Squeeze Studio Animation Ed l’autruche est aussi la vedette de l’application mobile gratuite Cracké Rush, disponible dans l’App Store et Google Play.

La première fois qu’il a débarqué au MIP, à Cannes, avec son collaborateur Patrick Beaulieu, Denis Doré n’avait jamais piloté de série télé, ne connaissait pas les rouages de cet univers, n’avait pas de projet précis en tête. Mais le cofondateur du studio d’animation Squeeze, basé à Québec, avait de l’ambition, de la drive, de la curiosité. (Et, pour la petite histoire, des gougounes, un t-shirt et des shorts 
pour seule tenue.)

Six ans plus tard, Denis est un habitué du MIP (et il porte un beau veston). C’est sa troisième présence au volet «Junior» de l’événement, dans le cadre duquel le contenu destiné aux enfants, aux jeunes, aux familles est à l’honneur.

Cette fois, il est sur la Riviera pour participer au panel Canada Big on Shorts (pas comme dans les shorts susmentionnés, mais comme dans les formats courts). Un format pour lequel la demande est en forte croissance, a rappelé Maurice Boucher, directeur du marketing et de la communication du Fonds de Médias du Canada, qui coprésentait le panel avec Téléfilm Canada. Une demande en hausse notamment en raison du déficit grandissant d’attention des spectateurs. Mais également de l’intérêt pour ces émissions jeunesse de quelques secondes à 
12 minutes qui en disent tellement en si peu de temps.

Durant le panel, Denis Doré a parlé du désir du studio Squeeze, qu’il a cofondé, de marcher, en 3D, dans les pas des classiques à la Looney Tunes. Là où l’humour donne dans le slapstick, où les gags sont physiques. Là où les yeux sont exorbités et où les corps élastiques s’allongent, se déforment et se transforment, tandis que les personnages rigolos se trouvent dans des situations pas possibles.

Comme le papa autruche monoparental super stressé et super protecteur de ses huit bébés œufs. Le héros de la première création originale du studio joliment nommée Cracké.

Cinquante-deux épisodes de une minute chacun, sans dialogues, dans lesquels le père fait tout pour sauver ses bébés de la catastrophe. De «se transformer en zombie» à «causer un tremblement de terre».

Des épisodes qui sont désormais diffusés dans 208 (!) 
pays, comme le souligne 
Chantal Cloutier, directrice des créations originales chez Squeeze. Et ce, par les plus gros joueurs: Cartoon Network, Canal Plus, Nickelodeon…

Ayant travaillé pendant plus d’une décennie à titre de directrice marketing et communications chez Ubisoft, Chantal s’est jointe à la bande de Squeeze il y a deux ans. Quand la jeune femme originaire de la Vieille Capitale est arrivée dans la boîte, la première mouture de Cracké était terminée. Son rôle à partir de ce moment a consisté à «propager la bonne nouvelle, à rencontrer les diffuseurs potentiels, à travailler sur les partenariats».

À ce sujet, rappelle-t-elle, samedi, le studio d’animation québécois a annoncé que Nickelodeon, en Asie du Sud, présenterait Cracké dans 15 nouveaux pays. Récemment, Disney au Japon s’est également engagé à diffuser sur ses ondes les aventures de Ed, le papa autruche.

Sans oublier que, sous peu, l’animal à plumes se retrouvera entouré de nouveaux copains dans Wacky Island. Une nouvelle série composée d’épisodes de sept minutes. Avec des dialogues, cette fois. «Nos personnages auront de vraies conversations!» lance Chantal avant de préciser que le développement du projet est presque terminé, et que Squeeze se lancera sous peu dans la production. Lesdites conversations seront d’abord enregistrées dans une version française et une anglaise. «Puis, on déclinera les dialogues en fonction des pays, pour s’assurer que l’émission puisse voyager autant.» Autant qu’a voyagé Cracké depuis sa naissance. Voyagé, ajoutons-le, extrêmement rapidement.

