Montage: Emmanuelle Houle / Photo: Josie Desmarais

Loin du morne quotidien, Stabat Mater et la 7e Symphonie se voient déclinés dans un ballet de félicité et de beauté.

Hommes en noir, filles en pâle. Structures que l’on bouge pour en faire une passerelle, une croix, un tombeau. Chorégraphié par le Roumain Edward Clug, 44 ans, Stabat Mater est une suite de tableaux dont irradie la lumière. Une lumière qui se transpose et explose dans la deuxième partie du programme. Soit la 7e Symphonie de Beethoven, telle qu’elle avait été imaginée par le regretté Allemand Uwe Scholz.

Quand ce dernier créait cette chorégraphie, Ivan Cavallari dansait au Stuttgart Ballet. La compagnie où Constantine Allen et Myriam Simon, désormais premiers solistes des Grands, ont été danseurs étoiles. Comme lui.

Aujourd’hui installé dans son bureau de l’Espace Wilder, avec vue sur la place des Festivals et sol recouvert d’un joli tapis en faux gazon, le nouveau directeur artistique de la compagnie montréalaise souligne que l’été a été «magnifique». «Finalement, je commence à travailler!» lance-t-il avec un grand sourire.

Et il commence sa saison avec un programme double dont le spectateur sort, lui aussi, avec le sourire.

Mais s’il est ravi du doublé Stabat Mater et 7e Symphonie, Ivan Cavallari insiste : sa véritable fierté, c’est l’ensemble de la programmation 2017-2018. Parce que c’est la sienne, ajoute-t-il dans son français impeccable. La première depuis qu’il a officiellement succédé à Gradimir Pankov, qui a occupé ce poste pendant 18 ans.

Mais parlons de «son» premier spectacle d’abord. «Qui arrive avec un message au public montréalais». Un message? «Je ne veux pas faire la morale, précise-t-il. Simplement transmettre une certaine paix, une certaine joie, un moment de bonheur. Parce qu’on en a toujours besoin.»

C’est d’ailleurs ce qui traverse les deux chorégraphies. Ce qui étonne presque aussi. Tant on est habitué de voir, dans toutes les formes d’art, des œuvres où dominent une certaine lourdeur, une certaine grisaille, une certaine tristesse.

En ce sens, particulièrement la 7e Symphonie a des airs de bravade. À contre-courant, on s’y amuse, on s’éclate. Les mouvements sont aussi grands que les sourires, les corps assumés, fiers. Les sauts très hauts, les arabesques d’une immense élégance… Dans les éclairages vibrants conçus par Marc Parent, tout brille aussi fort que les bijoux aux oreilles des ballerines. On en sort revigoré. Heureux.

Même le Stabat Mater, dont Pergolèse a composé la musique en 1736, soit 2 mois avant sa mort à l’âge de 26 ans, est porteur d’espoir. «Oui, on y parle de la douleur de la Vierge. Celle d’avoir perdu son fils, rappelle Ivan Cavallari. Mais on y parle aussi de la résurrection. De la joie.»

«Il n’y a aucune lourdeur dans ce spectacle. Aucune! Au contraire! Il y a de la paix. et de la joie.» – Ivan Cavallari

Les deux chorégraphies, le directeur artistique a voulu les lier «par un pont de spiritualité». Lier, aussi, leur musique, interprétée par l’orchestre des Grands Ballets et élevée par les voix de la soprano Kimy McLaren et de la mezzo-soprano Maude Brunet. «Créer une certaine logique entre Pergolèse et Beethoven.»

Sans oublier qu’il a souhaité mettre en évidence la polyvalence de la compagnie. «Qui danse moderne autant qu’elle danse sur pointes.» Et talons hauts. Ceux que les danseuses enfilent le temps de parader sur la passerelle façon défilé de mode, puis de se prêter à une course effrénée sur scène.

Ayant signé pour cinq années avec les Grands Ballets, M. Cavallari voit, oui grand. L’an dernier, la compagnie avait 35 danseurs. Elle en compte aujourd’hui 42. Lui rêve d’en diriger 50.

En attendant, celui qui a autrefois été (entre autres) danseur étoile et boursier du Bolchoï Ballet à Moscou décrit sa saison à venir comme un «paquet de chocolats qu’on va ouvrir et découvrir». Car si Casse-Noisette est, tradition, au programme, on verra ensuite défiler «création après création».

Parmi elles, la «soirée Stravinski», à l’affiche en mars. Qui sera l’occasion de voir Le sacre du printemps réinventé par Étienne Béchard, du Ballet Béjart de Lausanne. «Pourquoi encore revisiter Le sacre?» se demande lui-même Ivan Cavallari, avant de répondre: «Parce que j’ai découvert un chorégraphe avec une jeunesse, une spontanéité et une envie de chercher et de trouver quelque chose de neuf dans cette musique.»

En mai, le directeur lui-même jouera un père dans Vendetta. Un ballet narratif de la chorégraphe belgo-colombienne Annabelle Lopez Ochoa qui plonge dans le monde de la mafia, période Al Capone. Encore une fois, il prend soin de noter que ce ne sera PAS une pièce sombre. Qu’il y aura aussi «la mode magnifique, les intrigues, l’amour».

Tombant lentement amoureux, quant à lui, de sa nouvelle ville d’adoption, Ivan Cavallari remarque que sa compagnie doit avoir «un lien avec la métropole». Que cette compagnie, qu’il veut faire exceller «dans le classique, le néo-classique et le super avant-garde moderne», doit faire partie de Montréal. Faire voir à ceux qui y vivent «une autre fantaisie, un autre monde». Les amener ailleurs. «Parce que l’art est destiné à montrer la réalité d’une autre façon.» Et (bien sûr) à apporter du bonheur.

Infos
Stabat Mater et la 7e Symphonie de Beethoven
Au Théâtre Maisonneuve jusqu’au 28 octobre

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