Josie Desmarais Raed Hammoud, Marie-Louise Arsenault et Arnaud Granata

Les images de la semaine. Celles qui n’ont pas été montrées. Celles qui, partout, ont été placardées. Celles qu’on n’a pas vues. Celles qu’on a trop vues. Celles qu’on a vues sans vraiment les regarder. Ni les analyser. Dans l’immédiat, dans l’abondance, Dans les médias propose de le faire. D’analyser, donc. De décortiquer, d’observer, de s’interroger sur la signification de ces photos. Sur le choix des personnages mis à la une. Sur les informations rapportées. Et sur celles, ignorées, dissimulées, déformées.

Dans les médias. Dans l’esprit d’Arnaud Granata. C’est là qu’est née l’idée de cette émission hebdomadaire animée par Marie-Louise Arsenault. Et consacrée à ce qui se passe, oui, dans les médias. Le directeur d’Infopresse, qui est aussi une des «bêtes de pub» du Medium large de Catherine Perrin, qui a coécrit le livre Tout ce que les publicitaires ne vous disent pas, propose ici une extension de son travail. Inspiré, en cela, par «l’appétit qu’ont les auditeurs pour la mise en scène des images». Des images préfabriquées qui parlent de politique, de produits, de pop. Par exemple, celles du récent défilé-hommage à Versace. Qui a réuni les plus grandes top models des années 1990. Claudia, Naomi, Cindy, qui n’ont pas l’air d’avoir pris une ride. Des images qui ont servi de moteur à une discussion, sur le plateau, sur la façon dont on présente les femmes qui vieillissent, sur le rêve inatteignable qu’on leur vend.

D’autres images discutées récemment Dans les médias? La décriée une des Inrocks avec Bertrand Cantat. Puis celle du Time, d’il y a quatre ans, avec Oscar Pistorius. Et ce titre qui accompagnait la photo de l’ex-olympien assassin : «Man, Superman, Gunman». Deux unes où le meurtrier éclipsait la victime et se retrouvait sous un jour flatteur.

Le même type de sujet qui, selon Raed Hammoud, pousse souvent les journalistes à utiliser des expressions comme «drame familial», «crime passionnel». Des expressions qui, «juridiquement parlant, ne veulent rien dire». «Des mots mauvais que les médias utilisent. Des formules.»

Comme «La pire tuerie de l’histoire récente des États-Unis», répétée à chacune de ces tragiques manifestations. Et qui entraîne, invariablement, une désensibilisation.

Les images et leur construction, Raed connaît. Depuis quatre ans, il chronique sur ce sujet à Entrée principale. Pour la petite histoire, il a aussi signé le documentaire T’es où, Youssef? et est un collaborateur régulier de Plus on est de fous, plus on lit!. Une excellente émission radiophonique pilotée également par Marie-Louise Arsenault.

Dans les médias, cette dernière propose aux auditeurs de marquer «un temps d’arrêt». De suivre ce que les journalistes n’ont pas forcément suivi. Ces histoires qui étaient mises de l’avant il y a quelques jours, quelques mois, quelques secondes, qu’on dirait soudain tombées dans l’oubli. Pourtant, ces histoires ont eu une suite. Une suite qui n’a pas forcément été racontée.

Par exemple, celle des migrants haïtiens qui a fait grand bruit cet été. «95% sont en train de se faire refuser, refuser, refuser. On n’en parle pas! Dans la tête des gens, ils sont entrés de façon illégale, et ils restent au pays, remarque Raed. Alors qu’ils s’en vont.»

Autre chose qu’on raconte moins et que l’équipe souhaite aborder : la relation à l’image (et à son pouvoir) qu’entretiennent certains acteurs, politiciens, journalistes bien connus du grand public.

