The Associated Press Guillermo del Toro

Cette année, Faye Dunaway et Warren Beatty ne se sont pas trompés en remettant l’Oscar du meilleur film à The Shape of Water. Mais Guillermo del Toro a quand même vérifié le titre du long métrage inscrit sur le carton dans l’enveloppe. Oui: c’était bien le sien.

Si, parfois, un seul film rafle toute la mise ou presque, cette année, les statuettes ont été partagées. Un Oscar pour Get Out (celui du Meilleur scénario original), un pour Call Me By Your Name (celui du Meilleur scénario adapté), un pour I, Tonya (celui de la Meilleure actrice de soutien pour Allison Janney)…

Et puis quatre pour The Shape of Water. Soit celui de la meilleure direction artistique («Merci à toute l’équipe canadienne à Toronto!» a-t-on pu entendre dans le Dolby Theater), puis celui de la meilleure musique (composée par le Français Alexandre Desplat). En troisième lieu, celui du Meilleur réalisateur pour Guillermo del Toro et, enfin, celui du Meilleur film.

Rappelant qu’il est un immigrant, le cinéaste mexicain a lancé un appel ému sur scène. «Je suis un immigrant comme Alfonso [Cuarón], comme Salma [Hayek], comme beaucoup d’entre vous. La meilleure chose que fait notre industrie et qu’elle devrait continuer de faire, c’est d’effacer les lignes dans le sable.»

De retour à la barre des Oscars cette année, Jimmy Kimmel a quant à lui commencé par livrer un plaidoyer. «Nous ne pouvons pas gâcher cette présentation. Elle est trop spéciale. C’est la 90e.» C’était aussi celle de la chute de Weinstein, celle de Me Too et de Time’s Up, celle où tant de victimes ont pris la parole. Pourtant, à part dans le discours d’ouverture de Kimmel, les mentions à ces deux mouvements ont tardé à se faire entendre.

Mais commençons par le discours susmentionné. Sobrement, Jimmy K. a dit son honneur de revenir pour une deuxième année, de voir tant de femmes et d’hommes de talent. Puis, dans un segment gentillet, il a également remercié Guillermo del Toro pour son Shape of Water, qui nous permettra de nous souvenir que «2017 aura été l’année où les mecs ont tellement déconné que les femmes ont commencé à fréquenter des poissons». Il a également qualifié Oscar, la statue dorée géante, de «l’homme le mieux aimé et le plus respecté de Hollywood». «Parce qu’il n’a pas les mains baladeuses, qu’il ne dit jamais de gros mots et qu’il n’a pas de pénis.» Hmm, OK.

Pour prouver à quel point «Hollywood comprend mal la gent féminine», il a donné l’exemple de la comédie sortie en 2000 Ce que veulent les femmes. «On a réalisé un film nommé What Women Want et on a donné le rôle principal à Mel Gibson!» s’est-il exclamé.

Tout ça avait un léger parfum d’hypocrisie. Comme l’a fait observer un spectateur sur Twitter: il n’y a pas plus tard que cinq ans, cette même cérémonie s’ouvrait avec Seth MacFarlane chantant «We saw your boobs, we saw your boobs».

Vous vous rappelez?

Kimmel, lui, s’est souvenu de la bourde de l’an dernier, qui a fait en sorte que La La Land soit sacré Meilleur film, oups! non, c’était Moonlight. Pour éviter de répéter l’erreur, l’animateur a conseillé aux gagnants d’attendre quelques instants avant de se lever lorsque leur nom serait nommé (gros plan sur le visage d’Emma Stone).

Peut-être pour éviter également les faux pas et les gags qui passeraient moins, il y a eu cette année beaucoup, beaucoup d’extraits de films, tant des classiques que des films en lice cette année.

«Je me souviens d’une époque où les grands studios ne croyaient pas qu’une femme ou une personne issue des minorités puisse être la vedette d’un film de superhéros. Et si je m’en souviens si bien, c’est parce que c’était l’an dernier.» – Jimmy Kimmel, hôte de la cérémonie des Oscars

Fausses notes et merci d’ici
Dans la lignée «hypocrisie hollywoodienne», on notera l’Oscar remis à Kobe Bryant. On soulignera aussi les blagues poches de Sandra Bullock qui, en présentant le prix de la Meilleure direction photo, a demandé qu’on tamise les lumières pour qu’elle ait «l’air d’avoir 40 ans de nouveau». Au fur et à mesure que l’éclairage baissait en intensité, elle a fait le décompte de son âge. «Super! Là, j’ai 39 ans… Là, j’en ai 38… »

Sérieusement.

