Josie Desmarais/Métro Né au Sénégal, Karim Ouellet a grandi au Québec, mais a aussi suivi ses parents diplomates en Tunisie et au Rwanda.

Depuis des décennies, au Québec comme ailleurs, février est le Mois de l’histoire des Noirs. À l’occasion de cet événement, qui vise à faire connaître et à célébrer la culture noire, on a jasé avec l’auteur-compositeur-interprète Karim Ouellet, porte-parole francophone 
de l’événement.

À quoi sert ce genre 
d’événement, selon vous?
J’ai 33 ans. Je pense d’abord à ceux qui sont plus jeunes que moi, qui sont encore à l’école ou qui débutent dans un domaine qui les intéresse, que ce soit l’art, la musique, la science, et qui font partie des minorités visibles. Ça leur donne des exemples, des gens dont s’inspirer. Ça fait aussi plaisir de savoir que, durant un mois, on concentre nos énergies, au sein de la communauté, pour aller dans la même direction.

En grandissant, est-ce que vous avez eu ce besoin de rechercher de tels modèles?
Je n’étais pas nécessairement à la recherche de modèles, mais par la force des choses, j’en avais. Mes parents m’ont fait lire du Dany Laferrière au début de l’adolescence, et ma mère m’a poussé à en apprendre plus sur lui. Lorsque j’ai commencé à écouter la radio de Radio-Canada, j’ai découvert l’animateur Philippe Fehmiu. C’est quelqu’un qui m’a inspiré énormément. Il parlait de musique et, évidemment, c’était ma passion. Je voulais travailler dans ce domaine, alors il a été un bon exemple pour moi. Je pense également à Webster, un rappeur de Québec, aussi historien à ses heures. Il fait énormément de choses pour faire connaître l’histoire des Noirs au Québec. C’est très inspirant parce qu’il a une passion et un savoir très impressionnant.

«[En France], les rappeurs sont invités tous les jours dans des émissions qui font des millions de cote d’écoute parce que les gens ont réalisé que cette culture faisait partie de la culture grand public et qu’on ne pouvait pas séparer les deux.» – Karim Ouellet

Selon vous, existe-t-il 
une culture noire propre 
au Québec?
Absolument. Il existe dans le hip-hop québécois, surtout à Montréal, un son particulier. Aujourd’hui, à l’étranger, en France, aux États-Unis, on parle énormément du son de Montréal, sur lequel des gens ont travaillé énormément pendant des années. C’est une fierté énorme. Et ce qui est le fun, avec le hip-hop de Montréal, c’est que, même si on est tous d’accord pour dire qu’il est issu de la culture noire, tout le monde est bienvenu. Il y a des rappeurs blancs, des rappeurs latinos, en plus des rappeurs noirs d’origine africaine ou haïtienne. Tout le monde est un peu dans le même bateau, tout en se souvenant des racines du mouvement. La musique en général met beaucoup de l’avant la culture noire, par le gospel, le jazz et le blues. C’est beaucoup moins le cas dans le théâtre, le cinéma et même dans la littérature.

Est-ce que vous vous identifiez naturellement à cette culture noire? Vous êtes-vous déjà demandé si vous faisiez de la musique noire?
Je ne me suis jamais posé cette question-là. La musique que je fais est plus personnelle que la couleur de ma peau ou l’endroit d’où je viens. Je n’ai jamais réfléchi à ça. Mais en tant qu’auditeur ou consommateur de musique, c’est une culture qui est mienne et qui me touche beaucoup. Je ne me suis jamais forcé à faire des découvertes, c’était normal pour moi, étant un fan de blues, de reggae, de rap. Cette culture est en moi depuis que je suis tout petit.

La question de la représentativité est au cœur de plusieurs débats à l’heure actuelle. Est-ce que le milieu de la musique au Québec reflète bien la diversité de ses habitants?
Ça dépend de la façon de la voir. Si on se concentre sur ce qui est grand public, je dois répondre non. Pensons au rap québécois, qui a très peu de place dans tout ce qui est grand public. Certaines personnes étaient très fières qu’un groupe de rap [Alaclair ensemble] se produise au dernier gala de l’ADISQ, comme si c’était une révolution. Pourtant, au même moment, je regardais ma montre et je me disais: «Eh qu’on est en retard!» Mais si on tourne la caméra vers ces gens-là, on réalise qu’il y a des artistes qui travaillent chaque jour, à longueur d’année. Il y a des tonnes d’albums issus de 
la communauté noire qui sortent sans arrêt au Québec. 
Si on parle à des gens plus jeunes, qui sont sur l’internet, sur les réseaux sociaux, on arrive à une représentation très proche de la réalité, mais cette représentation, on ne la voit ni dans les galas, ni au Téléjournal, ni à Salut Bonjour!

Le hip-hop est pourtant la musique la plus populaire 
à l’heure actuelle…
Et c’est le cas non seulement au Québec, mais partout dans le monde. On peut s’inspirer de ce qui se fait en France, où le grand public et les grands médias ont réalisé il y a des décennies que le rap était la musique la plus écoutée par les jeunes. Les rappeurs sont invités tous les jours dans des émissions qui font des millions de cote d’écoute parce que les gens ont réalisé que cette culture faisait partie de la culture grand public et qu’on ne pouvait pas séparer les deux. J’ose espérer qu’un jour ça va arriver au Québec. On verra bien. Un groupe de rap à l’ADISQ à la fois…

Recommandations

Plus d’une centaine d’activités sont proposées à Montréal dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs. Voici quelques suggestions:
• La pièce Black Boys, qui traite des stéréotypes associés à l’identité des genres, à la sexualité et à la racisation, est présentée à l’Espace Libre du 13 au 17 février.
• Sa majesté pourpre, une exposition consacrée à la vie de Prince aura lieu à l’Espace Georges-Émile-Lapalme de la Place-des-Arts, du 9 février au 3 mars.
• Le Festival Fondu au noir, mêlant cinéma, musique et humour, se tient du 22 au 
25 février.

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