Simone Records Noémie D. Leclerc et Hubert Lenoir

À la première écoute, le premier album solo d’Hubert Lenoir a de quoi désarçonner avec ses nombreuses digressions musicales et ses textes éclatés. Et pourtant, ça fonctionne à merveille.

Avec Darlène, Lenoir, qui est aussi membre du groupe indie-folk The Seasons, propose rien de moins qu’un «opéra postmoderne» plein d’une fureur de vivre rarement entendue récemment.

Au disque s’adjoint un roman écrit en parallèle par l’amoureuse de Lenoir, Noémie D. Leclerc, un court métrage signé Gabriel Lapointe et éventuellement un spectacle, «le meilleur show jamais fait au Québec», selon le principal intéressé.

Et de quoi traite cette abondante production artistique?

Le roman raconte l’histoire d’une jeune femme (la Darlène en question) qui habite le quartier «oublié» de Montmorency, à Québec (où a d’ailleurs grandi Noémie, Hubert, lui, venant de Courville, «juste en haut»), et qui rencontre un Américain venu se jeter au bas des chutes du même nom.

Et le disque? C’est un peu moins clair. On y croise «une fille de personne» portant «le cuir et la tête rasée», à qui on prédit «un avenir de femme libérée», et des ados qu’on ne peut pas empêcher de «tout essayer», y compris de se «poudrer [le] nez».

«J’ai décidé d’écrire d’une façon non narrative, explique Hubert Lenoir. Je me suis dit que ça n’allait pas fonctionner si j’écrivais des textes qui reprenaient exactement ce qui se passait dans le roman. J’avais le goût que mes chansons soient plutôt un miroir, qu’elles servent à montrer un autre côté.»
Les deux œuvres ont été créées presque simultanément dans un petit appartement de Québec. Pendant que Noémie écrivait, Hubert composait.

«On s’est rendu compte qu’on vivait des choses semblables et qu’on parlait de la même chose. Chacun était maître de son domaine […], mais on avait constamment un regard sur ce que l’autre faisait. Je lisais son manuscrit, elle écoutait mes chansons. On était le conseiller l’un de l’autre, puisqu’on savait qu’on allait défendre une œuvre qui allait être double.»

«Je reprends les mêmes thèmes, mais musicalement. Pour moi, une chanson, ce n’est pas qu’un texte. Les chansons expriment des sentiments différents de ceux qui peuvent être exprimés dans un roman, par exemple. J’avais envie de travailler à créer quelque chose de vraiment représentatif du roman et de complémentaire.»

Et les deux volets peuvent-ils exister l’un sans l’autre?

«Je ne veux donner de mode d’emploi à personne, tranche l’artiste autodidacte. On ne peut pas donner des directives en art, mais si tu as vraiment le goût d’apprécier Darlène, je conseille vraiment de faire les deux en même temps.»

D’un point de vue musical, le projet tient assurément la route.

«Je savais ce que je voulais. Je voulais faire une différence sur ce qui m’entourait, sur la musique. J’avais simplement une ambition et une espèce
de rage au ventre de faire quelque chose.» – Hubert Lenoir, à propos du processus créatif qui a mené à son premier album

Du haut de ses 23 ans, l’auteur-compositeur-interprète a créé un album concept éclectique mais cohérent où s’entrecroisent des influences glam rock, jazz, soul, voire R&B et funk, portées par des mélodies incroyablement accrocheuses. On songe à Rufus Wainwright, à Elton John version seventies ou à Jean-Pierre Ferland époque Jaune et Soleil (dont Lenoir reprend la pièce Si on s’y mettait).

«C’est ma façon de faire de la musique. Je n’avais pas l’impression, en le faisant, que c’était si hétéroclite, avoue Hubert Lenoir. J’ai envie de surprendre les gens. Je trouve qu’on a perdu la notion de surprise dans la musique contemporaine. Quand on écoute de grandes œuvres musicales, dans le classique, c’est plein de rebondissements, plein de changements de tempo, de surprises. Ce n’est pas fait pour que les gens aiment ça automatiquement. J’aime laisser des moments qui laissent plus indifférent.»

L’album dégage aussi une aura de cette liberté à laquelle Hubert Lenoir tient mordicus.

«Je n’ai plus de temps à perdre, insiste-t-il. J’ai l’impression que j’ai des choses à faire. Il faut que, dans les prochaines années, je produise plus de musique, plus d’art. Je n’ai pas envie de m’arrêter à des compromis, à des conneries, de perdre mon temps avec des détails. J’ai vraiment envie d’être libre constamment. Je n’ai pas le goût de m’arrêter à des exigences trop souvent imposées aux artistes par l’industrie, des exigences qui n’ont rien d’artistique.»

Le jeune homme se définit d’ailleurs bien plus comme un artiste que comme un musicien, et ce, même s’il a joué de plusieurs instruments sur l’album.

«J’ai un peu le syndrome de l’imposteur face à ça. Même si je joue des instruments, je ne me suis jamais senti comme un musicien. J’en côtoie tous les jours, j’ai un respect infini pour eux, mais je n’ai pas d’instruments à moi. Je me considère plus comme un artiste, dont le média est principalement la musique.»

Son art, Hubert Lenoir compte bien le défendre jus-qu’au bout, sur disque comme sur scène. Pour la première «officielle» de Darlène en spectacle, le 15 mars prochain, il a décidé de se lancer tête première en jouant au Dagobert, célèbre nightclub de la Grande Allée, à Québec.

«Ça clashe avec mon univers, mais en même temps, ça va de pair, avoue-t-il. Quand je sortais sur la Grande Allée, plus jeune, je me faisais constamment crier des noms, traiter de fif… Alors, le 15 mars, ça va être une revanche. Ça va être un moment historique. J’espère que ce sera une victoire et j’invite tout le monde qui a vécu des choses semblables à se joindre à moi.»

«Je veux juste faire le meilleur show jamais fait au Québec, poursuit-il candidement. Je veux briser des records de son. J’en envie de provoquer des choses avec ce spectace. Tout ce que je peux dire, c’est que ça va être fort, un peu comme l’album, plein de surprises.»

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