Des invités se succèdent ainsi chaque semaine sur le plateau. On pense à Pénélope McQuade amenée à se confier sur son accident de la route, survenu en mai 2009, alors qu’elle animait à Salut, bonjour!. Et qui a complètement changé la perception qu’avaient d’elle les téléspectateurs. «Je suis passée d’une personne qui semblait froide et inaccessible à une femme plus fragile, dont il fallait prendre soin.» Et son aveu : «Je n’aurais pas décroché un show à Radio-Canada sans cet accident.»

«Nous voulions faire plus de l’analyse que de l’opinion. Nous ne voulions pas dire : “J’aime ça, je n’aime pas ça, je trouve ça épouvantable.”» Marie-Louise Arsenault

Parmi les autres invités qui se sont succédé au fil des semaines, on compte Isabelle Maréchal et Patrick Lagacé. Aux deux, Marie-Louise a demandé : «Comment faites-vous pour avoir une opinion sur tout?» «Je ne crois pas que, sciemment, dans la vie, on peut en avoir, tout le temps, et être pertinent, remarque-t-elle. J’avais envie de savoir comment ils font, eux, pour composer avec cette pression d’avoir beaucoup d’opinions?»

Grâce à une collaboration avec Influence Communications, qui offre à l’équipe les données nécessaires pour juger chaque semaine «du poids des médias, des nouvelles, des sujets, des gens», l’animatrice a également pu annoncer à Patrick Lagacé qu’il représente, à lui seul, 20% du rayonnement médiatique de La Presse. («J’ignorais tout de ces données! Vous me l’apprenez. Je pense que je vais demander une augmentation.») A suivi une intéressante discussion avec le chroniqueur autour de la table, à laquelle se trouvaient aussi, comme chaque semaine, l’historien Donald Cuccioletta et la journaliste de L’Actualité Noémi Mercier.

Dans le cadre de l’émission, cette dernière s’applique également à décortiquer ce qui se cache derrière les images pseudo-«spontanées». Elle a ainsi analysé le travail d’Adam Scotti, photographe officiel du premier ministre du Canada. Ou, comme Noémi l’a qualifié, «sa stratégie de communication orchestrée pour influencer notre perception du gouvernement et nous distraire d’aspects moins reluisants de son mandat». Exemples à l’appui : Justin avec des bébés pandas, Justin avec des grands-mamans, Justin qui jogge «par hasard» et se retrouve au milieu d’un bal de finissants.

«S’il y en a un qui a compris qu’on est dans un règne de l’image, c’est bien Justin Trudeau!» lance Marie-Louise Arsenault.

Arnaud Granata ajoute : «Trump aussi. Dans un autre genre de spectre.»

Dans un autre spectre aussi, notons que, durant l’émission où ont été abordées les allégations d’agressions sexuelles visant Éric Salvail, Arnaud a présenté des images qu’on n’avait pas vues ailleurs. Des images apparues si rapidement qu’elles étaient représentatives, selon lui, de l’ampleur de ce secret de polichinelle. À savoir, les messages d’erreur s’affichant à peine quelques heures après la parution de l’enquête de La Presse sur le site d’En mode Salvail et d’Éric et les fantastiques. «404 Error.» «Page not found.»

Cet événement a bouleversé Marie-Louise Arsenault. Celle qui est journaliste depuis désormais 20 ans s’est notamment demandé quelle image cette histoire renvoyait du milieu. «Nous avons eu l’air d’une bande d’hypocrites! Et, à un certain point, avec raison. “Tout le monde le savait, mais tout le monde l’invitait à son émission quand même parce qu’il faisait un bon show.” Je pense que nous avons un examen de conscience à faire. Qui les médias invitent? À qui ils donnent du pouvoir?»

«Les médias peuvent faire ou défaire des gens, ajoute Raed Hammoud. Ils ont un pouvoir. Et il faut qu’ils rendent des comptes.»

Dans les médias
Le jeudi à 21h sur les ondes de Télé-Québec
À visionner en ligne à danslesmedias.telequebec.tv

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