Jean-Sébastien Dénommé

Est-il besoin de le répéter? Notre monde change à la vitesse de l’éclair. Et ce, sur tous les plans. Les histoires sur ce monde, et le travail de ceux qui les racontent, suivent la cadence.

Comment raconter? De façon inédite, de façon intéressante, de façon à capter l’attention – une attention qui est de plus en plus déficiente? De façon à échapper au réel, tout en cherchant à le reproduire?

La conférence The New Storytellers III, qui s’est tenue hier au Centre Phi, a abordé ces questions. Parmi d’autres.

Durant l’événement, qui en était à sa troisième édition, il a beaucoup été question de réalité virtuelle, de réalité augmentée. Et de thèmes qui touchent tous les créateurs : les contraintes extérieures, la soif de liberté, la manière dont naissent les idées.

La conférence était organisée et mise sur pied conjointement par le Centre Phi et Future of Storytelling. Un organisme new-yorkais qui propose notamment un festival automnal annuel destiné à faire découvrir au public les nouvelles en matière de réalité virtuelle. Et, de ce fait, de nouvelles façons de raconter.

Le premier panel de la journée était dédié aux Histoires qui nous entourent. Autour, ou plutôt derrière, la table : le Texan Justin Denton, artiste, réalisateur et directeur technique général de Here Be Dragons.

Une boîte de production à qui on doit l’expérience de réalité virtuelle accompagnant la série Mr. Robot (dont le titre original était The Mr. Robot Virtual Reality Experience), en nomination aux prochains prix Emmy.

Et puis Hector Harkness, directeur adjoint de Punchdrunk International. Soit la compagnie de production de la troupe de théâtre britannique Punchdrunk, qui se spécialise, sans trop de surprise, dans le théâtre immersif.

(Certains ont peut-être vu, lors d’un récent séjour à New York, par exemple, la pièce Sleep No More. Une relecture de Macbeth au cours de laquelle les spectateurs sont lâchés dans un hôtel et invités à parcourir les étages et les pièces afin d’interagir avec les acteurs, de recueillir des indices, de recoller des morceaux du récit.)

Enfin, David Oppenheim, producteur à l’Office national du film du Canada, qui a coproduit avec le Royal National Theatre de Londres Draw Me Close. Une expérience immersive primée à la dernière Mostra de Venise, écrite par le dramaturge Jordan Tannahill, dans laquelle il se souvient de sa relation avec sa mère, diagnostiquée d’un cancer.

Crédit photo: Sandra Larochelle

Animée par l’auteure et professeure brooklynoise Cortney Harding, ce panel a été l’occasion de discuter des façons de se tenir en équilibre entre le vrai et le faux, et d’offrir des récits qui font appel au physique, au tangible. «La plupart des gens qui sont attirés par ce type d’expérience ont beaucoup joué aux jeux vidéo. Ils veulent que les limites soient floutées.»

En après-midi, un panel sur L’art de concevoir des histoires multisensorielles a été l’occasion d’observer jusqu’où ces technologies innovantes permettent d’aller, permettront d’aller.

Animée par Charles Melcher, fondateur de Future of Storytelling, la rencontre a commencé par une présentation du travail de chacun des invités.

Parmi eux, le Londonien Ersin Han Ersin. Réalisateur et directeur artistique du collectif expérimental Marshmallow Laser Feast, il a notamment détaillé la genèse de In the Eyes of the Animal. Une expérience de réalité virtuelle qui entraîne celui qui porte le casque dans la forêt de Grizedale, au Royaume-Uni.

Là, l’usager verra sa perception changer et son regard devenir tout à tour celui d’un moustique, d’une libellule, d’une 
grenouille, d’un hibou.

Une autre expérience de RV, Treehugger, pousse quant à elle à se demander comment les arbres perçoivent le monde et le temps et à se projeter dans leur écorce.

Parlant d’arbres, les studios Baobab étaient représentés durant le panel par Kane Lee. Le directeur de contenu de la jeune start-up d’animation spécialisée dans la réalité virtuelle a, entre autres, parlé de Invasion!

Un court métrage de RV narré par Ethan Hawke, gagnant d’un Emmy, mettant en vedette un lapin et inspiré de La guerre des mondes, de H.G. Wells.

D’ailleurs, lorsque Ersin Han Ersin a fait remarquer qu’aucun autre médium ne pousse les gens à remettre autant en question la réalité que la réalité virtuelle, justement, un panelliste a rappelé l’effet qu’avait eu dans les années 1930 la version radiophonique racontée par Orson Welles de cette même Guerre des mondes.

Tous ceux qui l’avaient alors entendue y avaient cru, avaient remis en question ce qui était vrai, ce qui était faux. «Je veux dire qu’aucun autre médium ne pousse autant à remettre en question la réalité sur un plan conceptuel», a-t-il précisé.

Optimiste, l’animateur Charles Melcher en a profité pour déclarer que, loin de l’image de gens isolés dans leur bulle, un casque sur la tête, déconnectés, les innovations numériques d’aujourd’hui servent le récit. Et l’humain.

Citant les œuvres à l’honneur, il a salué leur capacité à nous mettre à la place des autres, mais également à la place des animaux, et parfois même des végétaux.

«Ces nouvelles formes de narration qui naissent constituent, d’après moi, des médias sensuels. Qui nous rappellent la joie d’être en vie. J’ai l’impression que l’ère où la technologie nous déconnectait de notre propre corps, nous déconnectait des autres, achève. Désormais, elle nous permet d’être plus bienveillants.»

À votre tour

Vous pouvez visiter l’exposition Mondes oniriques et faire l’expérience des 12 œuvres de réalité virtuelle, de réalité virtuelle collective et de réalité mixte jusqu’au 16 décembre au Centre Phi. Billets : 25 $ (adulte), 20 $ (étudiants et aînés), 15 $ (le mardi et le mercredi).

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