«Plusieurs nouvelles créations en 3D nous semblent un peu froides. Nous sommes nés avec les Looney Tunes! La folie des gags-surprises, des gestes complètement fous et irréalistes, que le cartoon permet de faire, nous manque. C’est cette sensibilité et cette saveur que nous voulons ramener.» –Denis Doré, cofondateur et directeur du développement des affaires chez Squeeze, aux côtés de Chantal Cloutier, directrice des créations originales et des partenariats

«Petit Pixar à Québec»
Originaire du Lac-Saint-Jean, Denis Doré s’étonne encore de constater à quel point les choses ont déboulé vite vite vite. Quand il a ouvert, en janvier 2012, son studio d’animation spécialisé en 3D avec son collègue Patrick Beaulieu, aujourd’hui directeur créatif, les deux avaient cinq employés à temps plein. Aujourd’hui, ils en comptent 70. Bientôt, ils seront 100.

Mais Denis, qui a été producteur chez Ubisoft de 2005 à 2011, confie que son ami et lui n’ont jamais voulu faire de Squeeze une boîte immense-immense. Ce qu’ils voulaient, néanmoins, dès le début, «Jour 1!», c’est «devenir un petit Pixar à Québec».

Ils ont commencé par signer des bandes-annonces de jeux vidéo, de la pub en 3D, un peu d’animation pour des films, des séries. Il y a trois ans, ils ont décidé de se lancer en télé. Après avoir beaucoup appris de leur première expérience au MIP en 2014. Comme le raconte Denis en riant: «Quelqu’un nous avait dit que, si on voulait faire une émission, c’était à Cannes que ça se passait. Pat et moi, on a fait: “OK! On prend des billets d’avion, on s’en vient! On va voir le monde, on va jaser, on a des idées!” On n’avait même pas de show, on n’avait rien.»

Ils ont vu comment les choses fonctionnent. Ont réalisé que, pour faire un pitch, il faut être drôlement bien préparé. Quelques mois plus tard, ils ont saisi leur chance au Cartoon Connection, à Québec. Et dévoilé ce personnage d’autruche avec de grands yeux qui s’occupe de ses œufs et «pète souvent sa coche». «Pat l’avait dessiné depuis un bon moment, et on le trouvait trippant!»

Ils n’étaient pas les seuls. Au congrès, Ed a généré un gros buzz. «Rapidement, Teletoon (qui présente d’ailleurs l’émission depuis un an) a dit: “On embarque avec vous!” Leur licence de diffusion canadienne nous a permis de chercher une structure financière.»

Et, comme Squeeze avait les droits sur la série partout dans le monde, les deux cofondateurs sont revenus au MIP. Cette fois armés de leur concept, de leurs images, de leur plan. Et le tout a démarré. Super rapidement. Comme le résume Denis: 
«C’est là qu’on a réalisé vraiment: “Hé! On fait de la télé!”»

***

Qu’est-ce que le MIPCOM?

Le MIPCOM, soit le Marché International des Programmes de Communication, est le plus grand marché de la télévision au monde. Fondé en 1985, il se déroule en octobre au Palais des Festivals de Cannes, où se tient également son événement jumeau, le MIPTV, en avril, et le festival de cinéma en mai.

Quelque 13 000 participants s’y retrouvent chaque année pour acheter et vendre des émissions à l’international, participer à des conférences, assister à des projections et négocier avec les nouvelles plateformes. Le MIPCOM, qui se tient jusqu’à jeudi, suit le MIPJunior, qui s’est déroulé ce week-end, et qui est consacré au contenu jeunesse. C’est dans ce cadre que s’est déroulé le panel Canada Big on Shorts, durant lequel les participants ont pu découvrir le superbe travail du studio inuit Taqqut Productions, 
sis à Iqaluit, de la boîte torontoise WestWind 
Pictures et d’Atomic Cartoons. À savoir, le studio vancouvérois à qui on 
doit la coproduction 
canado-australienne Beat Bugs (photo), qui revisite les chansons des Beatles (et fait fureur auprès des tout-petits). Métro est sur place, à Cannes, toute la semaine.

Aussi dans Culture :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!