ICI Radio-Canada Télé Katia Gagnon et Stéphanie Vallet, journalistes à La Presse

L’affaire Harvey Weinstein a vraiment délié les langues et c’est ce qui a rendu possible les dénonciations d’inconduites sexuelles envers Gilbert Rozon et Éric Salvail, s’entendent les auteures des enquêtes publiées cette semaine dans les médias québécois.

«Ç’a vraiment libéré une parole. Les victimes, quand il y en a plusieurs, ça peut avoir un impact», a souligné dimanche sur le plateau de Tout le monde en parle (TLMEP) la journaliste de La Presse Katia Gagnon, qui avait entamé sans succès une enquête sur Éric Salvail il y a trois ans. «J’ai frappé un mur», a-t-elle raconté sur sa recherche de témoignage de l’époque.

«Avant même qu’on diffuse les témoignages, on voyait qu’il y avait un momentum et qu’elles décidaient de se lever ensemble», a révélé Monic Néron, du 98,5 FM, qui a recueilli des témoignages de neuf femmes sur des abus allégués de Gilbert Rozon.

Signe que les sorties publiques ont leur effet, le coanimateur Dany Turcotte a relaté que son ex-conjoint lui avait appris cette semaine avoir reçu des avances de la part d’Éric Salvail sur le plateau d’une émission. «Je l’avais amené avec moi, a-t-il raconté. Rendu à l’écart, Éric Salvail a sorti son pénis et lui a dit: “Tu aimerais ça, l’avoir dans ta bouche.”»

«Les gens ont l’impression qu’on se connaît tous, mais on ne se connaît pas en privé. Ce n’est pas parce que tu partages une profession que tu partages des valeurs. Il y a des gens brillants qui devraient prendre les commandes de Juste pour rire drette-là et faire une cassure radicale avec Gilbert Rozon.» – François Morency, humoriste

Le psychiatre Gilles Chamberland, également présent sur le plateau, a assuré que l’effet d’entraînement est grand, car il «déculpabilise» les victimes. «Les victimes vont se sentir sales de ce qui est arrivé, honteuses. Plus on est jeune, plus on se sent coupable. On veut l’enfouir pour ne pas s’en souvenir. Plus il y a de gens qui en parlent, plus on se déculpabilise et ça devient plus facile d’en parler», a-t-il soutenu, ajoutant que reparler de son agression, c’est aussi la revivre, ce qui fait que plusieurs personnes hésitent à dénoncer.

Les journalistes Katia Gagnon et Stéphanie Vallet ont d’ailleurs confirmé avoir recueilli plusieurs témoignages de personnes qui ne souhaitent pas que leur histoire avec Éric Salvail soit diffusée.

M. Chamberland a ajouté que ce qui pousse des gens à aller jusqu’à l’inconduite sexuelle envers autrui n’est pas une maladie, bien que pour l’instant, on travaille surtout avec des hypothèses. «Ce sont des gens qui ont confiance en eux au point d’être narcissiques. Ils n’ont pas souvent d’empathie pour les victimes, car ils pensent qu’ils sont tellement importants que c’est normal que les gens veuillent satisfaire leurs intérêts», a-t-il expliqué. Mais selon lui, leur comportement est encouragé par la tolérance des personnes autour d’eux. «Habituellement, ces gens-là vont d’abord cibler quelqu’un qui est plus fragile, a indiqué le psychiatre. Quand ils s’aperçoivent qu’il n’y a pas de conséquences, souvent à cause du lien d’autorité, ils vont pousser plus loin.»

Malgré les visages dévastés qui régnaient sur le plateau, des notes positives ont été soulevées par le panel présent. «Quand je vois une aide d’urgence de 1M$ du gouvernement pour les victimes, un ministre qui veut accélérer l’implantation des cours d’éducation sexuelle, je me dis que peut-être que maintenant, quand on va être témoin [de tels actes], on va dire: “C’est inacceptable”», a soulevé la journaliste du 98,5 FM, Émilie Perreault.

Katia Gagnon a aussi déclaré espérer la diminution des «commentaires de mononcle». Tandis que l’animateur Guy A Lepage a assuré avoir vu des changements de mœurs après seulement quelques jours.

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