Enfin, passons sur cette mention superficielle pour nous réjouir que l’Oscar dans cette catégorie ait été gagné par Roger Deakins. C’était la 14e fois que le très renommé directeur photo était nommé. La première où il l’a remporté. Le fidèle collaborateur des frères Coen, qui a également apposé sa griffe sur Prisonners, Sicario et Blade Runner 2049 (l’œuvre pour laquelle il a finalement été sacré vainqueur), a salué Denis Villeneuve.

Le réalisateur québécois a également eu son merci (et une légère déformation de nom en «Villounouve») lorsque sa suite au mythique film de Ridley Scott l’a emporté dans la catégorie des Meilleurs effets spéciaux. «For all my friends in Montreal, this is for you, merci beaucoup!»

C’est à son «old buddy», le regretté, immense et irremplaçable Philip Seymour Hoffman, que Sam Rockwell a quant à lui dédié son prix, celui du Meilleur acteur de soutien pour Three Billboards Outside Ebbing, Missouri.

Aux commandes
Solide l’an dernier, Jimmy Kimmel l’a été moins cette fois-ci. Et il n’a malheureusement pas respecté sa propre consigne aux gagnants. À savoir: faire court et être pertinent.

En début de gala, il a même promis un prix à la personne qui ferait le discours le plus bref. «Une motomarine d’une valeur de 17 999 $!»

Durant un segment interminable, il a notamment lancé des hot-dogs dans une salle de cinéma occupée par des «spectateurs ordinaires».

Vous sentez notre déception? Elle est sincère.

Car c’était censé être une année politique et révolutionnaire aux Oscars. Pourtant, il a fallu attendre deux heures et demie pour qu’enfin les mouvements Time’s Up et Me Too se pointent vraiment dans les discours. Et ça s’est fait lorsque Salma Hayek, Annabelle Sciora et Ashley Judd ont pris le micro pour revenir sur les récents événements. Merci pour ça.

Puis lorsque l’imparable Frances McDormand a remporté son deuxième Oscar à vie, 21 ans après Fargo. D’une voix remplie d’énergie et d’espoir, elle a invité toutes les femmes nommées dans la salle à se lever.

Outre ces instants, il y a eu des moments drôlement… «Étranges» n’est même pas le bon mot. Notamment dans la catégorie du Meilleur court métrage d’animation (ou, plutôt, de la mémoire courte de Hollywood). Là où Kobe Bryant, accusé de viol en 2003, s’est fait encenser et est monté sur scène pour récupérer un Oscar. Profond malaise.

Sinon, côté historique, ce fut la soirée où le premier Oscar a été décerné à un long métrage produit par Netflix : celui du meilleur docu, remis à Icarus. Une œuvre réalisée par Bryan Fogel qui s’intéresse au système étatique de dopage en Russie. (L’an dernier, le géant de la webdiffusion remportait sa première statuette à vie pour le court métrage britannique The White Helmets.)

Enfin, en rafale : on essaiera d’oublier Remember Me, du (Meilleur) film d’animation Coco, massacrée, pardon, interprétée par le charmant Gael Garcia Bernal.
Le prix du Meilleur maquillage a été remis à l’équipe de Darkest Hour, responsable de la métamorphose de Gary Oldman en Winston Churchill. Cette métamorphose, jumelée à sa performance, a valu au comédien britannique le titre de Meilleur acteur.

(Ah, pour ceux que ça intéresse, le prix du discours le plus court et la motomarine ont été remis au costumier Mark Bridges. L’artiste qui avait remporté, en 2012, l’Oscar pour, justement, The Artist a sans surprise remporté la statuette pour son boulot sur Phanton Thread, film de Paul Thomas Anderson où les vêtements se partagent la vedette avec Daniel Day-Lewis.)

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