même n’en est pas sûr. Oui, c’est sûr que ce film a des qualités. Je ne sais juste pas quoi en dire.

Le personnage que vous incarnez finit d’ailleurs par avouer qu’il ne «trouve pas l’histoire» de ce film. C’est donc un reflet de la réalité?
Ça m’amusait de revendiquer le fait qu’un film ne soit pas forcément une histoire. L’histoire ne m’intéresse pas. Si on analyse trop, on devient moins sincère. Il faut se contenter de faire. Et surtout, ne pas se censurer après. Sinon, il y aurait dans mon travail une forme de prétention. Vous voyez? Au détour d’une phrase, je m’en fais, des compliments! Le mec est tellement détaché, dalaï-lama, qu’il accepte que tout lui échappe.

Dès le départ, votre protagoniste lance: «On ne peut plus faire l’amour sans “cérébraliser”.»
Je vous donne l’impression de ne pas “cérébraliser”? Ce n’est pas un compliment que vous me faites…

Non, mais comme votre personnage, vous venez de dire qu’il ne faut pas trop analyser…
Ah si, mais… oui. Il faut analyser. En fait, quand on n’arrête pas sa pensée, on en vient à ne plus en avoir. On n’a pas de propos à arrêter. Mon but, c’est de faire réfléchir les autres.

Avec ce film, vous abordez la question des remords…
Des romances?

Des remords.
Les remords, j’en ai beaucoup. Comme plein de gens. C’est plus amusant de se concentrer sur les remords que sur une bande de fayots tous contents d’être ensemble et se trouvant plein de qualités.

Vous parlez aussi dans Marion du premier amour que l’on retrouve 20 ans plus tard. Le fantasme ultime?
Cette partie du scénario est vraie. Elle s’appelait Nathalie. Et quand je lui ai donné rendez-vous, bien des années plus tard, comme je suis un lâche, je me suis caché à la gare Saint-Lazare, à Paris. Je l’ai vue. Ce qu’elle était devenue ne m’a pas plu. Donc je me suis enfui. Et voilà.

Avec ce film, vous avez voulu donner la chance à cette rencontre d’avoir lieu?
Mais ce n’est pas la vraie Nathalie dans le film.

On imagine, oui.
Ça aurait pu, parce qu’avec moi, on ne sait jamais! Des fois, franchement, les gens s’y perdent, et c’est ce qui m’amuse. Mais oui, c’est vrai, je lui ai donné rendez-vous et je me suis enfui comme un lâche. Mais dans la réalité… en fait, elle était venue avec un mec. Et je ne m’attendais pas à ça. J’étais tellement déçu. Et puis, je suis timide. Enfin… j’ai une certaine forme de timidité qui apparaît à un certain moment.

«J’ai beaucoup délégué le montage. Si je m’en étais occupé, j’aurais retiré toutes les scènes où je n’ai pas d’érection. Le film aurait duré deux minutes.» –HPG

Devant la caméra, vous l’êtes, timide?
En fait… dans certains films, j’essaie de mettre gentiment en avant certaines faiblesses. Parce que quelqu’un de fort les montre. Celui qui doit afficher sa virilité ou sa force musculaire ou son intelligence pour prouver quoi que ce soit, ce n’est pas intéressant. Il vaut mieux avoir la délicatesse de montrer le contraire, et comprenne qui pourra.

C’est pour cette raison que votre film s’ouvre sur une scène où vous – enfin votre personnage – ne bandez pas?
Ah! oui, oui! (Rires) Vous n’êtes pas sans savoir que je fais beaucoup de films pornos…

On sait, oui.
Je suis très bon dans mon domaine. Donc, me montrer nu sans érection n’est pas très facile parce que je suis un connard prétentieux. Autant dans mon business porno je travaille sur une certaine forme de rentabilité et de virilité, autant dans mes autres films, c’est le contraire. Mais je suis un mec sûr de moi, donc j’aime bien me dévaloriser.

C’est ça, hein? C’est votre p’tit truc, vous dévaloriser…
Ça me plaît! La chose qui me fascine, au cinéma, c’est qu’ils sont tous contents d’avoir bossé ensemble, c’était bien, c’était magistral. Je n’y crois pas. La vie, ce n’est pas le cinéma. J’adore le cinéma, mais c’est un sport de riches marrant. Moi qui suis père de deux enfants, j’ai peu d’autres fascinations. Mes enfants me fascinent. Le reste m’échappe.

Et pour Marion, qu’espérez-vous?
Je ne sais pas. Rien. Pour ne pas être déçu, il ne faut pas espérer.

Jamais? Nulle part?
Je parle pour le cinéma. Ce film, je ne sais pas quoi en dire. Je vais bien finir par trouver quelque chose. Un baratin, un truc qui fait marrer les gens au fil des interviews. Mais là, je ne l’ai pas. Être vague me convient bien. J’aime le film parce que j’ai osé le faire et qu’il est différent. J’aurais pu faire quelque chose de beaucoup plus commercial et de beaucoup plus facile. Mais il est ce qu’il est, et ça me plaît de ne pas le comprendre.

Marion
Présenté au FNC 
dans la section Temps Ø
Ce soir à 17h à la 
Cinémathèque québécoise

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