Photo Manny «À Montréal, tout le monde se connaît. Tu ne peux pas parler dans le dos des gens. Tout finit par se savoir. Respecte-toi et respecte les autres.» - Joe Rocca

Membre des Dead Obies, Joe Rocca lance son premier album solo. T’espères quoi avec ce disque, Joe? «La conquête du monde.» Et ensuite? «Que ça se partage. Que les gens écoutent de la musique d’ici pour danser et avoir du fun. That’s it.» Ce it, c’est French Kiss.

«J’avais envie d’être explicite, d’être direct, remarque Joe Rocca. C’est sexuel, c’est sensuel. C’est un album pour avoir du fun.»

French Kiss, l’album pour avoir du fun, donc, est marqué par des morceaux comme la lascive Freak Girls et son «Yeah, girl, you’re amazing». Ou Splash, pièce qui coule sur un «beat acheté sur YouTube à 150 piasses», sur laquelle Joe demande : «Passe me voir, j’ai tout c’que t’as besoin / baby, j’veux t’aimer jusqu’à demain.»

«La moitié de l’album, je l’ai écrite quand j’étais en couple avec ma blonde depuis quatre ans, raconte-t-il. Je lui faisais écouter mes histoires que je mettais sur mes beats.»

L’ensemble est coréalisé par son comparse des Dead Obies, VNCE CARTER. Qui rappe sur Shortie qu’il n’a «plus Facebook, only Instagram, and if i like your pictures baby, prends-le personnel». À la mention de ces paroles, Joe éclate de rire. «En plus, maintenant, je pense que VNCE a Facebook à nouveau! Mais on n’avait pas le choix de parler de réseaux sociaux si on parlait de relations des temps modernes.»

Parlant de temps, ça fait déjà deux ans que le rappeur, Jonathan Quirion de son vrai nom, songeait à lancer du matériel en solo. Comme l’a fait en mai dernier son autre confrère des Dead Obies, Yes Mccan, alias Jean-François Ruel. Son EP, PS, Merci pour le love, est d’ailleurs paru sous la même étiquette que celui de Joe, soit Make It Rain Records, nouvelle filiale de Bonsound. Mais malgré les projets que chacun réalise de son côté, les Dead Obies demeurent. «Le groupe est encore actif, on a des projets. On s’encourage mutuellement. On est une famille.»

«Le rap s’exprime d’une façon unique. C’est très cru, très explicite, très proche de comment tu parlerais à tes amis. C’est une contre-culture et il faut que ça le reste.» Joe Rocca

La notion de famille est importante pour Joe, qui a collaboré sur deux pièces avec Brown, formation composée des frères Jam et Snail Kid, et de leur père, Robin Kerr. Un «papa impressionnant à voir aller».

C’est d’ailleurs sur l’une de ces deux pièces, Monstres, que le jeune rappeur fait un salut à un autre artiste qui l’impressionne. «En train de crier que j’suis le boss / comme si j’étais Imposs.»

Grand fan du vétéran de Muzion, oui, Joe Rocca souhaitait qu’il se retrouve sur son album.

Mission accomplie : il s’y trouve. Sur Réel, un morceau sur lequel rappe aussi Mike Shabb et dont le beat a été composé par DJ Manifest, un bon ami d’Imposs. Un morceau où on entend que «le respect, c’est un grand mot / Montréal c’est une petite ville».

«Ça va ensemble, non?» s’esclaffe Joe Rocca avant d’élaborer : «À Montréal, tout le monde se connaît. Tu ne peux pas parler dans le dos des gens. Tout finit par se savoir. Respecte-toi et respecte les autres.»

Sur Showbizz, c’est le respect de son style qu’il souhaite mettre de l’avant. Vers la fin du morceau, une voix déclame : «C’est ça le rap. Tu dois venir avec un style, être authentique, être sûr de toi. Si tu ne te prends pas pour le meilleur au monde, ne rappe pas. Tu vois ce que je veux dire? Lorsque tu fais le rap, il faut le faire avec le cœur, il faut le faire d’une façon que t’assures. Tu vois ce que je veux dire?»

Un «hmm, hmm» suit ces paroles. C’est le «hmm hmm» de Joe.

L’échantillon est tiré d’un passage à la radio CISM. Alors que le Roi Heenok, rappeur montréalais, s’adressait directement à lui. Et s’il l’a repris sur l’album, c’est parce que ce qu’il dit, Joe y souscrit aussi. «Ce sont des trucs un peu incompris. Quand tu rappes, tu dois te prendre pour le meilleur au monde. Moi, quand je suis sur scène, je suis le meilleur au monde.»

Cette façon de voir les choses remonte à loin. «Je suis de même depuis que je suis petit! Je faisais des spectacles pour ma famille quand ils venaient à Noël. Je reproduisais des sets d’Eminem avec mon ami quand j’étais au primaire.»

Et c’est aussi ce qu’il recherche quand il écoute Jay-Z par exemple. Se sentir «plus grand que nature, intouchable, inatteignable». «C’est à ça que ça sert la musique. À faire ressentir quelque chose.»

Assurément, remarque-t-il, certaines personnes sont heurtées par cette conception des choses. «Mais il s’agit juste de l’incompréhension de certains codes du hip-hop.» Des codes très crus, très explicites, qui représentent «des vrais feels». «Des fois, des mots peuvent choquer des gens. Mais ce sont juste des mots finalement. Les actions, elles, on dirait qu’on est plus gênés de les dénoncer.»

À ce sujet et à sa surprise – pas que la sienne –, il s’est fait demander depuis la parution de son album s’il était stressé de sortir French Kiss en pleine vague de dénonciations de harcèlement sexuel et de #moiaussi. Un lien pour le moins… particulier. «Très particulier! répète-t-il. C’est une incompréhension des deux choses. De ma musique à moi, mais surtout de l’autre débat. C’est un débat très sérieux, dont il faut parler.»

Se disant (et étant) «assez soft comparé à d’autres rappeurs», il confie qu’il y a des propos, tenus par certains de ses confrères, «qu’il ne pourrait défendre sur le plan des valeurs». Mais surtout «qu’il faut distinguer entre le contenu sexuellement explicite et la fucking misogynie. Il ne faut pas tout mettre dans le même bateau.»

Et la musique reste de la musique. Avec ce qu’elle apporte de beau. «Les femmes m’écrivent pour me dire yo, ta musique elle me fait sentir sexy. Elle me fait sentir bien.»

Un peu d’info :
French Kiss
Disponible sous étiquette Make It Rain Records

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