Josie Desmarais/Métro L'exposition Prince – Sa Majesté pourpre, de Duke Eatmon, a lieu à l’espace Georges-Émile- Lapalme de la Place des Arts jusqu’au 3 mars.

Artiste visionnaire, multi-instrumentiste virtuose, icône de la communauté afro-américaine et grand défenseur de la place des femmes en musique, Prince a toujours une énorme influence, même deux ans après sa mort.

En hommage au Kid de Minneapolis, le Mois de l’histoire des Noirs présente jusqu’à samedi une petite exposition très chouette (et gratuite) consacrée à sa carrière à l’espace Georges-Émile-Lapalme de la Place des Arts.

Métro a eu la chance de la visiter en compagnie de Duke Eatmon, annonceur à CBC Radio à Montréal, musicologue et «Prince-o-logue» auto­proclamé, qui a fourni la majorité des artéfacts présentés.

«Je possède toute la musique qu’il a publiée, albums, singles, remix, B-sides, etc. Et j’en ai autant en bootlegs. Si Prince était venu chez moi, il m’aurait fait arrêter!» raconte en riant celui qui est allé jusqu’à consacrer à son idole un cours complet à l’Université McGill («YCWPZ 400 Prince & The Purple Revolution»).

«J’avais 10 ans, en 1979, lorsque j’ai acheté le deuxième album de Prince. J’ai regardé la pochette et ça m’a frappé. Il était si unique: les yeux, le regard, les cheveux, les boucles d’oreilles. Dans ma tête d’enfant de 10 ans, je ne comprenais pas, mais je savais qu’il avait quelque chose de spécial. Ce n’était pas les Jackson Five ou Lionel Richie, il y avait quelque chose de différent chez lui.»

Ce je-ne-sais-quoi aura fait de Prince Rogers Nelson un des artistes les plus prolifiques du XXe siècle avec 39 albums studio et près de 100 millions d’exemplaires vendus partout dans le monde, de ses débuts sur disque, en 1978, jusqu’à sa mort, en avril 2016.

«Prince était un mélange de la musique avec laquelle j’ai grandi: James Brown, Jimi Hendrix, Sly Stone, les Beatles, Led Zeppelin, Joni Mitchell, Miles Davis, Duke Ellington… Tu prends tous ces artistes et tu as Prince, avec quelque chose de différent en plus, plaide Duke Eatmon. C’était un artiste total, capable de jouer de tous les instruments, de composer ses arrangements, de réaliser et de produire ses albums.»

Au-delà de la musique, Eatmon veut aussi témoigner des murs qu’a réussi à abattre (malgré ses cinq pieds deux pouces) le prince pourpre: la barrière de la race d’abord, à une époque pas si lointaine où les artistes afro-américains étaient encore exclus des ondes de MTV.

«Il était plus qu’un grand musicien, il a aussi fait changer les choses. Il croyait en certains principes et se tenaient debout pour les défendre.»

«Lorsqu’il a signé son premier contrat de disques, il a dit à ses producteurs: don’t make me Black [ne faites pas un Noir de moi]. Plusieurs personnes n’ont pas compris ce qu’il a voulu dire. Il ne désavouait pas son appartenance à la culture noire, au contraire, il l’a revendiquée tout au long de sa carrière, mais il n’a tout simplement jamais voulu qu’on fasse de lui un stéréotype.»

Cette liberté lui aura permis de s’abreuver tout au long de sa carrière à une foule de styles : funk, R&B, jazz, rock, punk, électro…

«On a dit de lui qu’il était parvenu à combiner la musique blanche et la musique noire, parce qu’il alliait le funk, la soul et le rock. Mais le rock est une musique noire à la base, rappelle Duke Eatmon. Plutôt que de combiner ces différents styles de musique, je crois qu’il tentait de se réapproprier des styles musicaux dont on avait oublié qu’ils venaient de la musique noire, tout en voulant inclure tout le monde dans ce qu’il faisait. Prince ne ratait jamais une occasion de rappeler ses origines musicales, que les racines de la musique populaire sont des racines noires.»

Le chanteur à l’allure androgyne s’est également fait le champion de l’inclusion des femmes dans l’industrie musicale. Non seulement il s’entourait de nombreuses musiciennes, mais il a également mis en avant plusieurs artistes féminines dans ses nombreux projets parallèles.

«Il était pour le girl power avant même que les Spice Girls ne soient nées!» – Duke Eatmon, spécialiste de l’œuvre de Prince, à propos du côté avant-gardiste du musicien

«Il a été un champion des droits des femmes en musique, et ce, avant tout le monde. À un certain moment, il avait dans son band des femmes à la batterie, à la basse, à la guitare, aux claviers, énumère Duke Eatmon. Prince a aussi toujours été en contact avec son côté féminin et n’a jamais eu peur de le montrer, c’est pourquoi il a toujours eu une bonne relation avec les femmes.

«Tout le monde se sentait à l’aise avec lui. Straight ou gai, homme ou femme, Noir ou Blanc, on sentait qu’il y avait chez lui un petit quelque chose à quoi chacun pouvait s’identifier. Il le faisait consciemment, pour montrer qu’il appartenait à tout le monde.»

S’il a entretenu une image fortement sexuée pendant une bonne partie de sa carrière (si vous en doutez, on vous conseille de jeter un coup d’œil à la pochette et aux paroles de l’album Dirty Mind, sorti en 1981), Prince aura aussi fait la promotion d’une sexualité saine et respectueuse des désirs de chacun et chacune.

«L’ironie, c’est qu’il était très conservateur, très prude, fait remarquer Duke Eatmon. Il n’exploitait pas la sexualité, il aimait tout simplement le sexe. Prince ne regardait pas de pornographie, ne fréquentait pas les bars de danseuses. Il voulait seulement amorcer une conservation saine sur la sexualité.»

Hommage

Parce que Prince était aussi un showman extraordinaire, il était logique de lui rendre hommage sur scène.

Le groupe funk The Brooks s’en chargera mercredi soir à compter de 19 h 30 au Club Soda.

Jean-Sébastien Chouinard, Fredy V, Malika Tirolien et Ralph Télémaque accompagneront la formation sur scène. Une belle occasion de célébrer comme en 1999.

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