Dans Un monde enclavé, Marcello Di Cintio part à la rencontre de personnes du monde entier qui vivent à l’ombre des murs. Le Canadien est notamment allé aux frontières entre le Mexique et les États-Unis, au Sahara occidental et au Bangladesh pour prendre le pouls de la situation afin d’écrire ce vigoureux ouvrage de plus de plus de 400 pages qui vient enfin d’être traduit en français. La version originale anglaise a été publiée en 2012 et rien n’a vraiment changé depuis.

«C’est même pire, constate le journaliste qui écrit régulièrement pour The Globe and Mail, joint à Calgary. Je pensais naïvement qu’entre le moment où je faisais mes recherches et la publication du livre, des murs allaient tomber. Mais avec Trump et la crise des réfugiés en Europe, il y en a de plus en plus.»

«Les gens finissent par s’habituer à tout :
aux murs, aux injustices. Mais ce n’est pas
une excuse pour baisser les bras et ne rien faire.» –Marcello Di Cintio

Débutant sur des bases historiques et politiques, Un monde enclavé a tôt fait de s’intéresser aux humains qui doivent vivre dans ces conditions, des hommes et des femmes tantôt résignés, tantôt résistants, du quotidien en apparence sans issue en Cisjordanie aux absurdités chroniques à Chypre.

«C’est sûr qu’en tant qu’homme blanc avec un passeport canadien, aucun mur n’a été construit pour moi, et je ne comprendrai jamais totalement ce que ces gens vivent, avoue l’auteur. Mais je voulais leur donner la parole, et leurs histoires convergent amplement.»
Même si les murailles qui séparent l’ici du là-bas existent depuis la nuit des temps, elles demeurent inefficaces. «On fait semblant d’avoir le contrôle alors qu’on l’a perdu, expose Marcello Di Cintio. C’est une illusion de force, de pouvoir. Ça donne un faux sentiment de sécurité aux gens.»

Pourtant, ces barrières de barbelés, de ciment ou de pierres nourrissent la peur et la haine, ravageant psychologiquement les gens. «Une simple clôture fait parfois en sorte qu’un clan, des amis ou une famille se divisent, rappelle l’écrivain. À Belfast, ils n’ont aucune raison de le faire, si ce n’est d’entretenir la violence. Les murs détruisent des couples, des enfances, l’économie, et ça me sidère qu’une simple structure le fasse aussi rapidement et aussi complètement.»

Même ici

Les murs qui séparent les êtres ne se trouvent pas seulement à l’étranger. Marcello Di Cintio a consacré un chapitre de son livre Un monde enclavé à une clôture montréalaise. «C’est facile de se sentir suffisant et supérieur en se disant que ça arrive seulement ailleurs, avance l’auteur. Il y a pourtant un mur entre les riches de Ville de Mont-Royal et les moins nantis de Parc-Extension. C’est un symbole dont peu de gens ont entendu parler même si ça fait plus de 50 ans qu’il a été érigé.»


Un monde enclavé

En librairie chez Lux éditeur

 

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